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ÉconomieFrance

Finances publiques: un budget pour rien?

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 28 septembre 2016 à 15:14 - Mis à jour le 28 septembre 2016 à 16:12

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Quelle priorité de politique économique le budget 2017 peut-il bien traduire? Il ne contribue pas à la relance de l'activité, mais ce n'est pas pour autant un budget de rigueur: la réduction du déficit est très hypothétique. Cette loi de finances a été véritablement conçue pour attendre les prochaines échéances électorales.

A quoi sert le projet de budget 2017, présenté ce mercredi en Conseil des ministres ? A priori, la question ne se pose pas. Le gouvernement a de toutes façons besoin d'un budget ne serait-ce que pour assurer le financement du fonctionnement de l'Etat, payer les enseignants, les forces de police, les juges... Seul le parlement, en approuvant la loi de finances, qui retrace les dépenses et recettes de l'Etat, peut autoriser l'exécutif à engager de telles dépenses. Il faut donc, de toute façon, un budget.

L'opposition, qui se voit aux portes du pouvoir, le considère toutefois comme nul et non avenu. Pour deux raisons, affirme-t-on à droite: le budget est faux, car des dépenses nouvelles vont faire bondir le déficit, contrairement à ce qu'affirme Bercy,  et la durée de vie de cette loi de finances sera ultra limitée, puisqu'elle sera en tout état de cause rebâtie au mois de juin, quand un nouveau gouvernement sera en place.

Retenons tout de même l'hypothèse que la loi de finances vivra sa vie. C'est l'un des textes les plus importants dont députés et sénateurs ont à juger, dit-on. Elle est censée traduire une orientation politique pour l'année à venir. Le budget doit faire passer dans la réalité les choix de politique économique du gouvernement. Or de, ce point de vue, que voit-on ?

Ni relance...

Le projet de budget 2017 n'est pas un budget de relance. La réduction du déficit, même minime, contredit cette possible orientation. Il est prévu de réduire de 0,6 point de PIB le déficit public, en le faisant passer de 3,3% du PIB à 2,7% du PIB. L'opposition conteste bien sûr ce chiffrage. En pleine campagne électorale, les leaders de droite évoquent des chiffres bien supérieurs, parfois au-delà de 4% de déficit en 2017. Ces chiffrages sont évidemment exagérés. Tout comme l'est l'optimisme du gouvernement, qui table contre tous les conjoncturistes, sur une croissance de 1,5% en 2016 et 2017, alors même que l'Insee vient d'annoncer une baisse du PIB au deuxième trimestre. Dans l'hypothèse où le gouvernement en place devait « exécuter » le budget, pour reprendre le terme technico-juridique, il lui faudrait sans doute l'ajuster pour parvenir aux 2,7% de déficit affichés pour 2016. Mais, en tout état, de cause, ce budget n'est pas destiné à relancer l'activité économique. Serait-ce possible, du reste, pour la France seule en Europe ?

Il est évident qu'une politique, pour être efficace, et jouer son rôle, devrait être décidée au niveau européen. Des propositions existent à cet égard, consistant notamment à soutenir la croissance en accélérant la transition énergétique, et le tout sans accroître les déficits publics (via un financement par la BCE). Mais ces propositions techniquement envisageables sont récusées par Berlin avant tout examen.

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... ni rigueur

Le budget 2017 est-il pour autant un budget de rigueur ? Pas plus. Les dépenses des ministères augmentent sensiblement (+3,3%), quoi qu'en dise Bercy, qui opte pour une présentation particulièrement embrouillée -afin de masquer cette hausse ?- soit une progression jamais atteinte depuis le budget de relance de 2009. L'emploi public progresse aussi (+13.847 postes au budget de l'Etat, sur un total de 1,945 million), la promesse hollandaise d'une stabilisation des effectifs de l'Etat étant bel et bien oubliée. Quant aux prélèvements obligatoires, ils seraient stables. Difficile, dans ces conditions, de parler de rigueur budgétaire.

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Alors, à quoi sert ce projet de loi de finances ? A financer, effectivement, l'augmentation du nombre d'enseignants (+11.712), de policiers et gendarmes (+2.286), de fonctionnaires de justice (+2.100) et de militaires (+464 après +2.300 en 2016). Autrement dit, il s'agit de traduire dans les faits la promesse présidentielle d'une augmentation de postes dans l'éducation nationale et d'accroître la présence policière et militaire face au terrorisme. Peut-on voir là une politique économique ? Poser la question, c'est un peu y répondre.

Ivan Best

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