Gabriel Attal exige une clarification sur d'éventuelles hausses d'impôts
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Gabriel Attal et Michel Barnier, lors de la cérémonie de passation de pouvoir, à Matignon, le 5 septembre 2024.
© LTD / Sarah Meyssonnier / POOL / AFP
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Gabriel Attal et Michel Barnier, lors de la cérémonie de passation de pouvoir, à Matignon, le 5 septembre 2024.
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[Article publié le 18 septembre 2024 à 7h52, mis à jour à 12h20] La charge n'est pas partie de l'opposition, mais d'un ancien Premier ministre macroniste. Michel Barnier doit clarifier sa « ligne politique, notamment sur d'éventuelles hausses d'impôts et sur les grands équilibres gouvernementaux », pour que les députés macronistes envisagent d'intégrer son gouvernement, a ainsi estimé mardi soir Gabriel Attal, dans un message aux membres du groupe Ensemble pour la République (EPR).
« Malgré les deux rendez-vous organisés, et le passage du Premier ministre lors de nos journées parlementaires, nous ne disposons pas encore d'une visibilité claire », a écrit le président du groupe, expliquant avoir demandé un nouveau rendez-vous avec Michel Barnier « pour décider de leur participation au gouvernement ».
Néanmoins, l'entourage de Michel Barnier a indiqué ce mercredi que la réunion avec le groupe macroniste EPR (Ensemble pour la République), prévue ce même jour à 10h30, était « reportée ». Aucune nouvelle date n'est prévue à ce stade. La situation budgétaire du pays est « très grave », a, de son côté, répondu Michel Barnier, précisant qu'il « a demandé tous les éléments pour en apprécier l'exacte réalité ».
« Cette situation mérite mieux que des petites phrases. Elle exige de la responsabilité », a-t-il encore répliqué, précise Matignon. « Je suis très concentré sur la constitution prochaine d'un gouvernement d'équilibre, pour traiter avec méthode et sérieux les défis que rencontre notre pays. Et répondre ainsi aux attentes des Français », a-t-il développé.
Du côté de la droite, d'où est issu Michel Barnier, on a salué sa « réflexion » sur « plus de justice fiscale » et appelé à réduire « d'urgence » les dépenses de l'Etat, selon Vincent Jeanbrun, porte-parole du groupe des députés LR.
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« C'est tout à l'honneur de Michel Barnier d'ouvrir une réflexion sur plus de justice fiscale dans notre pays », a-t-il affirmé, estimant que « si cela veut dire soulager ceux qui travaillent et créent de la richesse pour rapprocher le salaire net du salaire brut, c'est une très bonne nouvelle ».
Gérald Darmanin a, pour sa part, affirmé ce mercredi sur France 2, qu'il était « hors de question » d'« entrer » dans un gouvernement qui augmente les impôts ou même de le « soutenir ». « Augmenter les impôts, c'est la facilité », « je ne participerai pas à un gouvernement qui ne soit pas clair sur la question des impôts », a-t-il ajouté, défendant la position du camp présidentiel sur ce sujet.
Le ministre de l'Intérieur démissionnaire a défendu « sept ans de baisse d'impôts » qui ont, selon lui, suscité « baisse du chômage » et « attractivité de la France ». « Il ne faut absolument pas casser cette machine économique », a également martelé l'ancien ministre des Comptes publics. « Nous sommes prêts à entrer dans cette union pour le pays » mais sans « chèque en blanc », a-t-il aussi souligné.
Le nouveau Premier ministre aurait évoqué auprès de plusieurs interlocuteurs une hausse des prélèvements, au nom de la situation budgétaire particulièrement difficile. Son entourage a démenti mardi, affirmant qu'il ne s'agissait que « de pures spéculations ». Il avait néanmoins laissé entrevoir une inflexion lors de sa première interview télévisée le 6 septembre, au lendemain de sa nomination. « Les Français ont envie et besoin de justice » fiscale, avait-il glissé.
Le ton était plus tempéré du côté du rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson. En milieu de journée, celui-ci a appelé à un « effort collectif » face à la situation économique, exhortant la macronie comme la droite, sa famille politique, à « faire un pas l'une vers l'autre » sur l'hypothèse d'une hausse d'impôts, qui divise les partis.
Et l'élu, dont le rôle est stratégique au Sénat dans la construction du budget 2025, d'ajouter que « la configuration politique nous oblige à dépasser les attendus et les périmètres préconçus ». Il explique par ailleurs : « Mes convictions n'ont pas changé: je pense qu'on est trop taxés. Mais quand on est dans le rouge, il faut redresser la situation. Il faut tout regarder », y compris le sujet de fiscalité, concède le parlementaire qui estime « à titre personnel » qu'il faudra « peut-être accepter quelques efforts supplémentaires inédits et temporaires » face à la « bérézina dans les comptes publics ».
« Le chiffon rouge, il doit être dans la poche, car si vous acceptez d'être au gouvernement, vous vous mettez en ordre de marche et vous avancez. On a besoin de commandos qui vont aller à la bagarre et dire aux Français qu'on a un effort collectif à faire à juste proportion des capacités contributives de chacun », poursuit Jean-François Husson, qui a pris ses distances avec le parti LR ces derniers mois, en réaction au ralliement d'Eric Ciotti au Rassemblement national.
Et de conclure en appelant la commission des finances du Sénat à un « esprit de responsabilité et d'ouverture ». « Et pour ça, il ne faut pas faire de marketing politique ou économique, il ne faut pas mettre les Français les uns contre les autres », exhorte-t-il.
Alors Premier ministre, Gabriel Attal avait, lui, envisagé des alternatives à des hausses d'impôts. L'une d'elles consistait ainsi à taxer les rachats d'actions et les rentes des énergéticiens. En avril dernier, le précédent exécutif prévoyait même d'insérer cette mesure dans le projet de loi de finances (PLF). Le Figaro affirmait d'ailleurs à l'époque que le gouvernement souhaitait qu'elle soit rétroactive, les rachats d'actions de 2024 donnant lieu à une taxation en 2025.
Hausse d'impôts ou pas, la France demeure dans une situation économique exsangue. Selon une note récente du Trésor public, à politique inchangée, et si 60 milliards d'euros de coupes n'étaient pas réalisées, le déficit public attendu de la France en 2024 serait de 5,6% du PIB, contre 5,1% prévu auparavant. Il pourrait même atteindre 6,2% en 2025 au lieu de 4,1%.
Face à cette dégradation des comptes publics, l'Union européenne a même formellement lancé fin juillet une procédure pour déficit public excessif. Et Michel Barnier a déjà demandé à Bruxelles un report pour présenter le plan de redressement des comptes de la France.
Autre défi que doit affronter l'économie tricolore : une croissance 2024 relativement molle, à 1,1%, même si elle est un peu meilleure qu'attendue, selon les derniers chiffres de la Banque de France. Frappée de plein fouet par l'inflation, la consommation des ménages reste aussi atone cette année (+0,6%). À cela s'ajoute la morosité des indicateurs d'investissements (-1,5%, selon la Banque de France). Quant au chômage, l'institution table sur une légère hausse en 2024 à 7,4%, puis 7,6% en 2025.
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En marge de la préparation chaotique du budget, reste un problème majeur à régler pour le nouveau Premier ministre Michel Barnier constituer son gouvernement. Mardi, le député socialiste Philippe Brun a fait savoir qu'il avait décliné l'offre d'être nommé ministre du Budget. En parallèle, les discussions se poursuivent avec la droite. Ce mercredi soir, les dirigeants des Républicains Gérard Larcher, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau devaient être, à nouveau, reçus rue de Varennes. Mais l'entourage de Michel Barnier a annoncé, en milieu d'après-midi, que « la réunion avec les LR est reportée ». Longtemps réfractaires à l'idée d'entrer au gouvernement, Les Républicains pourraient, peut-être, faire le choix inverse. La composition du nouvel exécutif est d'ores et déjà laborieuse.
(Avec AFP)
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