Hausses d'impôts : Michel Barnier y pense, selon Gérald Darmanin

Maxime Heuze

Michel Barnier, dès son arrivée à Matignon, a assuré ne pas « s'interdire une plus grande justice fiscale ».
Reuters

Maxime Heuze

Michel Barnier, dès son arrivée à Matignon, a assuré ne pas « s'interdire une plus grande justice fiscale ».
Reuters
Y aura-t-il des hausses d'impôts sous le nouveau gouvernement ? C'est du moins ce qu'a laissé entendre Gérald Darmanin, ce mardi. Le ministre de l'Intérieur démissionnaire a confié pendant une réunion des élus du groupe Ensemble pour la République (ex-Renaissance) : « Michel Barnier m'a dit pendant notre entretien qu'il augmentera les impôts ». Des propos confirmés par un autre interlocuteur récent de Michel Barnier ayant entendu de la bouche du nouveau Premier ministre la piste de hausses d'impôts « sur les hauts revenus », selon l'AFP.
De quoi agacer une partie des soutiens du Président à l'image du même Gérald Darmanin, qui affirme sans détour ne pas vouloir que l'on « touche à la politique d'attractivité du pays et à notre politique de baisse d'impôts ». Surtout, selon lui, c'est la méthode qui dérange. « On ne connaît pas qui, on ne connaît pas sa politique ni son budget, et on doit y aller ? Est-ce que Michel Barnier peut venir nous voir pour nous parler du fond avant son discours de politique générale », a poursuivi Gérald Darmanin.
À l'inverse du député macroniste du Nord, Les Républicains n'ont pas eu les mêmes échos du nouveau Premier ministre. Selon l'entourage des dirigeants de droite Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, Michel Barnier n'a pas lancé cette piste devant eux lors de leurs échanges.
« La seule chose dite par le Premier ministre est qu'il ne s'interdirait pas d'aller dans le sens d'une plus grande justice fiscale », a aussi démenti l'entourage de Michel Barnier mardi, dénonçant des « on-dit ». Alors que le ministre de l'Economie sortant, Bruno Le Maire, prônait la baisse des impôts des ménages et des entreprises, véritable marqueur de la politique budgétaire des sept dernières années menée à Bercy, Michel Barnier, dès son arrivée a, en effet, assuré ne pas « s'interdire une plus grande justice fiscale ». Sans toutefois préciser davantage ce qui se cache derrière une telle formulation.
Évoquées ou pas par le nouveau locataire de Matignon, des hausses d'impôts pourraient notamment contribuer à atteindre l'objectif de 3% de déficit - imposé par le Pacte de stabilité européen - d'ici 2027 et promis par le gouvernement démissionnaire. Un objectif jugé « impossible » par le rapporteur général du budget Charles de Courson. Et pour cause, selon une note du Trésor public, le déficit public attendu de la France en 2024 serait de 5,6% du PIB, contre 5,1% prévu auparavant, à politique inchangée. Face à cette dégradation des comptes publics, l'Union européenne a même formellement lancé fin juillet une procédure pour déficit public excessif.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Pour tenter d'éteindre l'incendie budgétaire, l'ancien Premier ministre, Gabriel Attal, avait envisagé des alternatives aux hausses d'impôts : notamment en taxant les rachats d'actions et celle des rentes des énergéticiens. En avril dernier, l'exécutif prévoyait, en effet, d'insérer cette mesure dans le projet de loi de finances (PLF). Le Figaro affirmait d'ailleurs à l'époque que le gouvernement souhaitait qu'elle soit rétroactive, les rachats d'actions de 2024 donnant lieu à une taxation en 2025.
Et d'autres pistes d'économies pourraient aussi être mises sur la table. Selon un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) paru début septembre, les dépenses de l'Etat en faveur de l'apprentissage pourraient être rabotées d'1,5 milliard d'euros, de même pour le crédit d'impôt recherche (CIR) dont l'efficacité est souvent questionnée. Il serait possible de diminuer son coût à hauteur de 450 millions d'euros.
Le pacte Dutreil est lui aussi dans le viseur de l'IGF qui, depuis 2003, vise à « assurer la pérennité des entreprises (familiales, ndlr) en allégeant le coût de leur transmission » grâce à un abattement de 75% qui permet de calculer les droits de donation ou de succession, en application des barèmes de droit commun, sur un quart seulement de la valeur de l'entreprise.
À lire également
Du côté du MoDem, le député Jean-Paul Matteï suggérait début septembre dans les colonnes de la Tribune du Dimanche une hausse du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus du patrimoine, mesure qu'il propose depuis plusieurs années. De leur côté, les macronistes de gauche évoquent, eux, d'élargir l'ISF aux portefeuilles financiers (hors investissement dans une entreprise) et d'élever la contribution exceptionnelle sur les très hauts revenus. Mais, pour nombre de parlementaires issus de Renaissance, il s'agit-là d'un acquis intouchable du premier quinquennat d'Emmanuel Macron.
Maxime Heuze
17 colis par an par Francilien : l'impact massif des livraisons en Île-de-France
La pérennisation du dispositif zéro chômeur longue durée à l’épreuve des contraintes budgétaires
Le big bang fiscal des économistes face au péril climatique et économique
« Le système international actuel est ploutocratique » : le scénario choc de Thomas Piketty pour une planète soutenable en 2100