Geoffroy Roux de Bézieux, la nouvelle voie du Medef

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Pour doubler le nombre des adhérents, au nombre de 123.000 seulement, Geoffroy Roux de Bézieux veut faire le ménage dans les 30.000 mandats paritaires et les quelques 300 commissions diverses que compte le Medef, afin de le recentrer vers des actions plus utiles aux entreprises adhérentes.
Pour doubler le nombre des adhérents, au nombre de 123.000 seulement, Geoffroy Roux de Bézieux veut faire le ménage dans les 30.000 mandats paritaires et les quelques 300 commissions diverses que compte le Medef, afin de le recentrer vers des actions plus utiles aux entreprises adhérentes. (Crédits : Reuters)
Elu le 3 juillet à la tête de l’organisation patronale, cet entrepreneur sportif et énergique issu des télécoms veut transformer le Medef en force de « propositions ». Mais saura-t-il bousculer les conservatismes d’un patronat qui, en réalité, veut que tout change pour que rien ne change ?

Il le voulait tellement ce « job », dont il avait déjà rêvé deux fois. En 2008, déjà lorsque l'ancien président de l'association Croissance Plus avait dû s'incliner devant le souhait de Laurence Parisot de faire un second mandat. Et en 2013 lorsque, sorti en tête du vote consultatif du conseil exécutif, l'ancien patron de The Phone House et Virgin Mobile a dû se rallier à la candidature plus consensuelle de Pierre Gattaz, le « patron de combat » envoyé au front face à « la politique anti-entreprises » de François Hollande.

En ce jour radieux du 3 juillet 2018, cette fois, c'était son tour : GRDB, Geoffroy Roux de Bézieux, a enfin accédé à la magistrature suprême du patronat. Président du Medef à 56 ans, il l'a emporté sans discussions possibles avec 10 points d'avance sur son rival Alexandre Saubot, l'ancien boss de l'UIMM, avec 55,8% des suffrages exprimés. Le Medef, il le connaît bien, pour y avoir passé cinq ans comme vice-président en charge de l'économie, du numérique et de la fiscalité aux côtés de Pierre Gattaz.

Geoffroy Roux de Bézieux, dont le titre de noblesse a été acquis par un ancêtre, échevin de Lyon en 1769, est né à Paris le 31 mai 1962. Après des études à Neuilly puis l'Essec, il commence sa carrière chez L'Oréal avant de faire fortune dans la téléphonie mobile. Aujourd'hui patron du fonds d'investissement Notus, il a investi dans Oliviers&Co, qui vend de l'huile d'olive de qualité premium jusqu'en Chine, mais aussi dans l'alimentation avec le Fondant baulois.

Les grandes fédérations se sont divisées

Pour ce grand sportif, ancien rugbyman, qui a fait son service dans les commandos de marines et est adepte du triathlon «  Ironman » (226 kilomètres, en enchaînant 3,8  km de natation, 180,2 km de cyclisme et un marathon !), la campagne a été intense et risque de laisser des traces au sein du syndicat patronal. Les grandes fédérations se sont divisées, l'industrie et la banque soutenant Alexandre Saubot, tandis que l'assurance et le bâtiment ont supporté GRDB. Son premier acte de président a été de sonner la réconciliation, en proposant à son concurrent d'être « invité permanent » au conseil exécutif et d'apporter ses compétences sur la matière sociale pour traiter le futur combat avec le gouvernement qui veut taxer les contrats courts avec un système de bonus-malus, proposé par Emmanuel Macron dans sa campagne.

Il a aussi tenu sa promesse de féminiser le Medef en nommant 5 entrepreneures dans son quota de 10 personnalités qualifiées dont une ancienne candidate, sportive comme lui, Dominique Carlac'h, qui l'avait soutenu. Il a aussi renvoyé quelques ascenseurs à ceux qui l'ont aidé, comme Christian Nibourel, patron du Groupement des professions de services (GPS) et Claude Tendil, le nouveau négociateur social du Medef et patron de Generali France.

Seulement 123.000 adhérents

Son ambition est inscrite dans son programme : « transformer le Medef pour aider à transformer le pays ». Il est probable que la première tâche soit la plus difficile tant le syndicat patronal traverse une crise, de légitimité et de représentativité. Pour doubler le nombre des adhérents, au nombre de 123.000 seulement(*), Geoffroy Roux de Bézieux veut faire le ménage dans les 30.000 mandats paritaires et les quelques 300 commissions diverses que compte le Medef, afin de le recentrer vers des actions plus utiles aux entreprises adhérentes. Il veut aussi renouveler la gouvernance et donner plus de place aux Medef territoriaux qui ont exprimé, par le nombre de candidatures à la présidence, un malaise certain. Pour se réinventer, le Medef va devoir se réformer de l'intérieur, proposer de nouveaux services de conseil juridique, fiscal ou à l'export. Patrick Martin, candidat du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, le secondera pour mener ce chantier comme président délégué.

Mais le gros du mandat de Geoffroy Roux de Bézieux sera, il le sait bien, sur le front social, avec plusieurs défis. Sur le paritarisme, il fait la distinction entre la participation à la gestion de l'Unedic et ce qu'il appelle le paritarisme de négociation. Il devra décider d'ici la fin de l'année en fonction des réformes d'Emmanuel Macron, le maintien ou non du Medef dans l'assurance-chômage. « On ne restera que là où on a une autonomie de décision », a-t-il prévenu, refusant les négociations-alibi où l'Etat décide de tout.

Peu friand des grandes messes sociales, ce libéral veut imprimer sa marque en proposant de revivifier le dialogue économique avec les syndicats, afin de construire avec eux un « diagnostic », même non partagé, sur les mutations provoquées par le numérique dans le monde du travail. Il veut construire avec les syndicats "un agenda social et économique". A tous ceux qui prédisent la fin des corps intermédiaires, il rétorque que « l'Etat n'a pas le monopole de l'intérêt général ». Proche du monde des startups, il est convaincu que ce sont les entreprises « qui changent le monde » et que l'époque de mutations rapides que le monde traverse est « une opportunité historique » pour le Medef. « Notre devoir est de dire la vérité et de proposer des solutions ».

Deux grands chantiers

Deux grands chantiers occuperont son mandat. Le premier est celui de l'apprentissage et de la formation professionnelle, alors que Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, a donné une impulsion de réformes qu'il va falloir mettre en œuvre. Et l'Europe, qui « est en grand danger » et que le monde de l'entreprise sera appelé à défendre face à la montée des populismes et du protectionnisme. « Le patronat européen aura un rôle majeur à jouer », a-t-il dit lors de son élection, et il prévoit de travailler en plus étroite concertation avec les patronats allemands et italiens, alors que Pierre Gattaz prend la présidence de Business Europe.

Refusant le terme de « patron des patrons », vieillot et paternaliste, Geoffroy Roux de Bézieux se présente comme la « voix des entrepreneurs » et veut un Medef de propositions, qui réinvesti le terrain des idées « sans hésiter à se confronter avec d'autres courants de pensée ». Il aura l'occasion de le démontrer à l'Université d'été du Medef qui se tient sur le campus d'HEC du 28 au 29 août. Ce sera la première rentrée médiatique pour le nouveau président du Medef, qui aura fort à faire cet été pour rassembler son mouvement, engager les premières transformations et rencontrer les pouvoirs publics. L'ancien membre de la commission Attali y a connu Emmanuel Macron à une époque où personne ne lui prédisait un tel destin. Face à un président de la République pro-business, mais aussi très critique sur le conservatisme des corps intermédiaires dont il conteste la légitimité, Geoffroy Roux de Bézieux va devoir inventer une nouvelle voie pour à la fois restaurer l'image de son mouvement, souvent assimilé au « chœur des pleureuses » et devenir un interlocuteur écouté par le gouvernement. Pour cela, il lui faudra bousculer un patronat pour qui le mot de Lampedusa dans le « Guépard » - « il faut que tout change pour que rien ne change »- reste la norme. Il n'est pas sûr que le Medef puisse cette fois se permettre le luxe de ne rien changer.

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(*) En 2016, l'Insee a recensé 4 365 347 entreprises (sociétés et micro-entreprises comprises).

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Commentaires
a écrit le 05/07/2018 à 10:28 :
Geoffroy Roux de Bézieux, la nouvelle voie RINGUARDE du Medef
a écrit le 05/07/2018 à 3:58 :
... Les patrons c'est comme les étagères plus c'est haut moins ca sert !!!
a part piquer le pognon des pauvre ouvriers esclave ! je ne sait pas a quoi ils servent ....
Réponse de le 05/07/2018 à 17:40 :
Et comment feraient les petits ouvriers esclaves pour vivre s'il n'y avait pas d'entreprises? Ils seraient tous fonctionnaires? Ah Oui, ils créeraient peut être leur propre entreprise pour créer leur emploi....non c'est trop risqué! Alors vive le RSA!
Lamentable comme vision réductrice à la mode XIX ème siècle! La modernité ce n'est pas le numérique, c'est l'intelligence consistant à sortir des vieux clichés!
a écrit le 04/07/2018 à 19:04 :
Il eut mieux valu qu'il s’appela Geoffroy Henry de Bézieux , soit GHB, car ce type est là pour nous empêcher de nous rendre compte que le Medef nous en..le en douceur et sans en avoir l'air...
a écrit le 04/07/2018 à 18:28 :
est-ce que ce changement de dirigeant des dirigeants va changer quelque chose?
On verra un vrai changement si, dorénavant, les entreprises qui sont suceptibles d'être reprises ou de continuer leur activité sont préemptées par l'un ou l'autre de ces "patrons qui veulent tout ou si ils les laissent partir sous des directions, étrangères (Alstom; chantiers de l'atlantique; Renault Poids lourds; Renault agriculture; peychiney; Ex sud et Nord aviation; tout l'électroménager Brandt Thomson etc; et toutes les petites et grandes entreprises qui sont soufflées à la barbe et au nez des "entrepreneurs français.
Mais pour celà il faudrait une vrai solidarité entre les memlbres de ce club qui permettrait de prioritiser les achats d'équipements chez leurs cosyndiqués.
Les transporteurs achèteraient des camions Renault plutôt qu'allemands, les agriculterur achèterait des tracteurs Français au lieu de toujours voir mieux à l'étranger etc.
Ceci permettrait surtout de répondre au problème N°1 du medef en mutualisant les charges car il y aurait beaucoup plus de cotisants. Alors qu'un achat d'un camion par exemple s'il est de provenance étrangère ne participe en rien aux cotisations sociales et fiscale, il créé par contre e France des besoins sociaux dû au chômage.
a écrit le 04/07/2018 à 17:28 :
La solution, la seule solution consiste à appliquer la note n°6 du CAE. Le MEDEF n'est pas en mesure de le comprendre.
a écrit le 04/07/2018 à 16:03 :
S'il parvient à transformer l'instiitution, le changement de nom devra suivre : CNPF, puis Medef sont incompréhensibles pour 99%
a écrit le 04/07/2018 à 13:59 :
la problématique au Médef :

est la «  peur » du changement ?
ou la «  perte des privilèges par habitude »?
En «  gros » du sur- place «  pour maintenir «  un pouvoir »

le «  changement » commence par des «  prises de consciences »

comme par exemple :

Et si en France , nous faisions participer tout le monde sans exclusion sans blocage à l’économie et aussi aux gains , si nous nous enrichissions proportionnellement tous ensembles sans «  exclusion sociale » ?


c’est la case «  0 » cette prise de conscience avant le changement ( changement et intégration de cette idée par le Médef)

et après peut être le «  début d’un dialogue social » ?

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