Gilets jaunes : ce que Girardin a proposé aux Réunionnais dont 42% vivent sous le seuil de pauvreté

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Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, le 28 juin dernier aux Assises des Outre-Mer, à l'Elysée.
Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, le 28 juin dernier aux Assises des Outre-Mer, à l'Elysée. (Crédits : Reuters)
Hier, après avoir rencontré et écouté les "gilets jaunes" réunionnais qui paralysent l'île française depuis douze jours, la ministre des Outre-mer a annoncé une première liste de mesures. Mais c'est la déception, la presse locale titre : "Écoutés mais pas encore entendus"...

La ministre des Outre-mer Annick Girardin est arrivée hier mercredi à La Réunion, allant, dès sa descente d'avion, directement sur les barrages à la rencontre des "Gilets jaunes" réunionnais qui paralysent depuis douze jours l'île française de l'océan Indien.

A la fin de sa première journée de visite, la ministre a annoncé des mesures et détaillé des initiatives spécifiques pour les Réunionnais, couplées à des décisions déjà programmées au niveau national afin de répondre à leurs revendications:

  • hausse de la prime d'activité de 360 euros par an;
  • hausse du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé portés à 900 euros par mois;
  • création de 1.500 places de crèches supplémentaires;
  • une offre de formation à tous les jeunes mineurs sortis du système scolaire;
  • et un doublement des moyens financiers alloués aux politiques d'insertion des collectivités ("Le Quotidien de La Réunion" évoque l'ouverture de 15 centres sociaux).

Lire aussi : « Gilets jaunes » : à La Réunion Annick Girardin appelle au dialogue

42% des Réunionnais vivent avec moins de 1.000 euros par mois

Annick Girardin est accompagnée d'Olivier Noblecourt, chargé de la mise en place du « Plan pauvreté » présenté en septembre par Emmanuel Macron et à qui elle a demandé de suivre plus particulièrement la situation de l'île. Car la pauvreté est massive dans l'île française : pas moins de 42% des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté monétaire - très exactement : moins de 1.015 euros de ressources par mois.

La ministre, qui n'a pas donné de date de fin à son séjour, a prévu de se rendre à partir de jeudi dans les différentes régions de l'île, notamment aujourd'hui au sud, à la préfecture de Saint-Pierre (voir vidéo ci-dessous)  où une trentaine de barrages routiers ont une nouvelle fois été dressés mercredi sur les axes principaux.

La Réunion, carte, Google Maps

[L'Île de La Réunion, dans l'océan Indien. Crédit : Google Maps . Cliquez sur l'image pour l'agrandir]

Annick Girardin a appelé à plusieurs reprises à la levée des barrages, jusqu'ici sans succès. Comme avant elle Bruno Le Maire l'avait fait en métropole, elle a souligné les répercussions néfastes de ce mouvement pour l'économie locale :

"465 entreprises réunionnaises avaient déjà demandé l'activation du chômage partiel pour plus de 6.000 salariés."

Le JIR précise que la ministre a ajouté :

"Je redemande que les barrages soient levés, car si on étouffe les dernières emplois, il n'y en aura plus."

Lire aussi : «Gilets jaunes» : «un impact sévère sur l'économie» selon Bruno Le Maire

"Soit vous me faites confiance, soit vous restez bloqués 3 mois".

Selon JIR (Clicanoo), la ministre, qui est descendue dans le sud pour "faire avancer le dialogue", a déclaré face à la déception de ses interlocuteurs créée par ses premières annonces :

"Si vous êtes déçus, c'est qu'il ne peut pas y avoir de dialogue". "Qui peut croire que je vais régler en 48 heures ce qui a été mal construit en 40 ans. Il n'y a pas de baguette magique."

Mais elle demande qu'on lui fasse confiance et qu'on ne paralyse plus l'île :

"Ce que je veux vous dire c'est de me faire confiance, parce que je veux le faire". "On aura 3 mois minimum de délais de travail. Soit vous me faites confiance, soit vous restez bloqués 3 mois".

Site participatif pour poser ses revendications et les soumettre au vote

Une liste participative de revendications est présentée par le site des "Gilets jaunes de La Réunion", qui montre une grande diversité, à la mesure semble-t-il des frustrations accumulées face à la précarité des situations. Chaque vendication est accompagnée d'un argumentaire, et d'un nombre de vote "pour". Les demandes vont de "l'abaissement des salaires de la fonction publique" (il s'agit de la "sur-rémunération des cadres de la fonction publique et de leurs multiples avantages -congés payés, RTT...- qui créent plus d'inégalités avec les bas salaires (privés ou publics)", à la "diminution du salaire des ministres, députés et sénateurs", en passant par "l'alignement des prix des denrées alimentaires sur ceux de la métropole", le "développement de transports en commun accessible pour tous", ou encore la révision voire la suppression de l'octroi de mer.

La ministre a rencontré les syndicats de salariés, mais pas encore les patrons d'entreprise, selon JIR.

Des annonces sur le pouvoir d'achat sont attendues dans les jours qui viennent.

(Avec AFP)

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>VIDÉO publiée par le site du "Journal de l'Île de La Réunion" (JIR) sur la mobilisation ce jeudi 29 novembre 2018 devant la sous-préfecture de Saint-Pierre, au sud de l'île, où doit se rendre Annick Girardin ce matin.

(Avec Reuters)

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a écrit le 29/11/2018 à 20:49 :
Il faut decoloniser une fois pour toute , ici et ailleurs . De plus il faut en finir avec les interventions extérieures coûteuses et inutiles .
Réponse de le 30/11/2018 à 19:41 :
La Reunion est une colonie?
a écrit le 29/11/2018 à 18:42 :
Je connais bien La Réunion et son contexte économique. Je pense qu'il n'y aura jamais de solution pour régler ses problèmes. La source de tous les problèmes, c'est que c'est petit département Français loin des grands marchés Européen, qui en étant Français vit avec un niveau de vie Européen financé entièrement par la métropole dans un entourage de pays pauvres. A la Réunion, on importe tout de la France. On est payé en Euros avec niveau de salaire Français qui est 8 à 10 fois ceux pratiqués dans les pays avoisinants.Le minimum de salaire à l'ile Maurice à 200 Km de là est de 200 Euros.
Impossible de faire des investissements industriels dans cette petite ile avec un salaire Français, car aucune production ne sera compétitive dans les marchés environnants. La Réunion telle qu'elle est aujourd'hui est condamnée à l'assistanat.
a écrit le 29/11/2018 à 13:06 :
J'ai beau avoir grandis outre-mer, je ne trouve qu'un double sentiment négatif à cela :

- d'une part, pourquoi donner aux gilets jaunes de la Réunion et pas aux autres ?
- d'autre part, en quoi ça remplace une vrai politique de développement économique ?

Cette manière de gérer les choses ne fait qu'additionner :
- une absence totale de politique économique depuis 40 ans
- une forme de clientélisme pour éviter que ça explose comme en Guyane ou en Guadeloupe ces dernières années.

En fait, ils ont peur qu'à la réunion, le mouvement des gilets jaunes prennent une ampleur particulière à cause des mêmes problèmes que dans les deux autres départements.

Je reprend la citation de la ministre : "Qui peut croire que je vais régler en 48 heures ce qui a été mal construit en 40 ans."

C'est vrai, et en même temps c'est un aveu.

En tout cas, il faudra expliquer aux autres gilets jaunes pourquoi à la Réunion ils ont eu ça et pas les autres.

Je précise à l'avance que je ne considère pas l'outre-mer comme sous-développé, mais comme des régions qui ne sont jamais prises en compte par des gouvernements qui n'ont jamais de vision économique spécifique pour l'outre-mer. (intégration économique régionale par exemple).
a écrit le 29/11/2018 à 11:24 :
mesures sans rapport avec les besoins de cette collectivité humaine isolée ,dont l'administration non différenciée de celle de la métropole est une catastrophe politique, économique ,et sociale .
pour la Réunion comme pour les autres Outre-Mer , il faut une politique fiscale allégée pour favoriser au mieux leur développement et une large autonomie d'administration débarrassée des hauts fonctionnaires métropolitains .
il faudra beaucoup de gilets jaunes dans ces territoires pour faire enfin bouger le pouvoir politique actuel .
Réponse de le 29/11/2018 à 11:45 :
A Kakech.
On voit bien que vous n'avez jamais mis les pieds en outre mer pour y faire autre chose qu'y passer des vacances.
Les residents d'origine sont
fatigues d'etre pris pour des sous developpes.
Ce raisonnement s'applique aussi aux territoires en Oceanie, Tahiti et ses miettes dans l'ocean.
La Reunion obtiendra in fine bcp et cela fera tache d'huile sur les autres territoires.
La on va rire.....jaune.
Bon courage neanmoins, le pays va au devant de tres gros pb.
a écrit le 29/11/2018 à 11:20 :
23% de chômeurs à la Réunion, contre 7 % à l'Ile Maurice (populations sensiblement similaires). La différence provient de la charge fiscale délirante en France et des aides multiples qui n'incitent pas à l'imagination et au travail.

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