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Les "Gilets jaunes" attendent les annonces de Macron pour décider d'un éventuel Acte 3

Photo de Philippe Mabille

latribune.fr

Publié le 25 novembre 2018 à 17:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:15

Reunion lundi a bercy sur l'impact eco des gilets jaunes

Reunion lundi a bercy sur l'impact eco des gilets jaunes

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Un total de 101 personnes ont été placées en garde à vue après les violences qui ont émaillé le rassemblement parisien du mouvement des "gilets jaunes" traversé dimanche par des annonces contradictoires sur la tenue d'un "acte 3" samedi 1er décembre. Une réunion de crise est prévue à Bercy pour examiner les conséquences économiques du mouvement.

Les "Gilets jaunes" vont-ils de nouveau sortir dans la rue samedi 1er décembre. des informations contradictoires circulent sur les réseaux sociaux au sein d'un mouvement qui attend les annonces du chef de l'Etat ce mardi. Dimanche, un compte Facebook se présentant comme la "page officielle" des "gilets jaunes" a créé un événement intitulé "Acte 3 Macron démissionne !" pour le samedi 1er décembre à 14H00. Dimanche à 16H00, plus de 21.000 personnes s'étaient déclarées "participantes" et plus de 104.0000 "intéressées". Mais un représentant du mouvement a démenti cet appel, dénonçant "de la manipulation, de la récupération". "Je suis en relation avec d'autres initiateurs du mouvement. Nous démentons formellement cet appel. Nous verrons ce que nous ferons en fonction de ce que dira Emmanuel Macron mardi. A l'heure actuelle, il n'existe pas d'acte 3 des gilets jaunes", a affirmé à l'AFP Benjamin Cauchy, porte-parole des "gilets jaunes" en région toulousaine.

"L'acte 2" du mouvement des "gilets jaunes", qui protestent contre la hausse des prix du carburant, et plus largement contre les taxes et la baisse du pouvoir d'achat, a réuni samedi plus de 100.000 personnes à travers la France, dont 8.000 à Paris.
Comparant ce chiffre de 106.301 personnes exactement, à celui des 282.710 manifestants recensés lors de la première journée le 17 novembre, le ministre de l'Intérieur a évoqué un "fort affaiblissement de la mobilisation".

Dans la capitale, un rassemblement sur les Champs-Elysées a donné lieu à une journée de violences et dégradations. Jets de projectiles, feux de barricades de barrières de chantiers : des manifestants se sont opposés aux forces de l'ordre qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène et des lances à eau. Les heurts ont fait 24 blessés, dont 5 côté forces de l'ordre, 103 personnes ont été interpellées, dont 101 ont été placées en garde à vue, selon la Préfecture de police.

Un homme de 27 ans est notamment soupçonné d'avoir "gravement blessé à l'oeil" un policier "par un jet d'écrous" près de la place de l'Etoile, lors de la dispersion des manifestants dans la soirée. A Paris, "les dégâts sont faibles, ils sont matériels, c'est l'essentiel", a estimé samedi le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Il avait attribué les violences à des "séditieux" de l'ultradroite qui avaient répondu selon lui à "l'appel de Marine Le Pen".

Vinci Autoroutes a dénoncé "des actes de vandalisme commis dans la nuit de samedi à dimanche" aux péages de Virsac (Gironde), du Muy (Var) et de La Ciotat (Bouches-du-Rhône), où "les infrastructures et équipements autoroutiers ont fait l'objet de violentes attaques et ont été incendiés".

"Ces trois sites restent à cette heure fermés à la circulation", a ajouté le concessionnaire autoroutier dans un communiqué, annonçant son intention de porter plainte.

En province dimanche, des actions de "gilets jaunes" étaient encore observées sur des ronds-points ou aux abords de centres commerciaux. Une "présence de manifestants" était signalée à plusieurs entrées et sorties de péages d'autoroutes, en Centre-Val-de-Loire, Pays-de-la-Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Hauts-de-France, selon le réseau Vinci.

A Calais, deux CRS et un gendarme ont été blessés légèrement et un troisième a été grièvement blessé au visage dans la nuit de samedi à dimanche lors de heurts avec environ 350 manifestants près de l'A16 à Calais. Quatre personnes ont été interpellées.
Sur l'île de la Réunion, secouée par une flambée de violences en marge du mouvement des "gilets jaunes", le couvre-feu décrété mardi a été levé dimanche par la préfecture, qui souligne "l'évolution favorable" de la situation en dépit d'une douzaine de barrages maintenus.

Appels au moratoire sur la taxe carbone

Plusieurs personnalités ont appelé dimanche à un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants. L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 Ségolène Royal a appelé dimanche "solennellement" Emmanuel Macron à avoir "le courage de retirer une mauvaise réforme" en renonçant à la hausse des taxes sur les carburants. "Rien ne peut se faire, aucun dialogue ne peut se nouer, si les taxes mises à l'aveugle sur les carburants ne sont pas retirées, c'est ce que je demande solennellement aujourd'hui", a lancé Mme Royal sur France 3, au lendemain d'une nouvelle journée de mobilisation des "gilets jaunes" émaillée de violences.

Elle a appelé le président de la République à "faire preuve de bon sens et d'un peu d'humilité". "Il y a une réforme injuste qui a été mise en place et qui a semé du désordre", a jugé l'ancienne ministre de l'Environnement pour expliquer la mobilisation des "gilets jaunes". "Parfois, il faut plus de courage pour retirer une mauvaise réforme, que pour se dissimuler derrière cette formule: "je tiens le cap", a ajouté Mme Royal, qui estime que pour sortir de cette crise, la France attend "de l'apaisement, de la compréhension et de la démocratie". "Il n'est jamais trop tard en politique pour prendre en considération la parole des citoyens", a-t-elle relevé, en proposant de saisir la proposition "de certains parlementaires au Sénat" de supprimer la hausse des taxes pour "rebondir".

Interrogée sur la création d'un "Haut conseil pour le climat" composé d'experts que le président Emmanuel Macron pourrait annoncer mardi selon le JDD, Mme Royal s'est montrée prudente: "Une volonté de dialogue, on ne va pas la critiquer, mais vous savez ce que disait le général de Gaulle: il y a un problème, on crée une commission, il ne faut pas que ça soit ça".

Le nouveau secrétaire général de Force ouvrière Yves Veyrier a aussi  demandé samedi un "moratoire sur les taxes", le temps que se tiennent des négociations permettant de "généraliser la prime transport", en réponse à la colère des "gilets jaunes". "FO appelle à la réunion rapide d'une commission tripartite" réunissant les syndicats, le patronat et le ministère du Travail "afin d'examiner les conditions de la mise en œuvre de négociations permettant de généraliser la prime transport", a tweeté son n°1.

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Pour Yves Veyrier, élu jeudi à la tête du troisième syndicat français, ces négociations "devraient porter sur un cadrage minimum au niveau des branches", ce "afin de s'assurer que tous les salariés concernés bénéficieront d'une prime transport et que les entreprises ne se réfugieront pas derrière le risque de distorsion de compétitivité".

Actuellement, les employeurs peuvent mettre en place une "prime transport" exonérée de cotisations sociales dans la limite annuelle de 200 euros par salarié. Yves Veyrier estime que le "relèvement du plafond d'exonération (...) devrait être examiné".

Le gouvernement maintient le cap

Le gouvernement ne reviendra pas sur sa décision d'augmenter les taxes sur les carburants et "maintient le cap de la transition énergétique" mais cherche des "mesures d'accompagnement", a indiqué dimanche Bruno Le Maire sur BFM TV.

"Il y a un cap qui a été fixé par le président de la République, c'est celui de la transition énergétique (...) Ce cap doit être tenu", a indiqué M. Le Maire. Le but est que "nos enfants vivent dans un environnement meilleur", avec "moins de CO2, moins de particules fines", a-t-il argué. "Ce discours est compris par une très large majorité de Français (...) c'est peut-être sur les mesures d'accompagnement que l'on peut s'entendre", a-t-il estimé.

Le ministre de l'Action et des Comptes publics Gerald Darmanin a lui aussi écarté toute marche arrière sur la hausse de la fiscalité sur les carburants, soulignant que les prix du pétrole étaient de toute façon en train de baisser. "Aujourd'hui, ce n'est pas le sujet, les prix à la pompe baissent", a-t-il souligné. Le prix du pétrole "est moins important qu'en 2012 et moins important qu'il y a un an", a-t-il dit.

M. Darmanin a martelé que l'objectif est de "passer d'une économie qui pollue et fait 50.000 morts par an à une économie qui espérons le pollue moins et ne fasse évidemment pas les morts d'un scandale semblable à celui de l'amiante". "Ce n'est pas parce qu'il y a des contestations qu'un responsable politique doit changer ce pour quoi il se bat, à savoir qu'il y ait moins de morts et moins de maladies", a-t-il insisté.

M. Le Maire a rappelé que le gouvernement avait déjà décidé d'une hausse de la prime à la conversion pour les automobilistes se séparant de leur ancien véhicule pour en acheter un autre moins polluant. Et il a indiqué qu'il demanderait aux banques "dès lundi" qu'elles mettent en place un "prêt vert" pour aider les automobilistes à financer le décalage de "2,3 ou 4 mois" entre l'achat d'un véhicule éligible, et le versement effectif de la prime de 2.000 ou 4.000 euros.

Par ailleurs, le gouvernement va demander aux assureurs d'envisager une prise en charge des pertes de chiffre d'affaires des commerçants liées à ce type de manifestation. Certains magasins ont connu des baisses de chiffre d'affaire de "60, 70 ou 80%", a-t-il dit. Bruno Le Maire réunira lundi à Bercy des acteurs de la distribution et des organisations patronales pour faire le point sur ce sujet, a-t-il indiqué.

Emmanuel Macron veut redonner du "sens"

Emmanuel Macron a appelé dimanche à "apporter une réponse économique, sociale, mais aussi culturelle et de sens" à "nos classes moyennes et à nos classes laborieuses", afin de bâtir "un projet politique", au lendemain d'une mobilisation des "gilets jaunes". "Il n'y a pas de projet de société et il n'y a pas de projet politique - au niveau national et européen - si nous n'apportons pas une réponse claire à nos classes moyennes et à nos classes laborieuses", a expliqué le chef de l'État en marge d'un Conseil européen extraordinaire qui entérinait le Brexit, "ce qui veut dire une réponse économique, sociale, mais aussi culturelle et de sens".

Interrogé sur des parallèles entre le vote pour le Brexit, qui a eu un fort écho auprès des classes populaires au Royaume-Uni, et les "gilets jaunes", qui manifestaient samedi à Paris pour réclamer la suppression de la hausse des taxes sur les carburants, Emmanuel Macron a estimé ne pas "penser qu'on puisse comparer la situation de tous nos pays".

"Le Brexit a dit beaucoup des divisions, des positions très différentes entre la City et le reste du Royaume-Uni, entre les jeunes et les plus âgés", a-t-il considéré. "Ce que cela montre, c'est que dans toutes nos démocraties, il est clair que notre devoir est de réussir à redonner aux classes populaires et aux classes moyennes des perspectives, une capacité à construire le progrès", a ajouté le chef de l'État.

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Emmanuel Macron a par ailleurs contesté l'opposition entre les villes et les campagnes, un clivage régulièrement mis en avant par les "gilets jaunes": "Si je prends l'exemple de notre pays, la situation est aussi très difficile dans certains quartiers des grandes villes", a-t-il notamment fait valoir. "il y a ceux qui réussissent dans cette mondialisation et ceux pour qui le progrès n'est plus accessible", a-t-il ajouté.

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