Grand débat national : à quoi va servir l'agenda rural ?

La ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault vient de charger cinq élus de formuler des propositions d'ici au moins de juin pour élaborer un "agenda rural". Avant même d'aboutir à un échéancier partagé, le président (PS) de l'association Nouvelles ruralités, Patrice Joly, ainsi que le directeur général de l'association des maires ruraux de France, Cédric Szabo, ont déjà des revendications à transmettre au gouvernement.
César Armand
Le président (ex-MoDem) de l'association des maires ruraux (AMRF) Vanik Berberian remettant au chef de l'Etat Emmanuel Macron des cahiers de doléance le 14 janvier dernier à l'Elysée.
Le président (ex-MoDem) de l'association des maires ruraux (AMRF) Vanik Berberian remettant au chef de l'Etat Emmanuel Macron des cahiers de doléance le 14 janvier dernier à l'Elysée. (Crédits : POOL New)

Un député, trois maires et un sénateur. La ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales a "installé" le 29 mars dernier une "mission" chargée de faire des propositions en matière "d'agenda rural" d'ici au moins de juin. Jacqueline Gourault se fonde sur une résolution adoptée par le Parlement européen le 3 octobre dernier visant à instaurer un "agenda rural européen". S'il est repris par la Commission européenne, il pourrait prendre la forme d'une programmation pluriannuelle et multisectorielle. En France, « l'objectif est d'arriver à un échéancier, avec des propositions immédiates à mettre en place dans les trois mois, puis dans les six mois et enfin à horizon un, deux ou trois ans », décrypte un des cinq élus mandatés.

« Le monde rural est enfin à l'agenda du gouvernement ! » se félicite Cédric Szabo, directeur général de l'association des maires ruraux de France (AMRF).

« Nous n'attendons pas des miracles immédiatement - il faut encore qu'on nous entende - mais nous avons la volonté de produire une politique publique sur l'aménagement du territoire. »

Les 10.000 maires de communes de moins de 3.500 habitants rêvent en effet d'un projet de loi sur la ruralité qui aborderait tant les questions de l'école, de la santé que celles du très haut débit et du numérique. Ils demandent notamment "une conférence nationale sur le développement du télétravail" afin de rééquilibrer la répartition des actifs sur le territoire national.

Lire aussi : Tiers-lieux : « Les collectivités jouent déjà un rôle d'impulseur » Patrick Levy Waitz

Le sujet de la mobilité, point de départ de la crise des "Gilets jaunes", figure également en bonne place parmi les revendications de l'AMRF. Outre les mobilités alternatives à la voiture individuelle comme le véhicule autonome ou le maintien des dessertes ferroviaires, les maires ruraux pointent les difficultés de financement "à moyen et long terme" de ces politiques publiques locales.

Dépasser le "sentiment de relégation"

Au côté des maires Vanik Berberian (président de l'AMRF), Cécile Gallien (LREM), Pierre Jarlier (UDI), du député (LREM) d'Indre-et-Loire Daniel Labaronne, le président (PS) de l'association Nouvelles ruralités veut lui aussi "sortir" de cette image de la ruralité "nostalgique et plaintive". « Qu'on nous dise "La France a besoin de sa ruralité" ! » s'exclame Patrice Joly.  Pour dépasser le "sentiment de relégation", le sénateur de la Nièvre demande davantage de "moyens" pour rénover les logements, d'adapter les règles fiscales pour les commerces, mais aussi de ne plus concevoir l'urbanisme "à partir des enjeux des grandes villes".

« Dans les trente années qui viennent, nous aurons dix millions d'habitants en plus. Va-t-on continuer à concentrer ou travaille-t-on à une meilleure répartition ? » s'interroge Patrice Joly.

Avant de se faire l'avocat des réseaux d'eau, d'électricité, d'assainissement, de télécoms qui fonctionnent, de la "bonne gestion des finances publiques" ou encore de la possibilité d'accueillir deux à trois élèves supplémentaires par classe. « Ça ne coûte rien et cela répondra à la tendance naturelle de croissance de la population », assure encore l'ex-président du conseil départemental de la Nièvre.

Cinq mesures "chocs et positives"

En réalité, d'après nos informations, la ministre Jacqueline Gourault voudrait aller vite et préparerait cinq mesures "choc et positives" que le président de la République reprendrait à son compte mi-avril. En déplacement dans les Vosges il y un an, Emmanuel Macron avait déjà soutenu le concept de "ruralité active", considérant que « tout ne va pas si bien mais tout ne va pas si mal non plus ». « Collectivement, il ne faut pas que nous nous installions dans un esprit de défaite (...) Un territoire ne va pas quand il n'y a pas de projet», avait-il insisté.

Dans cet esprit, le président de l'Assemblée nationale s'est prononcé, mardi 2 avril dans Les Echos, en faveur d'une « loi Macron des territoires c'est-à-dire déverrouiller et lever les freins ».

« Il faut d'un côté un Etat fort localement sans avoir besoin de tout faire remonter à Paris et, en même temps, donner aux collectivités toutes les libertés de s'organiser.»

Richard Ferrand a également défendu une "France à la carte" :

« Si des communes veulent s'associer, elles doivent pouvoir le faire sans contrainte ni limite. Si des départements veulent fusionner avec leur région, il faut qu'ils puissent le faire. »

En revanche, il s'est désolidarisé du ministre des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu qui avait plaidé, dans nos colonnes, en faveur du retour du conseiller territorial. « Il faut d'abord s'occuper des territoires, c'est l'urgence. La question de l'échelon de décision viendra après. »

Lire aussi : Sébastien Lecornu : « Le conseiller territorial, il faut l'expertiser »

A la suite de cette interview, l'association des petites villes de France (APVF) a, de nouveau, recommandé, la création d'un fonds de solidarité territoriale pour "une meilleure diffusion des richesses économiques entre territoires" ainsi que "la mise en oeuvre rapide d'un pacte de revitalisation des cœurs de petites villes".

Lire aussi : "Gilets jaunes" : "Il est urgent de faire des propositions beaucoup plus fortes" (Christophe Bouillon, APVF)

César Armand

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Commentaires 3
à écrit le 04/04/2019 à 11:29
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Rien n'affleurera de ce pretendu debat national. Une fois les elections europeennes avalisees, tout redeviendra comme avant. La vente a la decoupe continuera. Ce president vend la France a Bruxelles et personne ou si peu n'intervient.

à écrit le 04/04/2019 à 8:42
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À ce que notre hurluberlu apprenne la géographie ?

à écrit le 04/04/2019 à 1:07
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Macron c est orale l inflation c est concret alors indexation des retraites le temps passé Macron gagner du temps les retraites perdant de l argent

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