Impôts, aides sociales : les gagnants et les perdants des réformes Macron pendant la pandémie

Les baisses d'impôts et les mesures d'aides sociales en 2020 et 2021 ont entraîné un gain moyen de 280 euros chaque année pour les Français. Mais derrière cette moyenne, le fossé entre les 10% les plus pauvres (+100 euros) et les 10% les plus riches (+430 euros) risque de se creuser.
Grégoire Normand
Le président de la République Emmanuel Macron.
Le président de la République Emmanuel Macron. (Crédits : Reuters)

« Mes valeurs ne sont pas celles d'un président des riches. » En décembre 2021, le président de la République Emmanuel Macron voulait se défendre de cette image à quelques mois de l'annonce de sa candidature officielle à l'élection présidentielle. Un an après, une nouvelle étude dévoilée ce mardi 22 novembre risque de relancer cette polémique qui colle à la peau du chef de l'Etat depuis 2017.

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L'Insee indique que les mesures fiscales et sociales du gouvernement de Jean Castex en 2020 et 2021 ont relevé le niveau de vie des Français de 1,1% en moyenne. « L'ensemble de ces mesures ont augmenté globalement le niveau de vie de 280 euros par personne », a déclaré Franck Arnaud, statisticien à l'Insee lors d'une présentation à la presse. « Derrière cette moyenne, il existe des disparités », poursuit le co-auteur de l'étude. L'Insee souligne que le chômage partiel, le fonds de solidarité et le prolongement de l'allocation chômage pendant la crise sanitaire n'ont pas été retenus dans la modélisation.

Insee revenus fiscalité

Quelques heures avant la publication de ce travail, Bercy a voulu déminer rapidement le terrain. « On ne peut pas dire que l'on n'aide pas l'ensemble des Français », a souligné l'entourage du ministre de l'Economie Bruno Le Maire lors d'une réunion avec des journalistes.

La majorité des gains profitent d'abord aux ménages aisés

Au final, les principaux bénéficiaires des mesures concernent les 50% de la population la plus aisée avec un gain de 430 euros en moyenne, contre 130 euros pour le reste.

Pour mener ses travaux, l'institut de statistiques a découpé la population française en 10 tranches. Il apparaît que les gains les plus modestes se concentrent sur les premiers déciles de niveau de vie. Entre le premier décile et le troisième décile, c'est-à-dire les ménages gagnant moins de 1.400 euros net par mois, le gain moyen est d'environ 100 euros.

Concernant les déciles 4 à 8, c'est à dire les Français gagnant entre 1.750 euros et 2.500 euros, la fourchette de hausses s'établit entre 200 et 500 euros. Enfin, les deux derniers déciles, c'est à dire ceux gagnant plus de 3.000 euros net par mois, la hausse se situe entre 400 et 500 euros.

Des mesures pérennes en faveur des classes moyennes et des plus aisés

Comment expliquer de telles disparités ? L'Insee a calculé que les mesures prises en compte (pérennes et exceptionnelles) ont fait bondir le revenu disponible global de 12,7 milliards d'euros. Sur cette enveloppe, une très grande majorité (90%) concerne les mesures pérennes telles que la baisse de l'impôt sur le revenu, le dégrèvement de la taxe d'habitation, l'extension de la Garantie jeunes. Sans surprise, une grande partie des ménages bénéficiaires sont ceux qui paient un impôt sur le revenu ou une taxe d'habitation. Les autres, souvent les plus pauvres et les plus modestes, sont mécaniquement exclus de ces mesures.

Ont également été pris en compte la revalorisation du minimum vieillesse en 2020 et l'allocation supplémentaire d'invalidité et surtout la sous-indexation de certaines prestations de 2020 (Aides au logement, prestations familiales, prime d'activité). Cette sous-indexation aurait été particulièrement pénalisante pour les plus modestes et les plus pauvres. En totalisant toutes ces mesures, l'Insee a calculé que 11 millions de ménages étaient perdants. Enfin, concernant la fiscalité sur le tabac, la hausse programmée en 2020 a surtout diminué le revenu des ménages les plus modestes, rapportée à leur niveau de vie. Compte tenu du poids des taxes sur la consommation dans le budget des plus pauvres, cette hausse de la fiscalité pèse en premier lieu sur les catégories les plus défavorisées.

Des mesures exceptionnelles pour les plus pauvres, loin de compenser les baisses d'impôt pérenne

Les mesures exceptionnelles prises en compte par l'Insee ne représentent qu'une faible part (mois de 10%) de l'enveloppe de 12 milliards d'euros précitée. Ces versements destinés à amortir le choc de la pandémie et les répercussions néfastes de l'inflation ont principalement bénéficié aux 20% les plus modestes. Durant la première année de la crise sanitaire, le déploiement des aides exceptionnelles de solidarité (AES), de la majoration de l'aide de rentrée scolaire de 100 euros ont visé principalement les 30% des foyers en bas de la distribution.

« Ces aides augmentent le niveau de vie de 150 euros, contribuant à réduire le le taux de pauvreté de 0,5 point ponctuellement », souligne l'organisme public dans sa publication. Face à l'explosion des prix de l'énergie, le gouvernement avait mis en œuvre un chèque de 100 euros en 2021. Ce dispositif a bénéficié à 4,3 millions de personnes, avec une hausse annuelle du niveau de vie de 40 euros en moyenne. Enfin, l'indemnité inflation distribuée en 2021 a permis un gain moyen de 30 euros par personne.

Peu d'impact sur la pauvreté, pas de chiffre sur les inégalités

Les mesures et réformes de 2020 et 2021 prises dans leur globalité ont un effet presque neutre sur le taux de pauvreté (+0,1 point) souligne l'Insee. Interrogé par La Tribune sur les possibles conséquences de ces dispositifs sur les inégalités, Sylvie Le Minez, cheffe des études démographiques et sociale à l'Insee a expliqué que « les chercheurs s'étaient principalement concentrés sur le taux de pauvreté. Les mesures exceptionnelles ont un effet à la hausse sur la pauvreté de 0,3 point et les mesures exceptionnelles ont un effet à la baisse de 0,2 point. » En attendant des chiffres sur les inégalités, la crise énergétique pourrait plonger un grand nombre de Français dans de vastes difficultés cet hiver.

Lire aussiFace à l'inflation, certains salariés n'ont d'autre choix que de se serrer la ceinture

Grégoire Normand

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Commentaires 4
à écrit le 23/11/2022 à 10:02
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Macron supprime la TH mais en parallèle, les maires font exploser les taxes locales et la TF. Des impôts locaux qui deviennent insupportables. Il faut ajouter l'obligation d'isoler les logements. Coût moyen par ménage 30 000 euros avec à la clef un ...

le 23/11/2022 à 13:45
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Que voulez vous Macron est le pire virus que notre pays a connu et on a pas encore de vaccin contre...

à écrit le 23/11/2022 à 8:23
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Il faut rassurer les riche,s ces être remplis de ressentiments et de peur, ces bêtes blessées qui à tout moment peuvent mordre.

à écrit le 22/11/2022 à 23:05
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Comme je l'ai déjà écris par le passé, l'(ex) banquier Macron n'est pas imaginatif puisqu'il a crû bon de réitérer l'"helicoper money" du monétariste Milton Friedman, mais en balançant depuis les airs...des chèques ciblés. Trop prévisible le bon élèv...

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