Le breton JRS Marine Products mise sur l'essor des produits biosourcés issus des algues brunes

Issus de la transformation des algues brunes, les alginates sont un épaississant naturel prisé des industries agroalimentaires, pharmaceutiques ou cosmétiques. La quête pour des produits et solutions biosourcés d’origine européenne profite à JRS Marine Products. Filiale de l’allemand JRS, l'entreprise basée à Landerneau a triplé en cinq ans son chiffre d’affaires lié à l’industrie pharmaceutique. En interne, elle s’est engagée dans une démarche RSE et de protection des ressources. Les résidus des algues sont exploités comme fertilisants de parcelles agricoles.
JRS Marine Products traite 35 à 40.000 tonnes d'algues récoltées en Finistère par an, d'où elle produit 2.000 tonnes d'alginates. 90% de cette production est exportée dans 50 pays.
JRS Marine Products traite 35 à 40.000 tonnes d'algues récoltées en Finistère par an, d'où elle produit 2.000 tonnes d'alginates. 90% de cette production est exportée dans 50 pays. (Crédits : JRS Marine Products)

Avec les crises Covid, puis énergétique en passant par la recherche de souveraineté, les alginates bretons connaissent un regain d'intérêt auprès des acheteurs européens de l'agroalimentaire, des industries pharmaceutique ou cosmétique. Ces épaississants et gélifiants naturels issus des algues brunes entrent dans la composition des crèmes glacées, des masques pour la peau, de l'enveloppe de saucisses mais aussi des alternatives aux emballages plastiques.

De plus en plus importante, cette demande d'acteurs souhaitant relocaliser leurs achats offre au breton JRS Marine Products la perspective d'une croissance continue.

Filiale depuis 2018 du groupe allemand JRS (J. Rettenmaier & Söhne), l'entreprise de 70 salariés installée à Landerneau est spécialisée depuis 60 ans dans la fabrication d'alginate issu des algues brunes de la mer d'Iroise.

Chaque année, elle traite 35 à 40.000 tonnes d'algues récoltées par les goémoniers locaux d'où elle produit 2.000 tonnes de quatre alginates différents et plusieurs  mélanges. 90% de cette production est exportée dans 50 pays.

Fortement orientée vers la fourniture d'excipients (éléments non thérapeutiques qui composent un médicament) pour l'industrie pharmaceutique, JRS Marine Products a triplé depuis 2018 le chiffre d'affaires de ce marché qui représente un tiers de son activité.

A 23 millions d'euros, son chiffre d'affaires 2022 sera en hausse de 30%.

Ressource de proximité et bio-économie

« L'Europe a importé 10.000 tonnes d'alginate de Chine entre 2019 et 2021... La crise sanitaire de la Covid et l'enjeu de sécurisation des approvisionnements font bouger les lignes. Il y a une vraie tendance à favoriser le local », explique Arnaud Delafon, le directeur de l'usine, anciennement Sobalg et qui fut successivement détenue par le groupe danois Danisco puis par l'américain DuPont Nutrition & Health.

Depuis l'arrivée de son nouvel actionnaire, JRS Marine Products a investi un million d'euros en moyenne par an, particulièrement dans la recherche de nouveaux marchés et la modernisation de son outil de production.

Afin de répondre aux normes exigeantes de l'industrie pharmaceutique, elle s'est ainsi équipée de nouvelles cuves de décantation verticales, en circuit fermé.

De fait, la filiale profite de la puissance industrielle et commerciale du groupe allemand, spécialisé dans la transformation des fibres végétales naturelles (bois, céréales, fruits, cellulose) à destination du monde industriel (pharmacie, alimentaire, cosmétique, BTP, aliments pour animaux).

Deux comprimés sur trois fabriqués dans le monde contiennent aujourd'hui un excipient fabriqué par le groupe JRS (3.500 employés, 90 sites de production dans le monde).

Bioéconomie bleue

« Les investissements vont se poursuivre », assure d'ailleurs Laurent Ouvrard, directeur général de Rettenmaier France. « De nombreux marchés, notamment dans l'économie circulaire, se développent et recherchent des solutions techniques et des produits biosourcés. Les algues sont une remarquable matière première d'origine naturelle et notre alginate transformé ici répond à ces critères. »

La bioéconomie, qui vise à substituer des molécules cliniques par des solutions techniques biosourcées, dans les secteurs de l'emballage ou des peintures par exemple, est en plein essor. Ce segment représente 10% du chiffre d'affaires actuel de JRS Marine Products, contre 60% réalisés dans l'agroalimentaire, mais il est appelé à croître.

Démarche RSE et impact carbone

Revendiquant sa gestion de proximité de la ressource, JRS Marine Products intègre en interne une démarche RSE et de protection de l'environnement. Comme certains de ses clients, l'entreprise s'emploie dans le même temps à relocaliser ses achats.

« Choisir des fournisseurs locaux c'est contribuer à la réduction des gaz à effets de serre mais aussi s'assurer que les valeurs d'éthique, de sécurité, de respect des personnes sont au niveau requis », fait valoir Arnaud Delafon. Le dirigeant souhaite limiter le plus possible ses importations complémentaires d'algues séchées en provenance d'Amérique et d'Afrique du Sud.

Installée sur 6 hectares, à la Grande Palud (La Forest-Landerneau), l'usine a aussi mis en oeuvre une stratégie d'économies et de préservation de la ressource.

En cinq ans, elle est parvenue à réduire sa consommation d'eau de 35% en faisant la chasse aux étapes superflues dans le process d'extraction de l'alginate et a investi près de 1,5 million d'euros pour sa station d'épuration. L'eau propre prélevée à la source dans le ruisseau de la Grande Palud est ainsi rejetée, en aval et propre, dans la partie estuarienne du fleuve côtier Elorn.

L'Algiflor, un fertilisant naturel

Un nouveau groupe froid lui a aussi permis de diminuer de 30% sa consommation de gaz utilisée pour le séchage et le broyage en récupérant les calories produites pour tiédir l'eau.

« Cela permet de baisser notre consommation d'eau mais aussi celle de gaz naturel. L'algue est une matière noble, ce n'est pas pour aller salir notre environnement », ajoute Arnaud Delafon. Chez JRS Marine Products, les déchets d'algue sont aussi recyclés.

L'Algiflor, la partie insoluble de l'algue, est épandue sur les champs comme fertilisant naturel pour les cultures. L'usine fournit 40 à 50 tonnes chaque jour à 35 agriculteurs finistériens. 70% de ces parcelles épandables se situent à moins de 13 kilomètres de l'usine sur 29 communes. 14% cultivent en bio.

Lire aussi« Les algues sont la plus grande pompe à carbone existant sur terre » (Vincent Doumeizel)

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Commentaire 1
à écrit le 13/10/2022 à 13:40
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Mince les algues brunes , pas les vertes ?

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