Investissement et balance commerciale, le cercle non-vertueux

 |  | 789 mots
Lecture 4 min.
Les biens d'équipements et les machines-outils que les entreprises acquièrent viennent d'Allemagne, du Japon, de Corée du sud ou de Chine.
Les biens d'équipements et les machines-outils que les entreprises acquièrent viennent d'Allemagne, du Japon, de Corée du sud ou de Chine. (Crédits : © Aaron Josefczyk / Reuters)
L'industrie française des biens d'équipements ne pouvant combler les besoins des entreprises, celles-ci sont obligées d'importer leurs nouvelles machines. Par ailleurs, comme l'explique l'OFCE, la bonne tenue de l'investissement n'éloigne pas la menace de décrochage de l'industrie tricolore.

Tout se paie. Un jour ou l'autre. Conséquence d'un sous-investissement chronique, que l'assureur-crédit Euler-Hermès estime à 83 milliards d'euros sur la période 2008-2015, l'économie française est incapable d'afficher une croissance équilibrée.

La consommation des ménages ? Elle est résiliente. L'investissement des entreprises ? Il repart, soutenu surtout par la politique monétaire de la Banque centrale européenne et en petite partie par la politique de l'offre mise en place en en 2014 et dont les mesures phares sont le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), les allègements de charges prévus par le Pacte de responsabilité et le prolongement de la mesure de suramortissement décidée en avril. Reste le commerce extérieur...

Le commerce extérieur dans l'impasse

En septembre, le déficit commercial s'est élevé à 4,8 milliards d'euros, soit 600 millions de plus qu'en août selon les services statistiques des Douanes. Au troisième trimestre, c'est un déséquilibre supérieur à 17 milliards d'euros que la France affiche. Les statistiques sont pour le moins désespérantes. Selon l'Insee, le commerce extérieur devrait retirer 0,6 point de PIB à la croissance. C'est deux fois plus qu'en 2015...

Arrêtons-nous un instant sur les statistiques du troisième trimestre dévoilées la semaine dernière par les Douanes. Au cours de cette période, les importations ont progressé de 2,6% par rapport au deuxième trimestre pour s'élever à 127,5 milliards d'euros quand les exportations augmentaient de seulement 0,8% à 110,1 milliards d'euros.

A elle seules, les importations de matériels de transport, automobiles et aéronautique compris, se sont élevées à 21,3 milliards d'euros. Représentant près de 17% des importations totales, les importations de ce secteur sont les plus importantes observées par les Douanes, après celles réalisées par le secteur des transports.

Les profits et les emplois pour les autres

En cause, la déliquescence passée du secteur des machines-outils et des biens d'équipement. Lorsque les entreprises tricolores investissent aujourd'hui, elles font les emplois et les profits de nos concurrents... aujourd'hui pour parodier l'adage du chancelier Helmut Schmidt qui déclara en 1974 : "Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain". Actuellement, les biens d'équipements et les machines-outils que s'offrent les entreprises françaises viennent le plus souvent d'Allemagne, voire du Japon, de Corée du sud de de Chine. Selon le Syndicat des machines et technologies de production (Symop), la France était en 2015 le huitième constructeur européen du secteur, avec une part de marché de 2,4% de la production. Elle était notamment devancée, dans l'ordre, par l'Allemagne (46,2% de la production !), l'Italie (19,3%), la Suisse (12%), et l'Espagne (4%). Elle était septième un an plus tôt.

L'investissement stable en 2017

La situation actuelle risque de ne pas se prolonger. Parce que le secteur de la machine-outil français a retrouvé sa grandeur passé ? Ce serait formidable. Malheureusement, ce cas de figure est hautement improbable. Reconstruire une filière industrielle prend du temps, même si l'avènement du numérique peut permettre d'effacer une partie du retard perdu.

Les importations devraient décélérer en 2017 car l'investissement des entreprises pourrait s'essouffler. Selon l'enquête de conjoncture réalisée dans l'industrie par l'Insee et publiée mardi, l'investissement devrait se stabiliser l'année prochaine après avoir augmenté de 5% en 2016. "L'investissement resterait dynamique dans la fabrication de biens d'équipements (+9 %). En revanche, il se replierait nettement dans la fabrication de matériels de transports (-10 %)", anticipe l'Insee.

Si c'est une bonne nouvelle - comptable - pour le commerce extérieur, c'est une très mauvaise nouvelle pour l'économie française toute entière.

De quel investissement parle-t-on ?

Ces dernières années, les prévisions des chefs d'entreprises étaient le plus souvent très volontaristes, avant d'être révisées à la baisse en cours d'exercice. Faut-il rappeler qu'en juillet les industriels visaient une augmentation de 10% de leurs investissements cette année ? La morosité de leurs prévisions n'invite pas à l'optimisme.

Soulevé dans une note de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée la semaine dernière, d'autres facteurs suscitent l'inquiétude. Parce que le coût du travail dans les services marchands est plus élevé en France que chez ses concurrents immédiats, parce que l'investissement des entreprises est trop fléché vers l'immobilier et pas assez vers les équipements, parce que le soutien public à l'innovation ne se traduit pas par une montée en gamme du made in France qui pourrait lui permettre de s'affranchir de la concurrence par les prix et parce que l'appareil productif peine à se renouveler en raison de l'absence de processus concurrentiels, le tissu productif tricolore est menacé de décrochage.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/11/2016 à 9:59 :
Franchement c'est pas nouveau mais ça prouve qu'il y a tout de même bien redémarrage, mais même avec 15 ans de droite au pouvoir, rien a changé pour l'investissement, et ils reviennent !
a écrit le 15/11/2016 à 9:44 :
Ne soyez pas défaitistes : l'industrie française investit à tout va, et, ce qui ne se voit pas dans les statistiques douanières parce que c'est de la prestation externe et non pas de l'investissement, elle se digitalise et s'automatise à toute barzingue aussi.
Bef : de la création de richesses, et des emplois à venir (les pays européens qui ont le plus d'emplois industriels : Suisse et Suède, sont les pays qui ont le plus automatisé leur industrie). Où est le problème ?
Lisez l'Usine Nouvelle au lieu de lire Le Monde : c'est bien plus dynamisant.
a écrit le 15/11/2016 à 9:27 :
Oui, c'est l'habituel catastrophisme... Avec les poncifs usuels... On fait dans la moyenne gamme !! Ah, bon ? Moyenne gamme, l'agro-alimentaire Fr ? Moyenne gamme la techno Fr ? Les avions Fr ? Le luxe Fr ? Les voitures Fr ? L'équipement militaire ? Je dirais plutôt que les économistes de médias sont plutôt... Bas de gamme !!!!
a écrit le 15/11/2016 à 8:18 :
Pas grave, le secteur de la culture générerait 7 fois le PIB de celui de l'automobile , laissez nos artistes travailler , ils vont sauver la situation et nous montrerons la voie au reste du monde...
a écrit le 15/11/2016 à 7:25 :
40 ans de socialisme, d'impôt sur le capital idéologique confiscatoire, de fonctionnarisation, de dénigrement des chefs d'entreprise, ça se paye. La France n'est presque plus un pays industriel et va continuer de s'enfoncer. La montée des taux l'achèvera. Ce pays socialiste qui préfère les improductifs aux productifs n'a plus vraiment d'avenir. Il lui restera là solidarité et le vivre-ensemble derniers trésors que le monde lui envie tant.
a écrit le 14/11/2016 à 23:48 :
De 2000 a 2012, priorité a été donnée a la pierre et aux services. En effet, l'usine a toujours fait peur aux gouvernements de droite, trop d'ouvriers qui ne votent pas bien. Aidé en cela par des patrons "visionnaires" qui ont fait couler leur boite avec l'industrie sans usine.
A quand un renouvellement de ces "grands" patrons qui se cooptent ?
a écrit le 14/11/2016 à 22:40 :
Soyons vigilants et responsables.
a écrit le 14/11/2016 à 18:02 :
C'est d'autant plus étonnant que nous disposons d'ingénieurs et de techniciens compétents et que les Français ont encore les moyens d'investir (à voir ce qui va dans l'assurance vie, les obligations et l'immobilier). Les banques sont peut-être un peu trop frileuses ?

On peut encore réagir d'ici la prochaine vague, qui sera certainement celle de la robotisation et qui risque par ailleurs de détruire massivement des emplois. Il est vrai que si l'on ne construit rien on n'aura plus rien à automatiser...
Étant donné que ces loupés se répètent, on peut se demander si nos modèles de fonctionnement sont adaptés ? Le problème est aussi culturel, avec cette habitude de privilégier les grands groupes, alors que l’innovation peut venir de structures plus petites et plus mobiles.
L'avantage avec toutes ces pré-élections et la multitude de candidats, c'est que les start-up et les PME sont très visitées. Il faut espérer que ce ne soit pas uniquement du tourisme.
a écrit le 14/11/2016 à 18:00 :
Il a eu raison de sauver Alstom et autres entreprises industriels, baisser l'IS et les charges sur les entreprises est une bonne choses aussi, mais vu les déficits depuis 30 ans, c'est difficile, il faudrait taper fort sur les allocations familiales pour les plus aisées aussi (a choisir avec les parts familiales déductibles sur l'impot, au choix) pour faire des économies conséquentes !
a écrit le 14/11/2016 à 16:37 :
"parce que l'investissement des entreprises est trop fléché vers l'immobilier et pas assez vers les équipements"

Hé oui comme l’Angleterre nous aussi commençons à souffrir énormément de cette économie financière déconnectée des réalités. Nos patrons ne veulent plus travailler ils veulent être rentiers en accaparant malgré tout la totalité de capitaux et des moyens de production.

De là à dire que la seule solution pour se sortir de cette impasse néolibérale c'est de faire pareil qu'eux...
a écrit le 14/11/2016 à 16:36 :
Très bon article merci. J'essaye de voir le verre à moitié plein, car si ces machines sont fabriqués à l'étranger, les gens qui bosseront dessus et qui en assureront l entretien seront de chez nous. Ne boudons pas non plus notre plaisir de voir les chiffres de l'investissement après toutes ces années sombres. J'ai envie de dire que si on le paye avec chiffre du commerce extérieur, on ne voit pas vraiment la différence de toute façon avec la situation préalable.
Et rêvons, si on poursuit cette volonté de réindutrialiser, il s'ouvrira un jour peut être des lignes de production de ces mêmes machines chez nous.
On n'est pas foutu, il faut continuer.
a écrit le 14/11/2016 à 16:20 :
oui
casser une filiere, c'est facile et tres rapide!
la remonter apres a voir insulte tt le monde et en expliquant qu'ils faudra bcp de volontaires et d'investissements ' pas rentables sinon c'est injuste', c'est plus que difficile
la france recolte ce qu'elle a seme, rien d'autre
a écrit le 14/11/2016 à 15:37 :
la quasi-absence de la France sur la production des biens d'équipement est quelque chose d'effectivement très préoccupant, car c'est un secteur où la compétitivité-coût est moins importante que pour les biens de consommation. La preuve est que la Suisse, malgré des coûts salariaux extrêmement élevés, y maintient des positions enviables.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :