La Cour des comptes épingle l'Etat, trop gourmand en dividendes

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Au titre de l'année 2014, l'Etat a reçu 4,1 milliards d'euros de dividendes des entreprises dont il est actionnaire.
Au titre de l'année 2014, l'Etat a reçu 4,1 milliards d'euros de dividendes des entreprises dont il est actionnaire. (Crédits : reuters.com)
Dans son rapport sur le budget de l'Etat 2014, publié le mercredi 27 mai, la Cour des Comptes s'inquiète du comportement de l'Etat avec les entreprises dont il est actionnaire.

Si le gouvernement se réjouit de la gestion de ses finances, affichant un déficit budgétaire à 85,56 milliards d'euros, la Cour des comptes, elle, épingle son attitude avec les entreprises dont il est actionnaire.

4,1 milliards d'euros de dividendes reçus en 2014, par un actionnaire bien particulier: l'Etat... Serait-il un peu trop gourmand ? Affirmatif, répondent les magistrats du Palais Cambon qui pointent du doigt le montant dans leur rapport sur le budget de l'Etat 2014. C'est peut-être moins qu'il y a deux ans (4,2 milliards d'euros) mais trop, eu égard à la prévision de la loi de finances initiale qui parlait de 3,1 milliards d'euros.

Au titre de leurs résultats 2013, EDF a ainsi versé 2 milliards d'euros à l'Etat, Engie (ex-GDF Suez), 1 milliard. Viennent ensuite Orange et la SNCF (0,2 milliard chacun), la Poste (0,1 milliard).

Pour rappel, l'Etat détient des parts dans 74 entreprises, dans des secteurs variés : énergie, transports, télécoms, automobile, services (banque et assurances), pour une valeur de 110 milliards d'euros. Au sein des entreprises cotées, les niveaux de détention sont très variables, de 1,1% pour CNP Assurances à 84,5% pour EDF.

Des dividendes trop élevés ?

La Cour des Comptes note également que « plusieurs entreprises ont versé des dividendes en 2014 alors que leurs résultats 2013 étaient négatifs ». Dans le viseur des magistrats : Engie, qui accuse de lourdes pertes : 9,3 milliards d'euros. Un montant qui est le résultat d'importantes dépréciations d'actifs.

 Les Sages de la rue Cambon relèvent aussi que neuf entreprises du portefeuille détenu par l'Agence des participations de l'Etat, qui en compte par ailleurs 12 au total, affichent l'an passé des dividendes « plus élevés » que le taux médian des entreprises du CAC 40 !

L'Etat, un actionnaire court-termiste ?

 Mais le rapport des magistrats va plus loin, inquiets de l'attitude court-termiste de l'Etat : « Le niveau élevé des taux de distribution soulève le risque pour l'Etat de privilégier un rendement à court terme de ses participations au détriment, potentiellement, des intérêts à long terme de ces entreprises et des siens ».

Une pique à Emmanuel Macron qui, dans une tribune au journal le Monde du 24 avril, aspirait à « retrouver l'esprit industriel du capitalisme », favoriser les investissements de long terme notamment par la "loi Florange", qui vise à lutter contre l'investissement spéculatif :

« C'est dans cet esprit que l'Etat favorisera l'adoption de ce dispositif dans toutes les entreprises dans lesquelles il est présent au capital, afin de pouvoir accompagner les stratégies de long terme », écrivait alors le Ministre de l'économie dans le quotidien du soir.

 L'Etat, cet actionnaire trop présent ?

En avril dernier, l'Etat a réussi à imposer à Renault (dont la puissance publique détient presque 20% du capital) les droits de vote doubles à l'assemblée générale annuelle de l'entreprise, et ce, contre la volonté de la direction.

Une disposition possible depuis la « loi Florange », en référence à la fermeture des hauts fourneaux de Moselle, votée le 29 mars 2014, qui prévoit le vote double pour les actionnaires qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans, sauf si l'assemblée générale adopte une résolution qui rend caduc ce dispositif.

La mesure vise à favoriser l'actionnariat à long-terme afin d'exclure du jeu les plus spéculateurs...Mais pour que le dispositif soit adopté, l'Etat n'a pas hésité à faire grimper sa part de capital de 15 à 19,74% via un rachat d'actions. Il a d'ailleurs réitéré il y a quelques jours à peine avec Air France en augmentant sa participation. Le discours serait-il différent de la méthode ?

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a écrit le 29/05/2015 à 14:25 :
Les actionnaires ont le droit de se gaver, sauf l’État...
Ce n'est plus le libéralisme qui inspire la Cour des Comptes, mais le programme libertarien : "réduire l’État, jusqu'à ce qu'il puisse entrer dans une baignoire.... afin de le noyer !".
a écrit le 28/05/2015 à 20:53 :
L'Etat n'est que rarement actionnaire majoritaire, il ne décide donc que peu du montants de dividendes.

De plus, ce sont les stratégies de distribution des entreprises du cac40 qui tendent vers cette explosion des dividendes (rachat d'actions et autres), ce mouvement de fond n'est pas du fait de l'Etat.


Les dividendes perçus par l'Etat permettent de dégager de la liquidité pour sauver Renault et Peugeot, peut-être Areva, Air France... L'Etat est loin d'être un prédateur spéculatif mais plutôt comme un pompier!

La base de la finance est que lorsqu'une entreprise n'a pas de projets créateur de valeur c'est à dire dont la rentabilité économique est supérieure au cout du capital, elle doit distribuer des dividendes.

Au final, en tant qu'actionnaire d'entreprises majoritairement détenues par l'Etat, je reprocherais plus à L'Etat de jouer stratège, en imposant un sauvetage d'areva par exemple, au détriment de la rentabilité des titres des actionnaires minoritaires d'EDF et d'engie, plutot que de l'accuser d'être spéculateur.

Les magistrats de la cours des comptes sont des juristes et pas des économistes. Leurs analyses économiques sont souvent ridicules voire dangereuses tant elles ignorent des fondements tels que les multiplicateurs, ou la croissance endogène.
En l'espèce, ils tombent dans une basse approche de l'offre pensant que l'autofinancement est une ressource gratuite pour l'entreprise (ignorance de la notion de cout d'opportunité), oubliant que les dividendes perçus servent à réaliser des dépenses (autres participations, investissements d'avenir...), et pensant que les profits non distribués génèrent automatiquement des investissements.
Évidemment vu les cours de bourses actuels, il est plutôt à parier que des cessions de participations publiques soient réalisées dans les mois à venir. Je ne doute pas une seule seconde que la cour des comptes applaudira faisant encore la démonstration de son ignorance en économie et en finance.
Réponse de le 29/05/2015 à 7:19 :
Sans être majoritaire en nombre d'actions peut quand même de disposer de droit de vote double.
Réponse de le 29/05/2015 à 10:42 :
pas besoin d'être majoritaire en parts, il suffit d'avoir suffisamment de poids vis à vis des autres actionnaires pour imposer ses propres copains comme membres du CA et ça suffit.
l'état est aux abois, il a besoin d'argent en urgence donc il pompe la trésorerie des entreprises par tous les moyens
Réponse de le 29/05/2015 à 13:03 :
Desolé mais vous dites n'importe quoi. Les trois plus gros contributeurs en terme de dividende sont EDF , GDF SUEZ et ORANGE et l'Etat peut parfaitement imposer a leurs dirigeants la politique en matière de distribution de dividendes.
Par ailleurs je rappel que dorénavant (2013) les entreprises doivent payer a l'Etat une taxe de 3% sur le montant des dividendes. Cas unique dans le monde
L'Etat se sert 2 fois!!
a écrit le 28/05/2015 à 18:53 :
holland critique les actionnaire mais pas lui
a écrit le 28/05/2015 à 14:38 :
C'est encore une sage analyse que fait la cour des comptes, exemple EDF verse 70% de son dividendes a l'état en 2014 alors que elle est endetté a heuteur de 40 millards d'euros et que la déconstruction des centrales est a prévoir à moyen terme!!!
Au lieu de mieux gérer ces ressourses en rationalisant ces dépenses de fonctionnement, elle préfère étre gourmand comme un ogres sur son troupeau.
Il ne restera bientot plus que des carcasses.....

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