L'industrie est encore loin d'avoir effacé les pertes de la crise

La production industrielle a poursuivi sa progression en juillet à +0,3% sur un mois, le seul secteur manufacturier croissant lui de 0,6%, a rapporté vendredi l'Insee. Si l'industrie commence à rattraper son retard par rapport depuis le premier confinement, l'indice de la production reste environ 5% inférieur à son niveau de février 2020.
Grégoire Normand

4 mn

Dans l'industrie automobile française, la situation est toujours très tendue.
Dans l'industrie automobile française, la situation est toujours très tendue. (Crédits : Reuters)

Les moteurs de l'industrie tricolore montent doucement en régime. Selon les derniers chiffres dévoilés par l'Insee ce vendredi 10 septembre, l'indice de la production manufacturière a accéléré en juillet dernier à 0,6% contre 1% en juin. Sur les trois derniers mois, la production manufacturière est même en très forte augmentation (+10%) par rapport à la même période l'année dernière. Ce rebond est loin d'être surprenant compte tenu de "l'effet de base" par rapport à la période de confinement de avril à mai 2020. En juillet, les chiffres favorables de la production industrielle arrivent également après une longue période de confinement et de restrictions.

Si les dernières prévisions de croissance de l'Insee apportent un élan d'optimisme pour l'économie tricolore, l'industrie est loin d'avoir retrouvé son niveau crise. La pandémie a mis un coup d'arrêt violent à certaines branches industrielles. L'industrie tricolore marquée par les grands chocs pétroliers depuis les années 70 et les vagues de délocalisations risquent une nouvelle fois de payer un lourd tribut alors que sa part dans la valeur ajoutée hexagonale ne cesse de s'effondrer.

Une reprise inégale entre les branches industrielles

La crise sanitaire a provoqué une onde de choc dans certaines branches industrielles. En seulement quelques semaines, des grands groupes comme Renault ou Airbus avaient annoncé des fermetures de sites et des coupes dans les effectifs. Un an après, la situation est loin d'être revenue à la normale. Dans la fabrication des matériels de transport, la production a augmenté de 3% en juillet par rapport à juin mais reste bien en deçà de son niveau de février 2020 (-25%), soit la dernière période avant le confinement drastique du printemps. L'industrie automobile est en première ligne dans cette dégringolade avec la pénurie des semi-conducteurs qui mine la reprise dans cette activité déjà affaiblie avant la crise. Dans la cokéfaction et le raffinage, le recul est également marqué (-12,4%). Aux pénuries, s'ajoute la hausse des prix des matières premières et des coûts de transport qui continuent de flamber partout sur la planète même si des signes d'essoufflement sont apparus au mois d'août avec le coup de frein de l'activité en Chine.

A l'opposé, l'industrie agroalimentaire tourne à plein régime avec un niveau de production supérieure à celui d'avant crise (102). Les usines de textile, d'habillement et de cuir se portent bien également, dopées par la réouverture des magasins depuis le mois de mai. La construction a aussi vu sa production croître (+1,4%) sur un mois, après un repli en juin. Enfin, la chimie et la pharmacie affichent également des niveaux de production favorables.

La difficile reconquête industrielle

La pandémie a jeté une lumière crue sur l'extrême dépendance de l'économie française à l'égard des autres pays manufacturiers, principalement situés en Asie. Les pénuries de gel hydroalcoolique, l'absence de masques de protection, le manque de principes actifs et de traitements pour lutter contre la maladie ont rappelé les limites des délocalisations à outrance. Face à ce fiasco, le gouvernement a fait de la reconquête industrielle son mantra. En préparant son futur plan d'investissements qui pourrait avoisiner les 30 milliards d'euros, le président de la République veut bâtir la France de 2030. Il visera à "faire émerger dans notre pays et en Europe les champions de demain qui, dans les domaines du numérique, de l'industrie verte, des biotechnologies, ou encore de l'agriculture, dessineront notre avenir" a expliqué Emmanuel Macron. "La reconquête industrielle, qui pourrait être un des thèmes de la campagne présidentielle "va prendre beaucoup de temps" a rappelé l'ex-industriel Louis Gallois lors d'un récent point presse pour La Fabrique de l'industrie. "Les relocalisations seront limitées. Je pense qu'il faut mieux parler de réindustrialisation plutôt que de relocalisation. Il faut passer par une réindustrialisation qui doit viser les industries du futur adaptées à un pays comme la France, c'est-à-dire une industrie de haute technologie, une industrie numérisée et une industrie éco-responsable" a-t-il ajouté.

Lire aussi Réindustrialisation : « le troisième étage de la fusée sera le plan d'investissement » (Agnès Pannier-Runacher)

Grégoire Normand

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