Climat : bataille à couteaux tirés à la COP28 sur les énergies fossiles

Les pays producteurs de pétrole ( OPEP) réclament des pays membres le rejet d'un accord sur les énergies fossiles. En pleine COP 28, cette annonce stupéfie la France qui ne cache pas sa colère. Mais, elle déclenche aussi l'indignation de plusieurs Etats présents à Dubaï. Un coup de pression alors que la COP entre dans sa dernière ligne droite.
(Crédits : Angus Mordant)

« Stupéfaite », et « en colère » c'est ainsi qu'Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la transition écologique a accueilli les déclarations des pays de l'organisation des pays exportateurs de pétrole (l'OPEP), de cette nuit, demandant le rejet d'un accord ciblant les énergies fossiles à la COP28 à ses pays membres.

La pression de l'OPEP

Dans une lettre, consultée par l'AFP, le secrétaire général de l'OPEP, Haytham al-Ghais, incite les membres et leurs délégations de la COP 28 à  « rejeter proactivement tout texte ou toute formulation qui cible l'énergie, c'est à dire les combustibles fossiles, plutôt que les émissions de gaz à effet de serre ». Au motif que « la pression excessive et disproportionnée exercée sur ces combustibles fossiles pourrait atteindre un point de basculement aux conséquences irréversibles. » Ce courrier qui demande « en urgence», de s'exécuter, a été adressé aux dix pays associés comme le Mexique, la Russie, la Malaisie présents à la COP de Dubaï, ainsi que les 13 membres de l'OPEP, dont l'Irak, l'Iran, et les Emirats arabes unis. Est également ciblée l'Arabie Saoudite. A trois jours de la fin de la COP28, cette lettre enflamme les débats.

Indignation partagée

Agnès Pannier- Runacher a tenu à rappeler  que « les énergies fossiles sont responsables de plus de 75 % des émissions de CO2, et qu'il faut en sortir si on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré.  »  Selon la ministre française, la position de l'OPEP met en péril les pays les plus vulnérables et les populations les plus pauvres qui sont les premières victimes de cette situation.

Son homologue espagnole Teresa Ribera, qui assure actuellement la présidence du Conseil de l'Union européenne,  s'est aussi indignée, dénonçant une « position répugnante », de l'OPEP, « de s'opposer à mettre la barre là où elle doit être ».

Enfin, les pays du Sud et notamment les îles menacées par la montée des eaux ont aussi fait valoir leur inquiétude.

Les associations montent aussi au créneau

Greenpeace, l'organisation pour le climat, a immédiatement réagi : « Nous demandons instamment à l'OPEP d'adhérer à l'objectif fixé par la présidence de la COP 28 et de travailler ensemble pour faire de ce sommet un jalon historique ». Idem chez WWF qui voit dans cette réaction de l'OPEP un signe d'inquiétude des pays membres face à la possibilité, qu'enfin, « cette COP signe le début de la fin de l'âge d'or des énergies fossiles. » Le Réseau action climat y voit la preuve que l'OPEP commence « à paniquer parce que l'on se rapproche d'un accord historique.  »

Quelle issue ?

Agnès Pannier-Runacher , la ministre de la Transition Française compte toutefois sur « la présidence de la Cop pour ne pas se laisser impressionner par ces déclarations et pour porter un accord qui affirme un objectif clair de sortie des énergies fossiles ». Le ministre de l'environnement canadien s'est dit confiant pour que la question des énergies fossiles ne soit pas évacuée du texte final.

De son côté, la Chine a affirmé que les négociations sur la sortie du pétrole, du gaz et du charbon avancent.

« Nous avons déjà fait des progrès sur ce sujet, et je pense que nous en aurons d'autres très bientôt, dans les prochains jours », a déclaré l'émissaire chinois sur le climat, Xie Zhenhua, vétéran de ces négociations qui était à la COP21 lorsque l'accord de Paris a été adopté, en 2015.

« Car si nous n'y parvenons pas, si nous ne résolvons pas ce sujet, je vois peu de chance que nous ayons une COP28 réussie », a-t-il ajouté lors d'une rencontre avec des journalistes.

Le grand puzzle diplomatique en train d'être assemblé à Dubaï sous la présidence des Emirats arabes unis doit à la fois envoyer le signal que le début de la fin des énergies fossiles a commencé, selon le voeu d'une centaine de pays dont ceux de l'Union européenne, et que la transition énergétique ne doit pas être synonyme de sacrifice pour les pays en développement.

La Chine, attachée à l'accord de Paris, est vue comme un pont entre pays riches et en développement, et son émissaire est de toutes les réunions.

Samedi, Xie Zhenhua a pris soin de rappeler que Chine et Etats-Unis avaient signé une déclaration commune en novembre pour dire que les énergies renouvelables (solaire, éolien...) devaient graduellement remplacer les fossiles. Cela sera-t-il la base d'un compromis à la COP28 ?

Al Jaber veut un « deal »

Sultan Al Jaber, le président de la conférence, veut un « deal » d'ici mardi, au 8e anniversaire de l'accord de Paris.

Le jeu diplomatique des trois prochains jours consistera à trouver le point d'équilibre capable de remporter le consensus de 194 pays et de l'Union européenne.

« Tout l'enjeu est de trouver des formulations qui tiennent compte de la très grande diversité des points de départ de chaque pays et de la manière dont ils imaginent aller vers la neutralité carbone, tout en essayant de maintenir un haut niveau d'ambition », explique la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. « Il va falloir être un peu inventif sur le langage ».

« Rien ne met plus en danger la prospérité et l'avenir des habitants de la Terre, y compris les citoyens des pays de l'Opep, que les énergies fossiles », a fait valoir Tina Stege, émissaire pour le climat des îles Marshall, archipel du Pacifique menacé par la montée des eaux.

Mais « aucun pays ne veut être le pays désigné comme le fauteur de troubles », nuance un membre de l'équipe de la présidence de la COP28, qui voit surtout dans les manœuvres saoudiennes une technique typique des fins de négociation.

Le représentant du Qatar a même profité de l'occasion pour vanter le gaz naturel, dont son pays est un grand producteur. « Le Qatar fournit les marchés mondiaux en énergie propre grâce à la production de gaz naturel », a assuré sans sourciller le ministre de l'Environnement du Qatar, Faleh Nasser Al-Thani.

Les pays émergents et en développement, eux, demandent des contreparties aux pays riches pour signer l'abandon des combustibles fossiles. Les termes « équité » et « juste » sont de tous les discours.

A la tribune samedi, le ministre indien du climat, Bhupender Yadav, a appelé les pays développés à « montrer l'exemple ».

Pour autant, le président de la COP28, Sultan Al Jaber, a rapporté soir des « mouvements positifs » dans les négociations en cours à Dubaï, mais a averti les pays que « la fenêtre se referme ».

« Nous faisons des progrès, mais pas assez vite, et de façon pas assez satisfaisante », a-t-il déclaré lors d'une séance plénière devant l'ensemble des délégués des pays, répétant qu'il entendait tenir son calendrier de clôture de la COP28 mardi.

« Il est temps de mettre de côté ses propres intérêts au nom de l'intérêt général », a lancé Sultan Al Jaber, la mine plus sévère que la veille. « Vous devez travailler. Il est temps de décider. S'il vous plaît, pas d'hésitation ».

Lire aussiClimat : l'inquiétante addiction au charbon de l'Inde

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Commentaires 8
à écrit le 10/12/2023 à 7:37
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Non à arrêt du fossil

à écrit le 09/12/2023 à 19:53
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Les allemands utilisent bien le Charbonnel Inde a des milliards de citoyens a nourrir 'chauffer'les intellectuels Macron en tête 'sont d une nullité bravo l opep

à écrit le 09/12/2023 à 18:19
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Il n'y a aucun scientifique au monde qui peut prouver que l'homme est directement responsable du réchauffement du climat et par conséquent qu'il peut agir pour faire diminuer la température. Si vous aimez les vérités qui dérangent les politiques et l...

à écrit le 09/12/2023 à 16:41
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"Cette annonce stupéfie la France qui ne cache pas sa colère" : Euh, c'est qui, "la France" ? Certainement pas les français qui pour la plupart, se moquent bien de la lutte pour le climat (Et ils ont raison, puisque c'est une lutte perdue d'avance)

à écrit le 09/12/2023 à 15:39
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Ne me dites pas qu'organiser cette COP 28 dans les pays pétroliers était d'une naïveté sans borne ?

le 09/12/2023 à 15:53
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petit pays moins de 1 pour cent du monde pays infester par les ecolos pays qui ne produits plus rien pays devenus que consommateur. et nos elite souhaite influencer le monde alors que le monde leurs rit au nez meme pas capable d'assurer notre se...

le 09/12/2023 à 16:04
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Justement, elle met les pieds dans le plat, autant dire franchement les choses autour d'une même table.

à écrit le 09/12/2023 à 15:27
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Voudrait on nous faire croire que la France ne peut rien faire parce que les autres sont démobilisés... pour en faire de même ?

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