Climat : l’inquiétante addiction au charbon de l’Inde
Juliette Raynal
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C'est l'un des succès diplomatiques de la 28ème Conférence mondiale pour le climat (COP 28), qui se tient à Dubaï (Emirats arabes unis) jusqu'à mardi. Le 2 décembre dernier, 116 pays ont ratifié un accord international les engageant à tripler leurs capacités de production des énergies renouvelables d'ici à 2030. Mais, alors que l'Inde, hôte du G20, avait publiquement soutenu cette ambition en septembre dernier à New Delhi, le sous-continent figure (aux côtés de la Chine), parmi les grands absents de cet accord.
Cette volte-face est loin d'être anecdotique. Elle en dit même long sur son addiction au charbon et sur l'absence de volonté des autorités indiennes d'entamer quelconque sevrage à court terme. Car si le pays le plus peuplé de la planète (1,417 milliard d'habitants), et troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre, n'a pas ratifié cet accord, ce n'est pas parce qu'il est opposé au triplement des capacités renouvelables, mais parce que l'engagement comportait également une déclaration sur le charbon. Le texte souligne, en effet, la nécessité de veiller à ce que le déploiement des énergies renouvelables s'accompagne d'une réduction progressive de la production d'électricité au charbon.
Une ligne rouge pour les autorités indiennes, qui ne cachent absolument pas leur réticence à tout déclin du charbon dans leur économie. « Les pays qui utilisent le charbon seront à nouveau soumis à des pressions », avait prévenu Raj Kumar Singh, le ministre indien de l'électricité et des énergies renouvelables, quelques semaines avant la COP28. « Notre point de vue, c'est que nous n'allons pas faire de compromis sur la disponibilité de l'énergie pour la croissance », avait-il affirmé sans détours.
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« L'Inde ne peut pas survivre sans charbon car elle n'a pas d'autre option », tranche même Rashika Gupta, directrice de la recherche et de l'analyse chez S&P Global, dans une note intitulée ironiquement « COP28 : l'Inde redouble d'efforts pour augmenter ses émissions de gaz à effet de serre ». « La construction de centrales nucléaires et hydrauliques prend une décennie, le gaz n'est pas disponible et le Gaz naturel liquéfié (GNL) est très cher », poursuit-elle. Or, l'Inde fait face à un boom de la demande électrique (+9,6% en 2023), alimentée par sa fulgurante croissance économique et démographique. Résultat, les entreprises publiques indiennes construisent actuellement 27 gigawatts (GW) de centrales thermiques, presque toutes au charbon. Et cela reste insuffisant selon Raj Kumar Singh, qui estime que le pays aurait besoin d'au moins 80 GW de nouvelles capacités pour couvrir les besoins à venir.
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