"La décentralisation devrait favoriser l'économie" Nadine Levratto (CNRS)

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[Interview] Alors que le congrès des régions à Marseille se termine, Nadine Levratto, économiste et directrice de recherche au CNRS, revient sur le renforcement des compétences économiques des régions depuis le passage de la loi Notre en 2015 et relativise l'effet des métropoles sur l'économie des territoires.

La guerre est ouverte. A l'occasion du Congrès des régions de France, plusieurs associations d'élus locaux ont exigé un renforcement de la décentralisation face à un  gouvernement accusé "d'ultra-centralisation." Quelques années après le passage de la réforme Notre, portée par François Hollande, les relations sont loin d'être apaisées entre les collectivités et l'Etat. L'un des objectifs de cette nouvelle organisation territoriale était de renforcer les compétences économiques des régions. Pour La Tribune, l'économiste à l'université de Paris-Ouest Nanterre La Défense Nadine Levratto revient sur les enjeux économiques de cette transformation.

LA TRIBUNE - Est-ce que la réforme territoriale de 2015 (loi Notre) a eu un impact sur le développement économique des territoires ?

NADINE LEVRATTO - Ce qui a beaucoup changé ce sont les compétences économiques attribuées aux différents niveaux institutionnels des territoires. L'articulation entre les compétences des régions et celles des collectivités locales de proximité, les EPCI, sont clarifiées. Ceci est important car les dynamiques économiques locales se situent à un niveau inférieur à celui des régions, que celles-ci présentent une importante diversité interne et qu'il est important d'agir au plus près des acteurs. C'est pourquoi, par exemple, les recherches que je mène portent sur des mailles économiques fines telles que les zones d'emploi ou les communes. On peut observer qu'une même politique au sein d'une même région exerce des effets variés selon les caractéristiques du territoire où elle est appliquée et que des politiques générales n'atténuent pas forcément les écarts infra-régionaux. 

La nouvelle organisation territoriale a-t-elle favorisé le dialogue entre les régions et les autres acteurs économiques au niveau local ?

L'objectif général de la loi est bien de faciliter les relations entre tous les acteurs grâce à la nouvelle définition de compétences qui s'est accompagnée d'un accroissement du rôle des régions et d'un renforcement de l'intercommunalité. Evidemment, l'atteinte de cet objectif dépend beaucoup des régions et des interlocuteurs. En effet, les relations et la coopération ne se décrètent pas. Il y  a un processus de construction qui est relativement lent. La réforme est récente. On ne peut pas encore voir d'effets majeurs sur l'articulation entre les acteurs.

La décentralisation a-t-elle eu des conséquences favorables sur l'économie des régions ?

La décentralisation n'a pas été faite que pour des motifs économiques. Cependant, compte tenu des nouvelles compétences attribuées aux différents niveaux administratifs, a priori, ce processus devrait favoriser l'économie. Si les décisions sont prises au plus proche du terrain, cela devrait avoir des effets bénéfiques. Quand on observe une région comme Rhône-Alpes-Auvergne, nombre de zones d'emplois situées dans l'ex-partie Rhône-Alpes présentent une dynamique de l'emploi et de compétitivité très favorable que cette réforme pourrait favoriser.     

Cette réforme est-elle favorable aux territoires laissés pour compte ? Le renforcement des métropoles ne va-t-il pas favorisé les inégalités territoriales ?

Le processus de métropolisation existait bien avant la réforme. Les 13 premières métropoles qui ont été créées ressemblaient très fortement aux fameuses métropoles d'équilibre régional de la Datar. Mais toutes les métropoles ne ressemblent pas au modèle idéal, au contraire, elles présentent de nombreuses différences. Certaines métropoles exercent un effet métropolitain d'entraînement sur les territoires voisins supérieur à d'autres comme nous l'avons montré dans une recherche réalisée pour France Stratégie, le CGET et l'Institut CDC de la Recherche. Il y a des métropoles qui rayonnent, comme Lyon par exemple, et il y a des métropoles qui concentrent la plupart des ressources de la région, comme Lille. Il est donc important de raisonner non pas sur un modèle unique mais sur une typologie comportant plusieurs catégories de métropoles. Nous plaidons pour une reconnaissance de la diversité des métropoles et considérons que des espaces non-métropolitains peuvent tout à fait présenter des dynamiques de l'emploi très favorables. Parfois, les territoires voisins de la métropole se développent ou résistent mieux que la métropole elle-même. Plusieurs configurations coexistent en matière d'organisation des territoires.

La densité et la taille des territoires ne suffisent pas à expliquer pourquoi certains réussissent mieux que d'autres; d'autres facteurs interviennent également. La coopération et la coordination à l'intérieur d'une région et entre les territoires qui la composent comptent beaucoup, de même que la mise en oeuvre des politiques publiques joue sur les résultats observés. Aujourd'hui, d'ailleurs, plus personne ou presque n'adhère à l'idée du ruissellement systématique des métropoles sur les territoires voisins. 

Pensez-vous que la mise en place du schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDEII) est une bonne chose ?

Ces schémas sont des leviers car ils obligent les régions à tracer les modalités de leur développement économique au delà même de la croissance. Ce outil oblige les acteurs à coopérer et à se coordonner. Cette coordination est un vecteur d'amélioration du fonctionnement de l'économie. Il est encore trop tôt pour évaluer les retombées de ce dispositif. 

La loi Notre va-t-elle dissoudre certaines spécialisations économiques avec l'agrandissement des régions ?

La spécialisation est le produit d'une longue histoire. Les transitions en matière de spécialisation peuvent être très longues comme on peut le voir, entre autres exemples, à l'intérieur de l'ancien bassin minier. C'est pourquoi les politiques régionales doivent s'inscrire sur une longue durée. Aujourd'hui, les orientations européennes peuvent avoir un impact sur les spécialisations des territoires (smart specialisation). Ces programmes vont à l'encontre de l'idée d'une spécialisation sectorielle à l'image du pôle aéronautique dans la région toulousaine pour favoriser des combinaisons d'activités.

> Lire aussi notre dossier sur Vos régions en 2030

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Commentaires
a écrit le 29/09/2018 à 13:30 :
La décentralisation c’est une numérisation.
Le problème de fond est le manque d’effectif et un suivi quotidien et cohérent.
Faire 7 h ou 8 h de travail pour rien faire «  bouger » autant rester c’est soi...
Évitons les petits chefs favorisons la coopération et la communication à tous les niveaux pour avancer tous ensemble.
Coordination et cohérence est de rigueur.
Il faut soit former pour rendre plus compétent ou bien virer ceux qui ont de gros salaires mais qui ne produisent «  rien » de positif pour le futur.
a écrit le 28/09/2018 à 20:44 :
Le ruissellement, une belle tarte à la crème qui a fait perdre beaucoup de temps à tout le monde... Comme s'il fallait attendre Godot en matière de développement territorial.
Réponse de le 29/09/2018 à 12:55 :
Il est vrai que pour qu'il y ai "ruissellement", il faut vraiment que le bassin déborde!
a écrit le 28/09/2018 à 16:29 :
Allez expliquer à Madame Hidalgo qu' il faut arreter le cycle infermal ; sur densification de Paris, centralisation des entreprises a l intérieur du périphérique, déplacement quotidien de million de personnes pour venir dans le centre de Paris, transports et moyens délirants pour tenter de résoudre ce problème créé de toutes pièces par des élus obsédé par leur image de grand batisseur.
a écrit le 28/09/2018 à 14:15 :
Ce sont pas les petites mains, ce sont les gros bonnets qui coûtent chers.
Sans compter la vie des élus qui peut se révéler un gros poste de dépense pour la commune.
À quand une formation obligatoire aux finances publiques et aux marchés publics pour ces élus d’ailleurs ?
Une bonne loi : rendre les élus responsables sur une partie de leur patrimoine lorsqu’ils contractent des emprunts pour leur commune. Cela éviterait les sales affaires avec Dexia où certains élus ont joué les golden boys et ont emprunté à taux variable en pariant sur des variations de devises. Honteux !
a écrit le 28/09/2018 à 12:16 :
Seul la décentralisation des moyens législatif et financier pourrait favoriser l'économie comme les États/Nations avant leur union sous l'administration de Bruxelles et de l'euro! C'étaient une saine concurrence et non pas une concurrence administré comme aujourd'hui!
a écrit le 28/09/2018 à 12:15 :
Seul la décentralisation des moyens législatif et financier pourrait favoriser l'économie comme les États avant leur union sous l'administration de Bruxelles et de l'euro! C'étaient une saine concurrence et non pas une concurrence administré comme auojourd'hui!
a écrit le 28/09/2018 à 10:13 :
pas d'accord : la decentralisation multiplie les petits chefs politiques et administratifs et coute cher inutilement.
L'ideal est de supprimer les departements napoleoniens et de revenir a 20 a 25 regions refletants des bassins de vie.
A default le projet europeen de Macron est meilleurs que les conservatismes administratifs territoriaux actuels.
a écrit le 28/09/2018 à 9:38 :
l'etat francais decentralise la gestion et les projets, tout en gardant l'argent pour payer ses rentiers et ses assistes....
a écrit le 28/09/2018 à 8:43 :
Nous avons des endoctrinés au pouvoir qui sont là pour prendre à ceux qui consomment afin de les donner à ceux qui s'évadent fiscalement. Du coup on en est plus à chercher des solutions qu'ils sont payés à ignorer mais bel et bien à dresser un constat alarmant d'un déclin oligarchique qui arrive en bout de course.

Tant que l'on ne fera pas de bilan correct nous nous vautrerons dans la compromission et la bêtise pure.

Oui la décentralisation serait un bon moyen de croissance, comme de nombreux autres domaines mais nos soldats néolibéraux ne sont là que pour orienter les finances publiques dans les comptes des milliardaires et rien de plus.

Au secours.
Réponse de le 28/09/2018 à 9:41 :
disons que le sale fric va plutot dans les fouilles de la gauche qui fait des prets en speculant avec l'argent des collectivites sur la parite euro/franc suisse, puis demande a l'etat central ( une fois que les copains du politburo ont ete elus) de compenser les pertes ' car ils n'en n'ont pas les moyens d'augmenter les impots de leurs ouailles s'ils veulent etre reelus'
Réponse de le 28/09/2018 à 9:58 :
@ multipseudos:

"disons que le sale fric va plutot dans les fouilles de la gauche"

Comme d'habitude, je vous laisse avec vos vieux démons dans intérêt pour ceux qui ne sont pas atteint de la même pathologie que vous et vous signale.
Réponse de le 28/09/2018 à 10:06 :
@ multipseudos:

"dans intérêt"

"Sans intérêt" bien entendu, puisque vos peurs ne concernent que vous et votre expérience de la vie.

Ya des psys pour ça mon gars, les forums sont là pour tenter de dire des trucs intéressants, au moins tenter...
Réponse de le 29/09/2018 à 18:08 :
Vous pouvez rajouter une centaine de strates aux collectivités pour s'occuper de l'économie.Les entreprises continueront a plonger un peu plus.Pourquoi ne pas laisser les entrepreneurs tranquilles?

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