« Les régions sont capables d'agir vite et d'expérimenter, ce que l'État est incapable de faire » Hervé Morin

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Hervé Morin, président de Régions de France.
Hervé Morin, président de Régions de France. (Crédits : Gonzalo Fuentes)
[Vos Régions en 2030 3/5] À la veille du congrès de Régions de France, qui s'ouvrira le 26 septembre à Marseille et dont La Tribune est partenaire, son président, Hervé Morin, également à la tête du conseil régional de la Normandie, assure que les 13 régions sont prêtes à renouer le dialogue avec le gouvernement. Il se félicite du plan d'Élisabeth Borne sur les infrastructures de transports mais s'alarme d'une volonté de recentralisation de l'État, notamment en matière d'apprentissage.

LA TRIBUNE - Les relations entre le gouvernement et les collectivités locales sont très tendues. Deux mois après votre refus de participer à la Conférence nationale des territoires sur l'Europe, vous tenez à Marseille le congrès annuel de Régions de France sur ce même sujet. Le dialogue est-il encore possible ?

HERVÉ MORIN - Comme je l'ai rappelé récemment au ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, notre départ de la Conférence nationale des territoires (CNT) n'était pas une posture politique. Nous regrettons que le gouvernement ne comprenne pas que la France a intérêt à être davantage décentralisée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les patrons des collectivités sont des hommes et des femmes qui veulent que la France réussisse et cette réussite passera par les territoires. Il est dommage que le gouvernement s'entête. Nous ne demandons qu'à renouer les fils du dialogue. Mais pour discuter, réellement, il faut être deux !

Huit présidents de régions - dont vous-même - sur dix-sept ont refusé de contractualiser avec l'État sur leurs dépenses de fonctionnement. Pourquoi parlez-vous de recentralisation ?

Je rappelle tout d'abord que les Régions se sont toutes engagées dans une dynamique de maîtrise de leurs dépenses et n'ont donc pas besoin de contractualiser avec l'État pour le faire. Elles participent au désendettement du pays et je note que leurs dépenses de fonctionnement augmentent même deux fois moins vite que celles de l'État. Cette contractualisation constitue un des exemples de recentralisation car elle suppose que les collectivités aillent en quelque sorte soumettre leur budget au représentant de l'État. Ce même État qui, pour sa part, continue inexorablement à accroître ses dépenses.

La question se pose également pour certaines politiques comme celles de l'apprentissage, où l'on tend vers une série de démarches visant à faire de nous des opérateurs de l'État. Or, en vertu de la Constitution, nous nous administrons librement, tirant notre légitimité politique de notre élection. Idem pour les ports : les grands ports ne sont pas pilotés par les collectivités de proximité mais par des fonctionnaires de Bercy. Ce serait bien que nous puissions expérimenter ! Idem sur les politiques de l'emploi. Aujourd'hui, nous prenons le mauvais chemin alors que les régions sont capables d'agir vite, de différencier et d'expérimenter, ce que l'État est incapable de faire. La France aurait ainsi intérêt à clarifier tout un champ de compétences et à en améliorer la gouvernance.

De quelles marges de manoeuvre disposez-vous encore en matière d'investissement dans les infrastructures et/ou pour soutenir les entreprises locales ?

Nous avons co-créé une société de coinvestissement de 100 millions d'euros en Normandie de même que nous avons lancé un fonds participatif avec la Banque européenne d'investissement pour améliorer les fonds propres des entreprises. Nous avons également des fonds pour l'export des PME et des ETI, comme des fonds pour l'innovation, le patrimoine vivant, l'industrie du futur... Enfin, avec le dispositif ARME [Anticipation, Redressement, Mutations économiques, ndlr], nous aidons les entreprises au bord du dépôt de bilan, ce qui nous a permis de sauver 600 d'entre elles, ainsi que 11000 emplois. Bref, nous détenons une panoplie d'outils qui fait que le bon interlocuteur est la région. Aucune entreprise n'imagine quelqu'un d'autre que nous.

Mais entre les métropoles, les intercommunalités et les communes qui suivent, chacune, leur logique propre, comment exercez-vous au quotidien votre compétence de développement économique ?

Il existe un partage clair avec les établissements publics de coopération intercommunale [intercommunalités et métropoles] sur l'immobilier d'entreprise. En Normandie, nous possédons une société d'aménagement qui porte les projets industriels. Pour le reste, nous avons bonne complémentarité qui ne fait pas débat.

Selon la version du projet de loi Borne transmis au Conseil d'État début septembre, les régions, déjà autorités organisatrices pour les transports ferroviaires et interurbains, deviendraient des autorités organisatrices de mobilité afin de couvrir 100 % des territoires. Est-ce une bonne nouvelle pour vous ?

Nous avons beaucoup dialogué avec la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Confier aux régions cette responsabilité relève du bon sens. Nous sommes en effet capables de faire jouer les complémentarités entre tous les modes de transports et de moderniser l'offre, par exemple en intégrant du numérique comme de l'intelligence artificielle dans de nouveaux modèles. Cette évolution est par conséquent la bienvenue. S'il est évident que nous devons être en capacité de porter à la place les intercommunalités qui ne sont pas en mesure de le faire, il n'est pas question en revanche de prendre la main sur les plans de transport des métropoles et des agglomérations.

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Retrouvez les autres articles de notre Dossier spécial Régions dans La Tribune Hebdo n°261 daté du 21 septembre 2018 :

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H261, couv, La Tribune Hebdo,

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Commentaires
a écrit le 27/09/2018 à 14:32 :
Plus de liberté pour les régions ? Pourquoi pas. Mais à condition de créer un groupe de surveillance de la gestion de ces élus. Un groupe qui serait composé d'électeurs tirés au sort.
a écrit le 27/09/2018 à 12:29 :
Pour expérimenter, ils sont très forts.Par exemple,faire perdurer les différentes strates administratives avec un personnel pléthorique travaillant moins de 35 h par semaine. Leurs imaginations n'ont pas de limites. Mais à la fin les taxes locales augmentent sans fin. L'expérimentateur n'est jamais en rien comptable de nos deniers.
a écrit le 27/09/2018 à 10:42 :
Le problème c'est que les régions dépensent trop , il n'y a pas une envie de relever le pays par le désendettement .
Réponse de le 28/09/2018 à 21:45 :
C'est vrai que nous gens de l'ouest (Bretagne, Pays de la Loire) , plus faible chômage (voire inexistant en Vendée), pas de déficit de la balance commerciale sentons durement la pression du reste du pays alors qu'une indépendance économique permettrait d'aller encore plus de l'avant, créer plus d'emplois, et réduire les impôts, donc sans gagner plus: concurrence mondiale et immigration oblige; être plus riches malgré tout.
a écrit le 27/09/2018 à 9:57 :
La france oui, les citoyens français oui en effet mais pas les politiciens nationaux achetés par les actionnaires milliardaires, logique, plus ils ont de "pouvoir" et plus les pots de vin grimpent.
a écrit le 27/09/2018 à 9:52 :
La seule solution efficace c'est de s'orienter comme en Allemagne, Espagne, Italie, vers une République FEDERALE ou les Régions possèdent une grande autonomie et laisse à L'Etat les prérogatives régaliennes : justice, armée, diplomatie, fiscalité (levée de l'impôt) !! mais nous sommes centralisateurs dans l'âme !! tout du moins les politiciens "technocrates" qui nous gouvernent depuis des décennies !!!

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