La dette des entreprises est restée stable en 2021, pas de vague de faillites à venir selon la Banque de France

La dette des entreprises entre janvier et octobre 2021 est restée quasi stable, proche de 1.000 milliards d'euros selon la Banque de France. Le remboursement des prêts garantis par l'Etat (PGE) au printemps 2022 ne devrait pas déboucher sur une vague de faillites selon les économistes. Après les confinements stricts, beaucoup d'entreprises avaient déjà commencé à rembourser leurs prêts.
Grégoire Normand

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Dans la restauration, la trésorerie, selon les données agrégées de la Banque de France, s'est même améliorée malgré les longs mois de fermeture.
Dans la restauration, la trésorerie, selon les données agrégées de la Banque de France, s'est même améliorée malgré les longs mois de fermeture. (Crédits : Reuters)

"Mur de dettes", "vagues de faillites", "hécatombe"....depuis le début de la pandémie, les craintes sur la situation financière des entreprises se sont multipliées. Le plongeon de l'économie en 2020 et les confinements à répétition ont fait trembler un grand nombre d'entreprises partout en Europe. La propagation du variant Omicron depuis quelques semaines et le durcissement des conditions sanitaires sur le Vieux continent ont à nouveau réveillé ces inquiétudes.

Malgré la dégradation de la situation sanitaire et cette pandémie à rallonge, la situation financière des entreprises françaises est plutôt favorable. Dans une note dévoilée ce mercredi 15 décembre, la Banque de France est plutôt rassurante. "Les données macroéconomiques et microéconomiques montrent que, contrairement à certaines craintes initiales, on ne voit pas de vagues de faillites ou de montée de la dette nette des entreprises. Ce n'était pas gagné au début. Ce qui signifie que tous les mécanismes d'aides (PGE, activité partielle) ont joué leur rôle", a affirmé le directeur des études à la Banque de France, Olivier Garnier, lors d'un point presse. Il faut dire que les administrations publiques ont encaissé une grande partie du choc comme l'ont montré différentes enquêtes de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Stabilité de la dette des entreprises

La vaste enquête menée par la Banque centrale sur plus d'un million d'entreprises montre qu'il y a une stabilité de l'endettement des entreprises autour de 1.000 milliards d'euros entre 2020 et 2021 alors qu'elle avait augmenté de 6 milliards d'euros entre fin décembre 2019 et fin décembre 2020. Chez les très petites entreprises (TPE), les indicateurs sont même au vert. "Entre fin 2019 et septembre 2021, la part des entreprises dont les dépôts sont supérieurs aux crédits est passée de 39% à 43% pour les TPE et de 52% à 54% pour les PME", expliquent les économistes dans la note. En parallèle, la proportion des TPE et PME ayant une dette bancaire (les crédits - les dépôts) nette jugée "élevée" s'est même infléchie passant de 25% à fin 2019 à 23% à la fin du troisième trimestre 2021. La Banque de France ne dispose pas de données sur les grandes entreprises. Ces dernières se financent principalement sur les marchés.

Derrière cette moyenne, des disparités peuvent évidemment apparaître par secteur. Interrogée par La Tribune, la Banque de France ne disposait pas de données par secteur à la fin du dernier trimestre 2021. Les récentes enquêtes de conjoncture de l'Insee ont montré néanmoins que l'aéronautique et l'automobile restent empêtrés dans une situation particulièrement néfaste en raison notamment des pénuries et des difficultés d'approvisionnement.

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Des faillites au plus bas

Le nombre des faillites d'entreprises en France s'est maintenu à un niveau historiquement bas en novembre, 47,5% en-dessous de leur niveau de novembre 2019, avant la crise sanitaire, a rapporté ce mercredi l'institution financière dans un communiqué.  A la fin du mois de novembre, le cumul des faillites sur un an (entre décembre 2020 et novembre 2021) s'est établi à 26.944. Ce chiffre signale une chute spectaculaire (-18%) par rapport à la même période il y a un an. "Malgré l'abandon des dispositifs de soutien - une partie des mesures étant reconduites dans le plan de sortie de crise - les chiffres des défaillances des derniers mois de 2021 restent inférieurs à ceux observés entre 2019 et 2020", selon le communiqué de la banque centrale française.

Il faut rappeler que si le gouvernement avait annoncé à plusieurs reprises la fin du "quoi qu'il en coûte", plusieurs dispositifs ont permis de soutenir les secteurs encore touchés par la crise sanitaire (dispositifs de prise en charge des coûts fixes, activité partielle longue durée). Bercy vient par exemple d'annoncer la mise en oeuvre d'un prêt spécial pour l'industrie de 700 millions d'euros remboursables sur 10 ans.

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Selon l'organisme bancaire, "il n'y a donc à ce stade aucun signe d'une reprise des défaillances ou d'une vague de faillites à venir". Le secteur où les défaillances ont le plus diminué est paradoxalement celui de l'hébergement-restauration, avec une chute de 61,7%, alors que ces activités ont été très fortement affectées par la pandémie. La baisse des défaillances concerne toutes les tailles d'entreprises sauf les plus grandes. Ainsi, 26 grands groupes ou entreprises de taille intermédiaire ont fait défaillance en novembre, selon les données provisoires de la Banque de France, ce qui représente une hausse de 13% par rapport à novembre 2019. Pour l'ensemble des PME, la baisse du nombre de défaillances est de 47,6%. Elle est de 48,1% pour les micro-entreprises, nom officiel des établissements créés par les auto-entrepreneurs.

Pas de vagues de faillites sur le remboursement des PGE à attendre

La mise en place des prêts garantis par l'Etat (PGE) à partir du printemps 2020 a permis à un grand nombre d'entreprises de passer les deux premières années de la pandémie sans trop de casse. A l'approche du printemps 2022, plusieurs entreprises et fédérations professionnelles ont tiré la sonnette d'alarme concernant les premières échéances de remboursement obligatoires à venir à partir d'avril.

Interrogée sur ce risque, la Banque de France se veut rassurante. "On ne s'attend pas à une hausse majeure des défaillances sur les PGE. En 2021, on s'attendait à un rattrapage des défaillances. Ce rattrapage n'a pas eu lieu. Il n'y a pas de tensions particulières sur les trésoreries. Les mécanismes d'aide ont évité le risque de faillites en chaîne", a déclaré Olivier Garnier. Comment expliquer cet optimisme ? "Dès la fin des périodes de confinement stricts, des entreprises ont fait le choix de rembourser les PGE. Pour l'immense majorité des entreprises, il n'y a pas de mur de la dette à attendre", explique une source au sein de la Banque de France. La détérioration de la situation sanitaire pourrait changer la donne.

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 16/12/2021 à 6:58
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oui, y a aucun pb de dette, tout a ete transfere a la banque centrale avec ' des prets a 0% a long terme, non remboursables, et qu'on pourra annuler sur simple demande sociale sans aucune consequence' ( comme dit melenchon ' c'est juste une ecriture ...

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