La France aura un gouvernement « avant dimanche », promet Matignon
latribune.fr
Jeudi soir, le Premier ministre a pu présenter au président de la République « l'architecture et la composition de son gouvernement qui respecte les équilibres ». Des premiers noms de ministre ont déjà filtré.
Après des tractations sinueuses, le Premier ministre s'apprête à présenter aux Français la composition de son gouvernement. L'exécutif devrait compter 38 membres. Des vérifications déontologiques sont en cours. L'annonce devrait intervenir avant la fin de la semaine.
[Article publié vendredi 20 septembre 2024 à 7h51, mis à jour à 18h18] Serait-ce la fin imminente d'une séquence politique décisive ? Du moins, pas ce vendredi a prévenu Matignon en fin de matinée qui a indiqué que le gouvernement de Michel Barnier ne sera pas annoncé ce jour-ci, car de « derniers ajustements » sur sa composition sont encore en cours. Jeudi soir, Matignon a néanmoins fait savoir que la liste des membres du gouvernement serait présentée « avant dimanche ».
C'est jeudi soir également que le nouveau locataire de Matignon a fait un pas important dans la difficile élaboration de son exécutif, qui ne dispose pas de majorité absolue à l'Assemblée, en se rendant dans la soirée à l'Elysée pour soumettre sa liste à Emmanuel Macron.
Un échange « constructif » d'une cinquantaine de minutes, au cours duquel le Premier ministre a présenté « l'architecture et la composition de son gouvernement qui respecte les équilibres » entre les différentes formations qui le constitueront, a fait valoir Matignon. Le gouvernement devrait ainsi compter 38 membres dont 16 ministres de plein exercice, parmi eux 7 macronistes et 3 Républicains (LR), 2 MoDem, un Horizons ou encore un du parti centriste UDI. Dernier obstacle ? Les vérifications déontologiques en cours. En d'autres termes le feu vert de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) à la nomination des futurs ministres.
De son côté, Emmanuel Macron a appelé ce vendredi « tous les groupes politiques » à « aider » Michel Barnier à former un gouvernement, alors que la liste proposée jeudi suscitait des tiraillements dans le camp présidentiel, le MoDem hésitant à entrer dans une équipe marqué à droite. « Il est important que tous les groupes politiques, avec engagement, sens des responsabilités, aident (Michel Barnier) à former un gouvernement », a déclaré le président en marge d'une visite à Chartres. « Il faut que tout le monde l'aide à réussir parce que c'est l'intérêt collectif ». Michel Barnier compose son équipe « avec beaucoup d'engagement et pleine liberté ».
L'opposition vent debout
Du côté de l'opposition, les réactions sont acerbes. Au micro de la radio Franceinfo ce vendredi matin, Eric Coquerel, président de la Commission des Finances, et membre de LFI, a fulminé : « C'est un gouvernement de perdants, réactionnaire, et néolibéral. De ce point de vue-là, ça ne vous assure pas une majorité à l'Assemblée nationale. À mon avis, j'ai bien peur qu'ils accentuent le côté réactionnaire de leur politique pour essayer d'avoir les mannes du Rassemblement national. » L'élu a aussi fait part de son désaccord sur l'orientation budgétaire prise par le prochain exécutif : « C'est un budget totalement austéritaire que va présenter le nouveau gouvernement. »
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Au micro de RTL, la députée NFP Clémentine Autain, cofondatrice du nouveau groupe politique de gauche « L'Après », a qualifié les longues tractations pour former un gouvernement de « jour sans fin, une mauvaise farce, une grande honte pour la France ». Et, poursuit-elle, « le responsable, c'est Emmanuel Macron (...) ce gouvernement est illégitime ». Etl'ex-membre du groupe LFI de prévenir : « Nous déposerons une motion de censure, un gouvernement des vaincus, c'est un scandale. »
« Pourquoi y a-t-il eu une dissolution si c'est pour avoir à peu près les mêmes, plus à droite encore ? », a aussi déclaré à l'AFP l'ancien président PS François Hollande, estimant qu'au regard du résultat des législatives « on devait avoir un changement » et « on a une Restauration ». Le gouvernement Barnier« recycle tous les perdants de cette élection », a renchéri ce matin la cheffe des députés LFI Mathilde Panot sur TF1, s'inquiétant d'une « extrême-droitisation de la Macronie ».
Quels profils ont filtré pour le nouveau gouvernement ? Parmi les trois ministres issus de la droite, figure Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, qui devrait être nommé au ministère de l'Intérieur, ont indiqué plusieurs sources de la droite et du bloc central. Laurent Wauquiez, le patron des députés LR, qui nourrit des ambitions élyséennes pour 2027, a pris les devants en annonçant qu'il renonçait à entrer au gouvernement après avoir refusé le poste de ministre des Finances.
Du côté des « macronistes », le ministre MoDem (centre) démissionnaire des Affaires européennes Jean-Noël Barrot pourrait prendre le ministère les Affaires étrangères, tandis que le ministre des Armées Sébastien Lecornu devrait être reconduit, selon un responsable du bloc central. De même pour Rachida Dati à la Culture. En outre, la macroniste Agnès Pannier-Runacher est pressentie pour occuper le poste de ministre de l'Ecologie, précise une source proche des tractations.
Une ancienne ministre MoDem Geneviève Darrieussecq reviendrait au gouvernement, à la Santé.
Enfin, alors que Michel Barnier peine à trouver des personnalités de gauche auprès desquelles il a essuyé plusieurs refus, seul un profil « divers gauche » figurerait parmi ces ministres de plein exercice. Le nom de Didier Migaud, actuel président de la HATVP et issu du Parti socialiste, a circulé pour entrer dans l'équipe Barnier, à la Justice.