Attentats : la France en alerte

Sept mille militaires déployés, Beauvau qui s’alarme… Après l’assassinat d’un professeur à Arras vendredi, le pays replonge dans l'inquiétude.
Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Gabriel Attal, le 14 octobre au lycée Gambetta d’Arras (Pas-de-Calais).
Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Gabriel Attal, le 14 octobre au lycée Gambetta d’Arras (Pas-de-Calais). (Crédits : latribune.fr)

La France était déjà sur le qui-vive après l'offensive terroriste du Hamas contre Israël samedi dernier. La voilà de nouveau en urgence attentat, ce qui n'était pas arrivé depuis octobre 2020. Soit le niveau le plus élevé du dispositif Vigipirate, après la mort de Dominique Bernard, enseignant de lettres poignardé vendredi matin dans la cour de son établissement, la cité scolaire Gambetta-Carnot d'Arras.

Un acte qu'on ne peut pas extraire du contexte international, selon Élisabeth Borne, qui explique dans l'interview qu'elle nous a accordée que « l'attaque sur Israël a pu être un élément déclencheur ». Déjà, la veille, Gérald Darmanin affirmait que d'après ses renseignements « il y a un lien entre ce qui s'est passé sans doute au Proche-Orient et le passage à l'acte », en soulignant notamment l'appel du Hamas à faire du vendredi 13 octobre un « jour de colère ». « Si le ministre de l'Intérieur dit cela, observe un conseiller ministériel, c'est qu'il a de bonnes raisons. »

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Chez Gérald Darmanin, on confie ses plus grandes craintes quant à de futurs attentats. « Le climat est très mauvais », observe-t-on. Depuis la Place Beauvau, on relève de nombreux signaux faibles comme la manifestation non autorisée à République jeudi soir qui a réuni 3 000 islamistes et membres de l'ultragauche au cri de « le Hamas vaincra ». Preuve de l'ambiance tendue dans le pays, hier le Louvre a été fermé et le château de Versailles évacué, en raison d'alertes. Par ailleurs, depuis une semaine, 65 interpellations ont eu lieu en lien avec des actes antisémites.

À Arras, en attendant les résultats de l'enquête, l'acte effroyable de Mohammed Mogouchkov concentre en lui seul toutes les craintes de l'époque : un terrorisme de proximité qui touche les villes moyennes, un assaillant étranger en situation irrégulière, surveillé par les services de renseignement et, enfin, ce qui frappe le plus les esprits, la nouvelle violation d'un sanctuaire, un établissement scolaire, avec la mort d'un professeur, trois ans après l'assassinat de Samuel Paty, à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine. « Pour Samuel Paty, il y avait le côté prof assassiné parce qu'il avait montré des caricatures à ses élèves, note-t-on au ministère de l'Éducation nationale. Là, c'est juste un prof lambda qui s'est interposé ; tous se sentent concernés, le choc est immense. »

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Un traumatisme immense

Dans un premier temps, l'exécutif s'est concentré sur la consolation de la communauté enseignante. Emmanuel Macron s'est déplacé immédiatement, accompagné de Gabriel Attal. Le ministre de l'Éducation nationale est retourné à Arras hier matin dans le lycée, resté ouvert malgré l'annulation des cours. Lui et Xavier Bertrand, président de la Région des Hauts-de-France, sont passés devant les seuls stigmates visibles du drame. Rubalises au sol, périmètre de sécurité, légère présence policière. Ils ont échangé avec la communauté éducative réunie et ont pu percevoir l'immense détresse de ces sentinelles de la République. « Ce n'est pas assez sécurisé, n'importe qui pourrait venir avec une voiture bélier », s'est inquiétée une prof en larmes. « Vous ne protégez pas nos enfants », a renchéri une autre. Le maire (Les Centristes) d'Arras, Frédéric Leturque, les a appelés à ne « pas vivre dans le stress et le renfermement » : « Il faut continuer à vivre, rester debout, a-t-il poursuivi. On est percutés mais pas couchés. » Le traumatisme est immense. Celui des professeurs mais également des élèves. Ils sont nombreux à avoir assisté à l'attentat aux premières loges. Vendredi, David, élève en seconde, a éclaté en sanglots devant nous : « J'ai vu M. Bernard cracher du sang, j'ai vu le corps, j'ai vu les policiers intervenir dans la cour de l'école. »

En quittant l'établissement hier, le ministre de l'Éducation nationale s'est longuement recueilli devant une table couverte de fleurs installée à l'entrée du lycée. Mais Gabriel Attal le sait, cela ne suffira pas. Sa présence à Arras était nécessaire, tout comme son discours très juste lors de la remise du prix Samuel-Paty hier après-midi à la Sorbonne. Le ministre a alors dévoilé le dispositif mis en place pour demain : un moment de recueillement entre enseignants dans chaque établissement, avant une reprise des cours décalée à 10 heures, et une minute de silence à 14 heures en hommage aux victimes d'attentats contre l'école. Mais il faut penser à la suite.

Déjà la polémique politique enfle. Le Rassemblement national et Les Républicains pointent le profil de l'assaillant, dont le frère a été condamné dans un dossier terroriste pour un projet d'attaque contre les policiers de l'Élysée, et la faillite de la DGSI. Marine Le Pen, qui s'est pour l'instant contentée d'un communiqué, a annoncé une prise de parole solennelle depuis son fief d'Hénin-Beaumont cet après-midi.

La réplique pourrait venir du ministère de l'Éducation nationale. La question de la sécurisation des 60 000 établissements scolaires va être l'un des sujets de la semaine qui s'ouvre. ■

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Commentaire 1
à écrit le 15/10/2023 à 11:36
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Que la DGSI fasse le taf pour lequel elle est payée svp, protéger notre pays et non en être l’ennemi intérieur, déjà nous autres français pourrions dormir plus tranquillement. Ou bien que l'on nous arme si la police ne veut/peut définitivement plus ...

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