Apprentis d'Auteuil déplore que le passage de l'ISF à l'IFI ait réduit la générosité des donateurs

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Les nombreuses réformes fiscales mises en place en 2018 constituent l'un des facteurs qui justifie la baisse des donations.
Les nombreuses réformes fiscales mises en place en 2018 constituent l'un des facteurs qui justifie la baisse des donations. (Crédits : Reuters)
Passage de l’ISF à l’IFI, inquiétude liée au prélèvement à la source, hausse de la CSG... Les réformes fiscales de 2018 ont pesé sur la générosité des Français autrefois assujettis à l'ISF et désormais soumis à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), relève le baromètre IPSOS sur le don ISF-IFI, publié ce jeudi 18 avril par Apprentis d'Auteuil. Avec pour conséquence une baisse de presque 20% du montant moyen des dons.

Apprentis d'Auteuil fait grise mine. « 2018 a été une année particulièrement difficile en terme de collecte » de fonds pour la fondation consacrée à l'accueil, la formation et l'aide à l'insertion des jeunes en difficulté sociale, déplore Stéphane Dauge, son directeur communication et collecte. Pour cause, l'an dernier, l'organisme a enregistré une baisse de 19 % de sa collecte de dons auprès du grand public, s'alarme-t-il dans la 6e édition de son baromètre IPSOS sur le don ISF-IFI publié ce jeudi 18 avril.

Ce nouveau baromètre, qui étudie les comportements des contribuables anciennement assujettis à l'ISF et désormais soumis à l'IFI en matière de don (ils bénéficient d'une déduction fiscale sur ces legs dans les deux cas), montre que leur nombre est en diminution : 77% ont effectué au moins un don à une fondation ou à un organisme caritatif au cours de l'année 2018 contre 82% en 2017 (-5%). De même, le taux de multi-donateurs (64%) de ce profil, ceux qui s'acquittent de plusieurs aumônes par an, est en recul de 8 % par rapport à 2017.

Le montant moyen des dons en baisse en 2019

Autres indicateur alarmant, le montant moyen de dons déclarés a lui aussi chuté tout au long de l'année 2018 pour arriver, en 2019, sous la barre des 2.000 euros, à 1.973 euros, soit une baisse de plus de 500 euros par rapport à 2018. Il s'agit du chiffre le plus bas depuis la création du baromètre en 2014. Et les prévisions de cette année ne sont pas plus optimistes. Le nombre de personnes qui ont l'intention de réaliser un don (80%) demeure stable en 2019 par rapport à 2018.

> Lire aussi : Notre-Dame : "L'effort va être en grande partie supporté par l'Etat en raison de moindres rentrées fiscales"

Dans ce domaine, les assujettis à l'IFI se montrent même plus nombreux cette année (89%, +7% par rapport à 2018) que les non assujettis (75%, +1). Mais bien que 39% des donateurs comptent augmenter le montant de leur don, contre 16% qui pensent le diminuer, cette hausse ne compense pas la baisse prévue par ceux qui comptent mettre un frein à leur contribution. Les anciens assujettis ISF prévoient ainsi de donner 1.944 euros en moyenne en 2019, soit 29 euros de moins qu'en 2018.

Les conséquences d'un climat fiscal incertain

Pour les personnes interrogées, cette baisse des dons s'explique principalement par un climat économique et social difficile (57%). Certaines réformes fiscales sont également accusées d'avoir affaibli la générosité des Français en 2018. Parmi elles, on retrouve la très impopulaire hausse de la CSG infligée à une partie des retraités. Un stigmate important puisque 29% des donateurs réguliers sont âgés de plus de 65 ans d'après une étude de Kantar Public pour France Générosités.

Par ailleurs, l'année 2018 a été marqué par de nombreuses modifications fiscales : prélèvement à la source et surtout la suppression de l'ISF. Lorsque cet impôt existait encore, ses contribuables pouvaient bénéficier d'une réduction fiscale égale à 75% de leurs versements à des fondations reconnues d'utilité publique (dans une limite de 50.000 euros) et qui constituait une manne importante pour ces organismes.

La question fiscale n'est pas le premier critère de décision

Avec la transformation de l'ISF en impôt sur la fortune immobilière (IFI), cet avantage a été maintenu. Mais étant donné que seul les biens immobiliers sont désormais taxables, le nombre d'assujettis a été réduit de moitié. Et la majorité des sommes économisées par les exonérés d'ISF ont été consacrées à des dépenses de consommation ou de l'épargne classique au détriment des association (11% en 2019 contre 21% en 2018) relève le baromètre. Si 61% des personnes interrogées s'estiment bien informées sur les modalités de réduction de l'IFI au titre de dons faits à des organismes caritatifs en 2019, contre 56% en 2018, 78% des répondants estiment qu'il est toutefois essentiel ou important de mettre en place de nouveaux dispositifs fiscaux incitatifs pour encourager la générosité.

Cependant, contrairement à ce que pourrait laisser penser ce bilan, la question fiscale n'est pas le premier critère avancé par cette population pour établir le montant total de ses dons sur une année. 42% des personnes ayant l'intention de faire des dons d'argent à des associations ou organismes caritatifs évoquent plutôt les besoins financiers des causes qu'ils défendent comme motif principale pour déterminer le montant de leur contribution. Seul 8% d'entre eux mettent la question de la réduction fiscale en tête de leur préoccupation lorsqu'il s'agit de faire un don à une association.

Méthodologie : Enquête réalisée par internet du 28 mars au 8 avril 2019 auprès de 300 personnes dont le foyer fiscal était assujetti à l'Impôt de solidarité sur la Fortune (ISF) en 2017.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2019 à 20:33 :
Coquille "comme motif principale pour déterminer" principal ?? (le motif)
Le changement de système avec l'incertitude de déduction des dons, sur 2018, disparus comme l'IR sur les revenus 2018 ? Ou sur la déclaration 2019 pour 2020 ?
Tant que l'année charnière n'est pas passée, c'était flou. Et le flou n'est pas généreux.
Depuis que je ne suis plus imposable, je ne donne que 34% des sommes, la part qui me restait avant de ma poche.
Les vrais généreux jettent le reçu fiscal dès son arrivée, ils ne donnent pas pour réduire leurs impôts. :-)
a écrit le 19/04/2019 à 12:35 :
Avant je donnais.
Père CSP + d'un famille nombreuse, la famille est saignée par les impôts, surtout sur l'impôt sur le revenu (depuis 2012).
Je considère que je donne déjà beaucoup, beaucoup et beaucoup trop et ne reçois jamais rien (ah si, la moitié des allocations familiales). Donc là, j'ai le choix de ne pas donner, je ne donne donc plus, il n'y a qu'à s'adresser à l'état.
Encore une fois, les mesures annoncées vont encore plus concentrer l'impôt sur le revenu payés par ceux qui ne peuvent pas s'y soustraire. Donc la solidarité, c'est bon, cela fait 25 ans que je donne.
Si les médias veulent savoir pourquoi il y a une baisse des dons, ils n'ont qu'à réfléchir, c'est pourtant très simple.
a écrit le 19/04/2019 à 9:23 :
Pour ma part, retraité "aisé", La ponction de plus de 100€ par mois due à l'augmentation de la CSG a asséché d'autant mon "ardeur" de donateur !
a écrit le 19/04/2019 à 7:52 :
Ce gouvernement a ruiné la classe moyenne en la surtaxant, résultat il y aura de moins en moins de donnnation. Pour ma part, cela me va très bien car j en ai pluus que marre de voir et d entendre ces associations qui ne représentent qu’une minorité mais qui sont surreprésentées dans les médias .
a écrit le 18/04/2019 à 10:03 :
La générosité des donateurs était récompensée par une réduction de l'impôt sur le revenu; ceci explique cela. s'est peut-être ajoutée une certaine circonspection vis-à-vis du prélèvement à la source, auquel cas l'austérité sera de mise l'année prochaine également.
a écrit le 18/04/2019 à 9:33 :
Normal. Les apprentis d'Auteuils sont surtout connus dans l'ouest Paris, et quand on voit les dégâts causés par les vandales dans ces quartiers juste avant Noël, période des dons...ça a pas les inciter à être très généreux !
Réponse de le 18/04/2019 à 11:41 :
Bonjour,
Facile d'accuser les jeunes de cette fondation... Et quelle serait votre solution pour remettre ces jeunes dans les rails sans les aider et sans aider apprentis d'auteuil via des dons ?
Réponse de le 18/04/2019 à 12:56 :
Réponse @ Ralbol
Personne n'a dit que les apprentis étaient des vandales ! Mais si j'habitais dans l'ouest parisien et que j'avais eu suffisamment pour faire un don en fin d'année, je les aurais gardé pour payer l'éventuelle franchise de ma voiture potentiellement vandalisée ou pour faire face aux dégâts causés : fermeture de petits commerces, chômage partiel...etc. Facile de négliger les dégâts...
Les apprentis d'Auteuil ont été victimes dans cette affaire.
a écrit le 18/04/2019 à 9:30 :
Toutes les causes d'intérêt général (services publics, aides sociales, pensions vieillesse, etc.) puisent dans le même sac : la valeur ajoutée par le travail des citoyens. L'Etat a fait fort, par la force de l'impôt, en puisant dans la part des pensions et des œuvres caritatives. La raison d'Etat oblige. L'Etat a toujours raison, notamment dans une république populaire.
a écrit le 18/04/2019 à 9:10 :
Pourquoi donner puisque l'Etat a déjà un programme de redistribution de 30% du PIB soient 700 milliards? Ces sommes ne vont-elles pas à ceux qui en ont besoin? (la question du naïf..).
Réponse de le 19/04/2019 à 20:29 :
Y a des aides que vous n'aurez pas, bien que concerné, ne les ayant pas demandées, par ignorance ou hésitation, dossier trop compliqué, etc etc.
Il faut embaucher un(e) secrétaire pour remplir les papiers pour des éléments déjà connus de l'administration, mais ça doit venir de nous, la demande, ensuite ils analysent voir si on a vraiment droit, puis daignent verser les sous. :-)

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