"La politique nationale de l'innovation doit être mieux structurée"

Dans un entretien accordé à La Tribune, Jean-Luc Beylat, le président de Systematic Paris-Région, détaille l’agenda du pôle de compétitivité d’ici 2020. Il revient également sur la politique nationale de soutien à l’innovation.
Fabien Piliu
Pour que l'excellence française irrigue davantage notre économie et rayonne encore plus à l'international, il faut que la politique nationale en faveur de l'innovation soit davantage structurée, mieux coordonnée entre tous les acteurs publics et privés, , explique Jean-Luc Beylat, le président du pôle de compétitivité Systematic.
"Pour que l'excellence française irrigue davantage notre économie et rayonne encore plus à l'international, il faut que la politique nationale en faveur de l'innovation soit davantage structurée, mieux coordonnée entre tous les acteurs publics et privés, ", explique Jean-Luc Beylat, le président du pôle de compétitivité Systematic. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - En novembre, vous avez été réélu à la présidence du pôle Systematic à vocation mondiale, spécialisé dans les infrastructures du numérique et les métiers du logiciel. Votre nouveau mandat court jusqu'en 2020. Quelles sont vos ambitions ?

JEAN-LUC BEYLAT - Nous avons décidé d'accélérer le développement du pôle. Trois piliers ont été identifiés. Le premier repose sur les « smart systems », c'est-à- dire les systèmes intelligents qui sont notamment composés des objets connectés, des systèmes et des logiciels embarqués et du cloud. Avec l'avènement de la 5G qui permettra de collecter et de traiter instantanément les informations, les usages, les comportements seront bientôt révolutionnés. De nouveaux mécanismes d'intelligence apparaîtront bientôt, et ce, selon une logique plutôt verticale, selon les métiers. Dans les transports, la logistique, la santé par exemple la structuration des problématiques et des réponses seront bien distinctes. C'est passionnant. Je précise toutefois que la compétition est et sera rude. À travers le monde entier, la compétition entre les entreprises, les laboratoires a déjà commencé pour trouver les solutions de demain.

Le développement des 800 entreprises membres du pôle est notre deuxième pilier. Il faut accompagner davantage les entreprises dans le domaine des ressources humaines, du financement, dans la prospection des marchés. Il faut que nos entreprises grandissent plus vite si l'on veut que l'économie française soit plus forte.

Quelle est la troisième priorité ?

Nous voulons que notre pôle devienne un partenaire incontournable du développement de la région Ile-de-France. Systematic ne doit pas se résumer au Plateau de Saclay, qui est son camp de base. Il est déjà présent aux quatre coins de la région. Il doit l'être davantage. Il faut créer un écosystème performant, qui est le fondement même de la politique des pôles initiée en 2005, à l'échelle de la région si l'on veut attirer plus de financements et davantage de talents.

Il faut donc renforcer votre la collaboration avec Paris, la Métropole et la Région.

C'est exact. Je crois en la bonne volonté de tous les acteurs. Nous avons tant à gagner.

Vous êtes également président de l'Association française des pôles de compétitivité et vice-président chargé des écosystèmes innovants chez Nokia et Président de Nokia Bell Labs. Au regard de l'ensemble de ces responsabilités, comment jugez-vous la politique nationale en faveur de l'innovation ?

La France possède beaucoup de talents, talents qui ont une propension naturelle à renverser les tables, à faire bouger les lignes. C'est un bien précieux. Mais pour que l'excellence française irrigue davantage notre économie et rayonne encore plus à l'international, il faut que la politique nationale en faveur de l'innovation soit davantage structurée, mieux coordonnée entre tous les acteurs publics et privés.

Militez-vous pour la création d'un ministère de l'Innovation ?

Je ne pense pas que ce soit la solution. Un ministère de l'Innovation tel qu'il a existé lors de ce quinquennat peut « faire des coups », lancer des initiatives sur des dossiers précis. Mais pour lancer une véritable politique nationale de l'innovation, il faut aller plus loin.

De quelle manière ?

L'innovation est en tout et partout. C'est la raison pour laquelle la politique nationale est un sujet qui doit se traiter au niveau interministériel. Elle ne peut être l'apanage d'un seul ministère puisqu'il n'a pas la tutelle sur l'ensemble des administrations, sans les efforts de qui, tout le monde en a bien conscience, la modernisation de l'économie reste un vœu pieu.

Quel peut être l'avenir des pôles de compétitivité ?

Dès 2017, il faut commencer à réfléchir sur la quatrième phase des pôles sur la période 2018-2020. Plusieurs chantiers doivent être lancés. Je pense notamment à celui de la montée en puissance des relations interpôles, encore perfectibles, ainsi que celui du financement. Si l'on veut que les pôles, et plus globalement l'innovation tricolore progressent, il faut plus de ressources pour les entreprises. Il faut que le capital-développement et le capital-risque, par exemple, soient plus présents.

Doit-on en conclure que l'État devrait à terme se désengager des pôles ?

Ce ne serait pas une bonne idée. Une politique nationale des pôles doit reposer sur une forte coordination, entre l'État, les Régions et parfois d'autres acteurs territoriaux. L'État doit veiller à refinancer le Fonds unique interministériel (FUI) qui a déjà perdu 50% de ces dotations depuis la création des pôles. C'est lui qui doit initier et stimuler la politique nationale de l'innovation, au sein de laquelle les pôles de compétitivité sont un élément déterminant.

Fabien Piliu

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Commentaires 4
à écrit le 28/02/2017 à 3:06
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Le mec il est président des pôles de compétitivité, il se fait réélire, et il explique que la recherche doit être mieux structurée. Il fait quoi pendant tout ce temps ? D'après la cour des comptes il a en tous cas produit ni emploi ni croissance !

à écrit le 10/02/2017 à 18:43
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Combien ça coûte encore ? avec des postes gratis .

à écrit le 10/02/2017 à 18:13
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Ceux qui refusent le désendettement, sont ceux qui déroulent des tapis rouges aux grands prêteurs d'argent qui finissent par imposer leur dictat et qui peuvent alors piller l'économie du pays à travers les intérêts de la dette, quand le service de la...

à écrit le 10/02/2017 à 8:45
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L’État doit mais l’État ne fera pas car paralysé par la politique d'austérité allemande. Il serait temps que le milieu privé qui impose aux peuples européens ces crises d'austérités assume enfin et finance lui-même l'investissement et l'innovatio...

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