« La réindustrialisation, j’en parle depuis près de 50 ans ! » (Agnès B.)
Propos recueillis par Rebecca Benhamou
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Photo d'illustration
© Sylvie Lancrenon
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... responsable et intemporelle. C’est dans ses bureaux parisiens, dont l’entrée porte les couleurs jaune et bleu de l’Ukraine, près du canal Saint-Martin, qu’elle nous a reçus. (Cet article est issu de T La Revue n°16 - Réindustrialiser et décarboner la France)
En tant que styliste, comment garder l'inspiration, au bout de 50 ans de métier ?
Je suis curieuse de tout, et gourmande de la vie... Je ne m'ennuie jamais ! C'est ainsi que je reste connectée à mon époque. Qui plus est, j'ai grandi à Versailles, où j'ai fait les Beaux-Arts. Toute mon enfance, j'ai arpenté les allées du château et les jardins, avec des yeux écarquillés. Tout m'inspire : les artistes, la nature... mais surtout, la rue. J'observe les passants et ce qui est écrit sur les murs - j'ai d'ailleurs toujours été une grande passionnée de graffitis. Quand j'étais plus jeune, armée d'un vieux Nikon bon marché, j'aimais parcourir les villes et prendre des clichés, mais aussi faire du dessin, des films... Mon coin préféré, en ce moment, c'est Belleville.
Les lieux ont donc une certaine importance dans votre processus de création...
Oui, il y a quelque chose de quasiment mystique dans ma vie et ma relation aux lieux. J'ai ouvert ma première boutique en 1975, rue du Jour, dans le quartier des Halles, à Paris. Aujourd'hui, mes bureaux se trouvent rue Dieu... Plutôt lumineux, vous ne trouvez pas ? J'ai d'ailleurs une foi inébranlable. Et si je rechigne à me présenter comme une catho de gauche - parce que je n'aime pas cette étiquette -, mes croyances sont le socle de mes engagements.
Justement, parlons de vos engagements. Vous êtes l'une des pionnières de la fabrication française. Vous ne vous êtes jamais découragée ?
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Jamais. J'ai toujours eu un côté franc-tireur dans le milieu. Depuis le lancement de ma marque, j'ai refusé de faire de la publicité, de céder aux diktats de l'industrie, et je dois reconnaître que Mai 68 y est pour beaucoup. Les situationnistes m'ont aussi beaucoup influencée. Quant au made in France, je le défends autant que faire se peut, mais il y a encore tant de chemin à parcourir...
Propos recueillis par Rebecca Benhamou