Directrice de recherches au CNRS, professeure à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et à l'Université de Paris-Nanterre, l'économiste Nadine Levratto revient pour T La Revue sur le phénomène de désindustrialisation qu'a vécu l'Europe ces dernières décennies, ouvrant la voie à une forme de tertiarisation qui n'a vraisemblablement pas tenu toutes ses promesses. C'était l'époque où l'industrie était considérée comme ringarde et infructueuse en termes de richesse. « C'était la période du tertiaire triomphant. » Un triomphe au goût amer, qui a eu comme conséquence majeure la délocalisation des productions et la disparition des compétences. Jusqu'à ce que certains experts et grands capitaines d'industrie, comme Louis Gallois alors patron d'Airbus, déclenchent la sirène d'alarme dès les années 2000. Des alertes peu entendues malgré la publication de rapports. Presque vingt ans plus tard, la création du programme Territoires d'industrie (en 2018) marque un premier cap vers la réindustrialisation. La territorialisation industrielle est enclenchée, le plus souvent par les pouvoirs locaux eux-mêmes. Et puis, c'est le choc mondial du Covid-19 et la révélation du désarroi français manquant de produits de première nécessité. La souveraineté devient un enjeu majeur, la réindustrialisation une priorité nationale. La loi sur l'industrie verte est promulguée en juin 2023. Mais qu'en est-il concrètement ? Vœu pieux ou effet démagogique à considérer que la décarbonation de l'industrie est en cours depuis vingt ans déjà ? De quoi parle-t-on réellement quand on incite à « verdir » l'industrie ? Éléments de réponse avec Nadine Levratto.
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Pour comprendre la réindustrialisation, il est indispensable d'expliquer la période de désindustrialisation que la France a connue ces quarante dernières années. Pourquoi a-t-on autant désindustrialisé ? Comment en est-on arrivés là ?