À quoi va ressembler l’industrie du XXIe siècle ?
Lysiane J. Baudu
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« leader de l'industrie verte en Europe »
.Pour le moment, la France est loin du compte... Non seulement elle est en retard en matière d'industrie verte par rapport à certains de ses voisins, mais en plus, elle pâtit encore de la désindustrialisation qui a caractérisé son économie pendant plusieurs décennies, à partir des années 1970. Ironie de l'histoire, en effet, nombre de pays industrialisés, dont la France, ont choisi, sur fond de crise pétrolière, de délaisser la production de biens industriels pour se concentrer sur les services. Du textile à la métallurgie, plusieurs secteurs, de moins en moins compétitifs, se sont ainsi expatriés dans des pays où la main-d'œuvre est moins chère. Quelque 2,5 millions d'emplois industriels ont ainsi été détruits, même si les gains de productivité ont également contribué, et davantage que les délocalisations d'ailleurs, au phénomène, tandis que la part de l'industrie dans la richesse nationale a été divisée par deux, passant de 22 % dans les années 1970-80 à 11 % depuis 2012 et jusqu'à aujourd'hui... En revanche, plus que la France et le Royaume Uni, l'Allemagne, mais aussi l'Italie, ont su préserver des pans entiers de l'industrie, qui représentent encore environ 25 % de leur richesse nationale.
« Après la crise financière et économique de 2008-2009, la vision a changé, avec la création d'outils tels que Bpifrance en 2012, France Industrie en 2018, et la French Tech en 2019. La réindustrialisation a pris place dans le débat public »,
confirme ainsi Max Blanchet, directeur exécutif, responsable de Supply Chain & Operations au sein d'Accenture. En outre, ajoute Anaïs Voy-Gillis, docteure en géographie, chercheuse associée à l'IAE de Poitiers et auteure de l'ouvrageVers la renaissance industrielle
(2020), avec Olivier Lluansi,« la réindustrialisation est redevenue un sujet central depuis mars 2020. La pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine ont rendu visibles les dépendances industrielles de la France, en raison de la désorganisation temporaire des chaînes d'approvisionnements ».
Masques, médicaments, respirateurs : la pandémie a en effet renforcé la prise de conscience quant à la nécessité d'assurer l'indépendance de la France dans ce domaine et dans d'autres, dont les semi-conducteurs - sans oublier la résilience, l'économie devant pouvoir résister à de tels chocs. Ce souffle nouveau, qui anime désormais aussi bien les élites que les élus et les acteurs de l'économie, doit encore se transformer en une véritable dynamique, qui permettrait,« dans 10 à 15 ans, de passer des 11 % actuels de part de l'industrie dans la richesse nationale à 20 % »
, poursuit Max Blanchet, également auteur deL'industrie France décomplexée
(2013),d'Industrie 4.0 : nouvelle donne industrielle, nouveau modèle économique
(2016) et deL'industrie du XXIe siècle
(2022). Mais, prévient-il,« la concurrence avec des pays qui font mieux, en Europe de l'Est, au Maghreb ou en Asie, reste entière. Il ne s'agit donc pas de relocaliser ou de créer des usines pour des produits de base, fabriqués en masse, mais de se concentrer sur des produits de haute qualité, adaptés, quasiment, au goût de chaque client, qui offrent une forte valeur ajoutée. »
Pas question, donc, de reproduire l'industrie « d'avant »... Et« ce ne sont plus, comme du temps de Renault à Boulogne-Billancourt, des usines avec 20 000 salariés, mais de petites unités, de l'ordre d'une cinquantaine d'emplois, auxquelles s'ajoutent de rares unités comme les nouvelles usines de batteries, de 2 000 emplois environ, très gourmandes en capital et très automatisées »,
précise de son côté Pierre Veltz, professeur émérite à l'École des Ponts ParisTech et dont le dernier ouvrage s'intituleBifurcations. Réinventer la société industrielle par l'écologie
(2022).Lysiane J. Baudu