A force de se transformer, le monde du travail voit apparaître des néologismes de toute sorte. Faute de pouvoir exprimer concrètement comment la frontière entre vie personnelle et vie professionnelle tend peu à peu à s’effacer.« Tracances » : contraction des mots vacances et travail, inventée au Québec mais dénaturée de son sens premier pour devenir un mot valise, voire fourre-tout. En France, on l'utilise pour désigner les salariés (le plus souvent cadres d'une entreprise de services) qui télétravaillent sur leur lieu de vacances sans pour autant être en vacances. Par extension, le mot est de plus en plus utilisé par ceux qui de gré, ou non, travaillent pendant leurs congés.
Pourtant, comme le précise Xavier Zunigo, sociologue du travail et fondateur du cabinet de conseil Olystic, « le concept, tel qu'il a été pensé au Québec, ne correspond pas à une invasion du travail sur le temps des vacances. Il répond aux besoins de secteurs dont la stratégie est la rétention des jeunes talents. Dans cet objectif, l'entreprise leur offre des temps exceptionnels dans lesquels ils peuvent télétravailler dans un autre cadre pendant un mois ou deux, avec parfois des aides financières. C'est une démarche positive ». Et les « tracances », au Québec cela existait bien avant le Covid.
Même son de cloche chez Forvis Mazars, où Laurent Choain, Chief Leadership, Education & Culture, rappelle illico que chez les anglo-saxons, le néologisme « worliday » contraction du mot work et holiday existe depuis les années 2010, une tendance qui, selon lui, correspond aux aspirations des plus jeunes.
« Les générations Y et Z n'hésitent pas à imposer leurs conditions à l'embauche. Or dans les métiers dits intellectuels, si vous n'êtes pas à leur écoute, il est difficile de transformer votre entreprise. Chez Forvis Mazars, nous avons une moyenne d'âge de 28 ans, de fait la notion de flexibilité, nous l'avons intégrée depuis longtemps. Et quand nous avons commencé à mettre en place une organisation pour la déconnexion, très clairement nos jeunes nous en dit d'arrêter et nous ont affirmé qu'ils souhaitaient une organisation qui soit smart ! Pour eux la question n'est pas de savoir à quel moment ils doivent ou pas envoyer un email. Ils veulent avoir la possibilité de le faire quand ils en ont envie. Leur message est : ne vous trompez pas de sujet. Ne légiférez pas à tout va mais donnez-nous la liberté de travailler comme nous le souhaitons ».
Autant dire une vraie révolution ! Car vu sous ce prisme, quid de l'encadrement et du management ? On mesure toute la difficulté à transformer un modèle "vieux comme le monde" reposant sur le fait qu'une organisation est efficace quand le contrôle des managers génère une productivité efficiente.