« La reprise est gourmande en trésorerie pour les entreprises » (Altarès)

Avec des défaillances d’entreprises en recul de 20,8% au cours du troisième trimestre 2021 par rapport à la même période l’année dernière, l’économie française semble s’inscrire dans un rythme de croissance soutenu. Sauf que la fin du quoi qu’il en coûte et la tendance à trop regarder le sujet davantage sous l'angle régional que départemental appellent les chefs d’entreprises à la vigilance, selon Thierry Millon, directeur des études chez Altarès, spécialiste de l'information sur les entreprises.

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(Crédits : DR)

Tsunami ou pas tsunami ? La question divise les experts, et le monde économique demeure suspendu à la moindre donnée qui irait dans un sens ou dans l'autre : va-t-on assister à un raz-de-marée de défaillances d'entreprises ? Pour l'heure, ce n'est pas le cas, et le baromètre Altarès ne dit pas autre chose : il fait état au troisième trimestre 2021 d'un recul de 20,8% du nombre de défaillances par rapport à la même période douze mois plus tôt. Avec 5.311 procédures collectives ouvertes exactement, le volume des jugements est deux fois moindre que celui observé avant-crise.

Pour autant, avec la fin du quoi qu'il en coûte au 31 janvier prochain, la reprise sera-t-elle suffisamment forte pour éviter un rattrapage du nombre de défaillances ? Même si la croissance française est forte (plus de 6% attendue en 2021, 4% en 2022), rien n'est moins sûr et c'est ce que décrypte Thierry Millon, directeur des études chez Altarès. Ce dernier demande en effet d'être moins béat et de considérer que parmi les entreprises créées peu avant ou pendant le Covid, certaines ont su s'appuyer intelligemment sur les aides du gouvernement, les faisant « durer » de façon artificielle, en quelque sorte. Un artifice qui ne devrait pas résister à la fin du quoi qu'il en coûte...

Le focus régional, l'arbre qui cache la forêt ?

Autre bémol émis, celui du regard porté sur l'état de l'économie en général et des défaillances en particulier, qui s'attarde à un niveau régional, sorte d'arbre qui cache la forêt, alors que le focus par département est à la fois plus précis et plus proche des réalités du terrain dans la mesure où un département peut être plus fragile que ce que laisse voir la photo d'ensemble prise sous un prisme régional. « Les régions sont de grandes régions et cela perturbe la lecture que nous pouvons avoir des données », précise Thierry Millon. Et si, actuellement, grâce aux prêts garantis par l'Etat (PGE) notamment, beaucoup d'entreprises disposent d'un niveau de trésorerie élevée, elles vont néanmoins devoir réaliser un exercice d'équilibriste. A cause de « deux cailloux dans la chaussure », celui représenté par les difficultés d'approvisionnement multiples -assorties d'une augmentation des prix - qui n'était pas forcément budgétées, et celui lié la difficulté à recruter la main d'œuvre nécessaire.

Carte défaillances Altares

Tout cela étant à replacer dans le cadre d'une « reprise plus forte que prévu. Or la reprise est gourmande en trésorerie. Les fonds propres doivent grandir au même rythme que la croissance », dit encore le directeur des études chez Altarès.

Voilà qui pose quelques interrogations pour envisager 2022. Comment accepter des commandes si on ne peut pas assurer le rendu et la livraison avec le risque de décevoir ses clients et de les perdre définitivement ?

« La fin du premier trimestre va demander de gérer les cotisations sociales. L'Urssaf, qui a aussi un rôle de régulateur de l'économie, a repris ses appels auprès des entreprises qui n'ont pas réglé ce qu'elles devaient. Pour l'heure nous sommes dans une période d'observation ». Mais il faudra aussi savoir séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire être en capacité de décider si l'entreprise est suffisamment solide pour obtenir un moratoire et quelle doit être la durée de ce moratoire.

L'expert-comptable, le conseiller qui vous veut du bien

Thierry Millon exhorte les entreprises de l'intérêt de faire appel aux expertises extérieures, capables de les aider à avoir la bonne attitude et donc la bonne trajectoire. « Octobre est habituellement un mois où les entreprises mettent les bouchées doubles, notamment commercialement, avant la clôture des comptes au 31 décembre. Tout est mis en œuvre pour inverser la trajectoire d'érosion du chiffre d'affaires, sachant que les entreprises vont rencontrer leurs partenaires bancaires en début d'année, négocier des lignes de trésorerie. Il faut donc convaincre le prêteur qui a déjà prêté »

Et d'inciter à s'appuyer sur les experts-comptables notamment, non pas pour dresser des bilans mais pour définir les stratégies à mettre en place, pour veiller au grain, éviter les avis de tempête. « Le conseil de l'expert-comptable est indispensable pour assurer un suivi précis ».

Et de rappeler l'aide aussi apportée par le dispositif Signaux faibles, outil d'analyse prédictif, né initialement en 2016 de la collaboration entre la Direccte et les Urssaf de Bourgogne-Franche-Comté, étendu depuis 2019 à l'ensemble des régions et qui s'est enrichi de fonctionnalités supplémentaires depuis mars 2020 pour justement être encore plus précis et signaler un risque d'entrée en procédure collective.

Pas de mur de faillites en 2022

Car oui, « les défaillances vont augmenter mais il ne faut pas le craindre ». Ce ne sera probablement pas sur cette fin d'année 2021. Le premier trimestre 2022 verra moins de clignotants au vert, prédit Thierry Millon, « mais nous ne serons pas sur une explosion des défauts d'entreprises ». La période correspond néanmoins à celle du début des remboursements de PGE. Ce qui exige de l'attention car même si le pourcentage de TPE PME qui ne pourront rembourser la première échéance est infinitésimal, le nombre d'entreprises concernées sera toujours à même d'abîmer le tissu économique.

Que penser de la PTSC, cette procédure de traitement de sortie de crise, en place depuis le 1er juin mais dont on attend encore le décret d'application et qui prévoit de permettre un étalement de la dette des TPE PME de moins de 20 salariés pendant 10 ans, PGE compris ? Du bien oui, mais. « Elle ne s'applique pas aux entreprises déjà en difficulté avant la période de crise », édulcore Thierry Millon. « Toute la difficulté du tribunal de commerce va être de définir qui est éligible ou pas ». De plus, la procédure est ouverte aux PME en cessation de paiement, mais capables de payer les salaires. Car le dispositif ne permet pas de faire appel aux AGS. Et, rappelle Thierry Millon, la période n'est que de trois mois pour présenter un plan. « C'est un bon dispositif, rapide à mettre en œuvre, mais opérationnel surtout pour les entreprises préparées ». Et d'en remettre une couche sur les procédures collectives amiables et confidentielles. Bref, on retiendra en l'adaptant aux circonstances, que comme le veut l'adage, la prévention est mère de sûreté.

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Commentaires 2
à écrit le 14/10/2021 à 13:03
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he oui, on redecouvre les cours d'analyse financiere, on va redouvrir les faillites a la fin des aides

à écrit le 14/10/2021 à 10:23
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Toujours la methode Coue tout va bien. Ce ne sera pas un tsunami, juste un raz de maree.

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