La surabondance d'épargne est inégalement répartie

Selon une note du conseil d'analyse économique (CAE), depuis le début de la crise, les ménages les plus modestes n'ont pas accumulé de surcroît d'épargne.
Grégoire Normand
(Crédits : Reuters)

La pandémie continue de faire trembler l'économie française près d'un an après l'arrivée du virus en Europe. Cette crise hors norme n'a cependant pas eu les mêmes effets sur l'ensemble des ménages. A partir de données bancaires inédites, le conseil d'analyse économique (CAE) indique dans une note rendue publique ce mercredi 27 janvier que si le revenu des ménages a globalement été préservé au regard de l'ampleur de la crise, le surcroît d'épargne accumulée concerne avant tout les Français au sommet de la pyramide. Ces travaux devraient alimenter les débats sur les politiques économiques et mesures fiscales à adopter pour relancer l'activité meurtrie par les différentes vagues épidémiques.

Lire aussi : Un reconfinement causerait une perte d'activité entre 10% et 18%, selon Bercy

Un surcroît d'épargne chez les catégories supérieures

Les deux périodes de confinement en 2020 ont fait grimper le taux d'épargne des Français à des taux inédits supérieurs à 20%. Cet excès d'épargne peut s'expliquer en partie par une consommation "empêchée" par l'aggravation de la situation sanitaire et des mesures d'endiguement décidées par les autorités. Lors de son intervention au mois de mars 2020, le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé la fermeture d'un grand nombre de secteurs jugés à l'époque "non essentiels". A cela s'ajoutait, un confinement strict d'une vaste proportion de la population française. Résultat, la part des revenus épargnée par les Français a décollé pendant ces huit semaines de mise sous cloche de l'économie. Dans leurs travaux les économistes Étienne Fize, Camille Landais et Chloé Lavest montrent que ce phénomène est loin de concerner l'ensemble des Français.

"Les ménages les moins aisés ont connu une évolution légèrement négative de leurs niveaux d'épargne brute par rapport à une situation pré‐Covid, ce qui n'est pas le cas pour les autres groupes. Les plus aisés notamment, même s'ils ont souffert de la baisse des cours boursiers au début de la crise, ont eu tendance à épargner de façon plus importante qu'en temps normal, du fait de la très forte chute de leur consommation."

Chute de la consommation dans les loisirs

L'un des facteurs qui peux expliquer ce surcroît d'épargne chez les plus riches est la chute abyssale de la consommation dans le domaine des loisirs. La pandémie a provoqué un effondrement des achats de services dans le contexte des fermetures administratives. Or, ces achats concernent avant tout les ménages les plus aisés. En effet, l'examen des données de cartes bancaires montrent que "la part de la consommation par cartes sur les secteurs de l'hôtellerie, agences de voyages, bars et restaurants ne représente que 9,1% pour les ménages du premier décile, 9,4 % en moyenne et 12,4 % dans les ménages du dernier décile" relève le centre de recherches. En revanche, la consommation des ménages les plus modestes a accéléré au moment de la levée des restrictions sanitaires par l'effet d'un rattrapage et leur plus forte propension à consommer.

Le danger d'une épargne de précaution pour la reprise

Si les ménages modestes ont accumulé peu d'épargne en 2020, ce n'est pas le cas des classes moyennes intermédiaires et supérieures. Certains économistes redoutent que l'épargne contrainte par une consommation empêchée se transforme en épargne de précaution. En effet, l'aggravation récente de la crise sanitaire et la multiplication des variants sur le territoire français et européen plongent une nouvelle fois les salariés et les entreprises dans un épais brouillard. La perspective d'un troisième confinement assombrit encore l'horizon économique même si la campagne vaccinale laisse entrevoir le bout du tunnel.

"la dégradation des anticipations des ménages, en particulier en matière d'emploi, suggère que les ménages peuvent chercher à accumuler une épargne de précaution pour faire face à des chocs futurs sur leurs revenus. L'effet combiné des restrictions sanitaires et de l'augmentation de l'épargne de précaution est susceptible d'affecter négativement la consommation" signalent les économistes dans leurs travaux.

 La situation préoccupante des jeunes

Les économistes dressent un panorama particulièrement alarmant de la situation financière des jeunes entre 20 et 25 ans à partir des données bancaires du Crédit Mutuel. Si le revenu des ménages a été globalement protégé, celui des jeunes a subi un véritable décrochage de l'ordre de 5 à 10% depuis le mois d'août 2020. Les destructions de milliers d'emplois habituellement occupés par les jeunes actifs comme les jobs d'étudiants, les CDD, les contrats saisonniers ont précipité beaucoup d'entre eux dans une paupérisation préoccupante.

"Si la part de ménages « dans le rouge » a baissé pour l'ensemble de la population, la situation est moins favorable et plus volatile pour les étudiants et potentiellement inquiétante chez les jeunes actifs pour qui cette part est, depuis le mois de mai, souvent plus élevée en 2020 par rapport à 2019" notent les économistes.

 > Lire aussi : Coronavirus : les jeunes se vivent comme la génération sacrifiée de la crise

Grégoire Normand

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Commentaires 13
à écrit le 28/01/2021 à 22:41
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Les cigales salivent sur l'épargne des fourmis...

le 29/01/2021 à 8:19
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C'est pas avec des métaphores aussi euphémisées que vous mettrez en relief la pathologique cupidité de vos "cigales" qui ne sont que nos propriétaires de capitaux et d'outils de production du monde, à savoir les milliardaires pour 90%. On peut parler...

le 29/01/2021 à 10:20
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Les cigales peuvent toujours saliver, car les fourmis dans leur grande stupidité mettent leurs noisettes chez l'écureuil qui se fait un festin d'enfer.

à écrit le 28/01/2021 à 13:39
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On économise un peu, mais bien moins, les escrocs sont de retour, moi ça ne me touche pas mais! 3,5% sur le gaz (pourquoi se gêner) 68€ controle technique il y a peu c'était 40, 58€ l'heure chez le garagiste, avant c'était 40, 200 € la carte grise c'...

à écrit le 28/01/2021 à 13:12
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Encore des contre- vérités médiatique ..

à écrit le 28/01/2021 à 13:12
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Bref! On instillerai l'idée, que le pouvoir tient a réduire les inégalités. Cela, en prenant sur ceux qui n'ont pas dépensé par précaution, pour donner a ceux qui n'ont pas les moyens de dépenser! Bien sur sans avoir a mettre a contribution ceux qui ...

à écrit le 28/01/2021 à 11:13
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on peut rappeler que pour les huit millions de salariés mis au chômage partiel depuis un mois et le début de la crise économique liée au coronavirus Covid-19, cette situation se mesure aujourd'hui par la baisse de leur pouvoir d'achat. Une chute qui ...

à écrit le 28/01/2021 à 10:49
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"les ménages les plus modestes n'ont pas accumulé de surcroît d'épargne. " ben oui, lapalissade, c'est rassurant qu'une étude le confirme. L'ennui des "moyennes" où les français ont accumulé des milliards, pas tous, certains zéro euro économisé. Y a...

le 28/01/2021 à 16:35
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Compte tenu du prix du m2 habitable dans ce pays, bien sûr que les ménages modestes n'ont pas accumulé d'epargne ! Nos élites sont encore plus déconnectées de la réalité que je ne le pensais. L'epargne, c'est comme les sports d'hiver, les journaliste...

à écrit le 28/01/2021 à 10:42
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bref, on prepare un discours pour dire qu'une partie de l'epargne sera consfisquee, et ca ca servira a des cheques pour ceux qui ne travaillent pas ( pas ceux qui ont eu un coup du sort, genre serveuse, non, les assistes professionnels , nuisibles qu...

à écrit le 28/01/2021 à 10:15
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Ce confinement a gonflé mon épargne dont une partie a été investie en bourse et une autre pour soutenir soit des assos soit directement auprès d’aides locales pour les personnes en difficulté . Par contre je me rends compte que la crise aura des inci...

à écrit le 27/01/2021 à 21:14
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Encore une étude pour nous dire que les riches ont une plus grosse épargne que les pauvres. Prix Nobel assuré.

à écrit le 27/01/2021 à 20:22
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Oh quelle surprise ! On ne s'en serait pas douté... "Ces travaux devraient alimenter les débats sur les politiques économiques et mesures fiscales à adopter" Que dalle. Ca ne va rien alimenter du tout. Nos gouvernants ne vont rien découvrir du tout...

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