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France : croissance en berne, craintes sur le déficit public... Bruno Le Maire annonce un coup de rabot sur les dépenses de l'Etat

latribune.fr

Publié le 19 février 2024 à 05:26 - Mis à jour le 19 février 2024 à 10:55

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire

Reuters

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le gouvernement révise à la baisse sa prévision de croissance pour 2024. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, table désormais sur une croissance de 1%, a-t-il annoncé au journal télévisé de TF1 dimanche. Dans le même temps, une source du ministère anticipe, ce lundi, un déficit public plus important que les 4,9% prévu pour 2023. Et ce, alors qu'un plan d'économies de 10 milliards d'euros sur les dépenses de l'Etat sera mis en place dans les prochains jours.

[

Article publié dimanche 18 février 2024 à 20h30, mis à jour lundi 19 février à 11h]
De quoi compliquer une équation budgétaire déjà difficile à tenir. Alors qu'il était évident depuis de nombreuses semaines que la prévision de croissance qui a servi à bâtir le budget 2024 (+1,4%) était difficilement tenable au regard de la stagnation de l'activité économique observée au cours du deuxième semestre de l'année dernière, Bruno Le Maire a révisé les chiffres à la baisse. Le ministre de l'Economie table désormais sur une croissance de 1% a-t-il annoncé ce dimanche au 20 heures de TF1, en raison du « contexte géopolitique » lié à la guerre en Ukraine, au Moyen-Orient, au « ralentissement économique très marqué en Chine » et  à « une récession en 2023 en Allemagne ».

En outre, s

elon une source au ministère de l'Economie interrogée par l'AFP ce lundi, le déficit public pourrait dépasser l'objectif de 4,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2023. « S'agissant du déficit 2023, la réalité c'est que nos recettes ont été beaucoup moins dynamiques que prévu en fin d'année et qu'il sera probablement difficile de tenir le 4,9% en 2023 », a indiqué cette source. Et ce alors que, la veille, Bruno Le Maire a maintenu l'objectif de le ramener à 4,4% du PIB en 2024, puis sous la limite européenne de 3% en 2027. Un « budget rectificatif »  pourrait néanmoins être décidé cet été en fonction de l'évolution de la situation si situation géopolitique, notamment en Ukraine.

10 milliards d'euros d'économies à trouver

En réponse au scénario d'une croissance plus faible -signifiant moins de recettes fiscales pour l'Etat- couplée à une dégradation des comptes publics, Bruno Le Maire a annoncé, dimanche, la mise en place dans les jours qui viennent d'un plan d'économies de 10 milliards d'euros. « Moins de recettes ça doit nous amener à moins de dépenses pour tenir notre objectif de 4,4% de déficit en 2024 », a-t-il affirmé ce lundi au cours d'un échange avec la presse.

Ce plan ne porterait cependant non « pas sur les Français » mais sur les « dépenses de l'Etat » : 5 milliards sur les dépenses de fonctionnement de tous les ministères et 5 milliards sur d'autres secteurs comme l'aide publique au développement (un peu moins d'un milliard), 

MaPrimeRénov'

 (1 milliard), des opérateurs de l'Etat comme Business France ou France Compétences (1 milliard). Il n'y aura pas de hausse d'impôts, a prévenu Bruno Le Maire, et le projet de baisser les impôts pour les classes moyennes est maintenu.
« Ce n'est pas la Sécurité sociale qu'on va toucher, ce n'est pas les collectivités locales qu'on va toucher », a déclaré Bruno Le Maire.

Pour Thomas Cazenave, le ministre des Comptes publics, ces 10 milliards d'euros d'économie sont de nature à « convaincre nos partenaires du sérieux de notre gestion des finances publiques et surtout de notre détermination à ce que nous ne les laissions pas dériver », a-t-il observé ce lundi.

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Simplification

Pour relancer la machine, Bruno Le Maire a rappelé jeudi dernier « l'enjeu politique » de la simplification, en France et dans l'UE. Un projet de loi sur la simplification est prévu d'ici à l'été en reprenant des propositions d'un rapport de 5 parlementaires intitulé « Rendre des heures aux Français ». Rendu public jeudi dernier, ce dernier propose 14 mesures de simplification de la vie des chefs d'entreprise. Y figurent par exemple la réduction des délais pour saisir le conseil des prud'hommes lorsque le salarié conteste un licenciement (2 mois contre 12 actuellement) ou la possibilité de déroger aux accords de branche pour les entreprises de moins de 50 salariés.

« Une des raisons fondamentales de ce manque de croissance est l'excès de normes (...) qui alimente la colère des entrepreneurs, des agriculteurs, et donc nourrit les extrêmes en Europe », avait lancé Bruno Le Maire. Pour lui, il faut « débureaucratiser la croissance européenne », pour retrouver de la croissance.

Le ministre de l'Economie est, d'ailleurs, favorable à distinguer les réformes demandées par le Président de la République Emmanuel Macron en trois textes, cette loi de simplification, un texte sur les professions réglementées et un autre sur l'attractivité de la place financière de Paris.

De son côté, Thomas Cazenave, a annoncé ce lundi la mise en place dès 2024 d'une participation forfaitaire des salariés au compte personnel de formation (CPF) pour « générer 200 millions d'euros d'économies sur un total de 2 milliards ».

Colère des syndicats et des écologistes

Mais le projet fait grogner syndicats et associations. Le ministre « a choisi l'injustice », a réagi Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat, dénonçant des « économies sur le dos des plus vulnérables », sur l'aide publique au développement et le soutien à la rénovation thermique. « Le climat et le pouvoir d'achat seront les perdants », affirme-t-elle. La hausse du budget consacré à la Transition écologique est, en effet, ramenée de 10 milliards à 8,6 milliards, a précisé le ministre Christophe Béchu dans un communiqué, vantant néanmoins « une hausse sans précédent » de son budget. La hausse du Fonds vert « initialement prévu à 500 millions d'euros, sera limitée à 100 millions d'euros », a précisé son cabinet.

De son côté, la CGT a dénoncé vendredi une « remise en cause des droits sociaux »

« Une fois de plus, sous couvert de "simplification", c'est surtout une nouvelle atteinte aux droits et garanties des salariés qui est prônée, comme si ces droits empêchaient les entreprises de fonctionner! », s'est insurgée dans un communiqué la CGT.

Pour rappel, Emmanuel Macron a annoncé mi-janvier un « acte II de la réforme du marché du travail » avec des « règles plus sévères » pour tenter d'atteindre le plein-emploi en 2027. La semaine dernière, Gabriel Attal a, de son côté, promis de « lever un à un les carcans qui brident les Français » et a annoncé qu'un projet de « loi Macron 2 » sera présenté avant l'été « pour libérer l'activité économique, la croissance et le développement industriel ».

Le chômage remonte

Le Graal du plein emploi n'est, en effet, pas pour tout de suite : le taux de chômage est resté stable au quatrième trimestre 2023, à 7,5%, selon l'Insee qui a légèrement revu à la hausse le taux du trimestre précédent (+0,1). Le taux de chômage est ainsi supérieur de 0,4 point à son niveau de fin 2022, qui était le plus bas depuis 1982. Il demeure nettement au-dessous de son pic de mi-2015 (10,5%). Emmanuel Macron, a réitéré mi-janvier l'objectif d'atteindre le plein emploi en 2027, soit un taux de chômage autour de 5%.

A son arrivée à l'Elysée en 2017, le taux de chômage s'élevait à 9,5%. Il a baissé de façon quasi-continue depuis 2015, mais la machine commence à s'enrayer ces derniers mois. L'OFCE indiquait mi-octobre s'attendre à une remontée à 7,9% fin 2024. La Banque de France a aussi prédit mi-septembre que le taux de chômage remonterait progressivement jusqu'à 7,8% en 2025. Et, en décembre, l'Insee a prévu que le chômage atteindrait 7,6% au premier trimestre 2024, avant de se stabiliser au deuxième trimestre.

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Dans ce contexte, « l'objectif du plein emploi de 5% en 2027 est difficile à atteindre », indiquait récemment Nathalie Chusseau, économiste à l'Université de Lille, citée par l'AFP. D'autant que la réforme des retraites, qui a relevé l'âge de départ à 64 ans, « va mécaniquement augmenter le nombre d'actifs sur le marché du travail », indiquait récemment Mathieu Plane, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). Avec en même temps de nouvelles arrivées de jeunes, ce sont « environ 500.000 actifs en plus d'ici fin 2027 que les entreprises vont devoir absorber », ajoute l'économiste.

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