Le prolongement de la crise sanitaire mine le moral des chefs d'entreprise

L'optimisme des chefs d'entreprise a plongé de 7 points entre décembre et janvier pour s'établir à 80, soit un niveau inédit depuis mai 2021, selon la Grande consultation des entrepreneurs réalisée par OpinionWay pour CCI France, La Tribune et LCI. L'usure et la lassitude plombent le moral des dirigeants.
Grégoire Normand

4 mn

Près de 40% des chefs d'entreprise expriment un sentiment de fatigue et 30% ont indiqué de l'incertitude dans la dernière grande consultation des entrepreneurs.
Près de 40% des chefs d'entreprise expriment un sentiment de fatigue et 30% ont indiqué de l'incertitude dans la dernière grande consultation des entrepreneurs. (Crédits : Reuters)

Fatigue, incertitude, inquiétude...l'état d'esprit des chefs d'entreprise n'est pas vraiment au beau fixe en ce début d'année 2022. Le prolongement de la crise sanitaire depuis plus de deux ans, les records quotidiens des contaminations, les vagues à répétition ont plongé un grand nombre de secteurs dans un épais brouillard. A cela s'ajoutent les difficultés d'approvisionnement, la fièvre des prix de l'énergie et des matières premières.

Selon la dernière Grande consultation des entrepreneurs réalisée par OpinionWay pour CCI France, La Tribune, et LCI, l'indicateur qui mesure l'optimisme à l'intérieur des entreprises a perdu 7 points entre décembre et janvier pour s'établir à 80, soit un niveau bien inférieur à sa moyenne de long terme (100).

Il retrouve ainsi un niveau inédit depuis mai 2021. Après avoir oscillé autour de 100 entre l'été et le mois de novembre, cet indicateur ne cesse de chuter pour avoir perdu près de 25 points depuis novembre. L'apparition du variant Omicron en Afrique du sud et sa propagation sur l'ensemble du Vieux continent ont assombri les perspectives. La plupart des instituts de conjoncture ont révisé à la baisse leurs projections de croissance en 2022. Cette semaine, le Fonds monétaire international (FMI) dans la dernière mise à jour de ses projections table sur une croissance du PIB tricolore de 3,5% contre 3,9% à l'automne dernier.

60% des dirigeants rencontrent des difficultés liées à la vague de contamination

Sur l'ensemble du panel interrogé par l'institut de sondages, six chefs d'entreprise sur 10 ont exprimé au moins une difficulté et 4 sur 10 ont exprimé plusieurs difficultés en ce début d'année 2022.

Parmi les obstacles les plus fréquemment cités figure en premier lieu la mise en place du télétravail obligatoire trois jours par semaine pour 56% des entreprises interrogées. Viennent ensuite les absences liées aux cas contacts (29%), les difficultés d'approvisionnement (24%), les problèmes de trésorerie (17%) ou encore la gestion des stocks (11%). Il faut dire que les différentes vagues de pandémie ont entraîné de fortes perturbations entre l'offre et la demande dans un grand nombre de secteurs depuis le printemps 2020.

A l'opposé, les difficultés de gestion du personnel (8%) ou encore les problèmes de recrutement (8%) apparaissent en bas de tableau. Evidemment, il peut exister de fortes disparités entre les secteurs. La mise en place du travail à distance par exemple laisse apparaître un fossé spectaculaire entre les entreprises de 0 à 9 salariés (57%) et celle de plus de 10 salariés (34%).

Deux tiers des patrons s'opposent aux sanctions annoncées par le gouvernement

Face aux entreprises récalcitrantes dans l'application des mesures sanitaires, l'exécutif avait décidé il y a quelques semaines de durcir le ton. Malgré les consignes gouvernementales renforcées, le télétravail n'a pas progressé de façon notable début janvier, selon un récent sondage Harris interactive pour le ministère du Travail.

Au cours de la semaine du 3 au 9 janvier, parmi les actifs pouvant télétravailler facilement, 60% avaient ainsi télétravaillé au moins partiellement (58% mi-décembre), les chiffres progressant davantage en Île-de-France (passant de 62% à 69%).

Le gouvernement a depuis prévu des sanctions pour les entreprises qui ne jouent pas le jeu, avec le projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal adopté par le Parlement. Le texte prévoit la possibilité d'amendes administratives pour les entreprises ne respectant pas les consignes sanitaires, notamment en matière de télétravail. Ces amendes pourront aller jusqu'à 500 euros par salarié, dans la limite de 50.000 euros.

Lire aussi 4 mnTélétravail : ces sanctions (presque) impossibles à appliquer pour le gouvernement

Présidentielle : une moindre proportion de dirigeants juge le pouvoir d'achat et l'emploi prioritaires

La contagiosité du variant Omicron et les questions sanitaires semblent prendre le pas sur les thèmes économiques et sociaux de la campagne présidentielle. A moins de 90 jours du premier tour du scrutin, la proportion de chefs d'entreprise qui estiment que le pouvoir d'achat, l'emploi et l'environnement est en perte de vitesse depuis l'automne. Cette baisse vertigineuse montre que "malgré l'approche du scrutin, les dirigeants ne manifestent que peu d'espoir à cet égard" soulignent les auteurs du baromètre.

(*) Méthode : étude réalisée auprès d'un échantillon de 610 dirigeants d'entreprise. L'échantillon a été interrogé par téléphone du 11 au 21 janvier. La représentativité de l'échantillon a été assurée par un redressement selon le secteur d'activité et la taille de l'entreprise.

Grégoire Normand

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Commentaires 4
à écrit le 27/01/2022 à 10:49
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Somme toute logique !

à écrit le 27/01/2022 à 8:37
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Et ce sont les moins démolis, le milieu salarial aura été complètement traumatisé et mettra des années à s'en remettre s'il s'en remet, déjà que le travail n'avait pas besoin de ça avec les mesures sanitaires imposées hétérogènes c'est une véritable ...

à écrit le 27/01/2022 à 8:34
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"Le prolongement de la crise sanitaire" Pendant ce temps : Le gouvernement a décidé que le coronavirus ne devait plus être considéré comme une maladie menaçante pour la société", a déclaré la Première ministre danoise, Mette Frederiksen.

à écrit le 27/01/2022 à 7:11
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Tu m'étonne, que les chefs d'entreprise l'aient mauvaise, on les empêche de faire venir leurs employés, pour une maladie qui n'existe pas. Ils doivent en avoir raz le bol

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