Le rebond économique au T3 révisé à la hausse, plus forte augmentation des revenus depuis 37 ans

Le déconfinement au printemps a entraîné un rebond économique plus fort qu'anticipé selon l'Insee (18,7% contre 18,3% auparavant). Le revenu des ménages a bondi de 3,7% en rythme trimestriel, soit sa plus forte augmentation depuis 1983. Cette hausse spectaculaire de l'activité et des revenus est cependant loin de compenser les pertes abyssales enregistrées au printemps.
Grégoire Normand
Photo d'illustration. Au-delà du rebond mécanique provoqué par le déconfinement, les séquelles de la crise risquent de marquer profondément le tissu productif tricolore avec la seconde vague et toutes les mesures de restriction décidées au cours de l'automne.
Photo d'illustration. Au-delà du rebond mécanique provoqué par le déconfinement, les séquelles de la crise risquent de marquer profondément le tissu productif tricolore avec la seconde vague et toutes les mesures de restriction décidées au cours de l'automne. (Crédits : CHARLES PLATIAU)

Les chiffres de la crise continuent de donner le vertige. Après une chute cataclysmique au printemps, le produit intérieur brut (PIB) a rebondi plus fort qu'anticipé entre juillet et septembre. Selon la dernière livraison de l'Insee, rendue publique ce vendredi 27 novembre, l'activité a augmenté de 18,7% au cours du troisième trimestre contre 18,3% lors de la précédente estimation. Les statisticiens ont ainsi révisé de 0,4 point leurs chiffres sur cette période.

L'ampleur de la crise a bousculé les méthodes traditionnelles des conjoncturistes de l'organisme. La construction des indicateurs à l'aide des données à haute fréquence et le confinement des enquêteurs peuvent parfois aboutir à d'importantes révisions. "Les révisions tiennent principalement à l'intégration de nouveaux indicateurs pour le mois de septembre, notamment concernant la consommation des ménages et l'investissement en services", ajoute l'Insee. La levée des mesures de confinement à la fin du printemps et le ralentissement de la progression du virus ont entraîné un rebond mécanique de l'économie.

Malgré cette hausse spectaculaire, les pertes enregistrées au pic de l'épidémie au printemps seront loin d'être compensées. "Le PIB demeure néanmoins nettement en dessous de son niveau d'avant la crise sanitaire : en volume, le PIB est inférieur de 3,9% à son niveau du troisième trimestre 2019 (au lieu de -4,3% à la précédente estimation)", explique l'institut.

En outre, beaucoup de secteurs, comme la restauration ou l'hôtellerie, ne vont jamais pouvoir rattraper le chiffre d'affaires perdu pendant les huit premières semaines strictes de confinement. Au-delà du rebond mécanique provoqué par le déconfinement, les séquelles de la crise risquent de marquer profondément le tissu productif tricolore avec la seconde vague et toutes les mesures de restriction décidées au cours de l'automne. "Si la France réussit son déconfinement, le quatrième trimestre serait tout de même négatif. Le rebond au mois de décembre permettrait de limiter les pertes. En 2020, la croissance serait entre -9% et -10%", déclarait l'économiste de Natixis, Jean-François Robin, lors d'une réunion avec des journalistes mardi dernier.

La demande s'envole

La mise sous cloche de l'économie pendant le premier confinement a entraîné un choc inédit sur la demande, moteur essentiel de l'économie hexagonale. Du jour au lendemain, les dépenses de consommation ont plongé dans de nombreux secteurs fermés administrativement.

Au moment du déconfinement, toutes les composantes de la demande intérieure se sont envolées. Les dépenses de consommation des ménages ont accéléré vivement (+17,9% contre -11,4% au second trimestre). La consommation des administrations publiques a également enregistré une hausse impressionnante (+15,5%).

Enfin, si les investissements sont repartis vigoureusement (+23,5%), ils ne permettent pas de rattraper le niveau enregistré en 2019. L'année dernière, l'investissement public avait été dopé par le cycle électoral favorable à l'approche des élections municipales. Au total, la contribution de la demande à la richesse produite lors de ce second trimestre est de 19,5 points contre -12,3 points au second trimestre.

Plus fort rebond du revenu des ménages depuis 1983

Cette pandémie bouscule tous les repères de la statistique conjoncturelle. Les données communiquées par l'institut basé à Montrouge montre que le revenu brut des ménages a connu sa plus forte hausse trimestrielle depuis 1983 (+3,7%). Les salaires reçus pendant la saison estivale par une grande partie de la population active ont boosté les revenus des Français (+13,8% contre -10,8%). L'amélioration de l'emploi a également contribué à cet élan.

"Cette hausse des revenus primaires est néanmoins partiellement contrebalancée par le recul des prestations sociales (-6,2% après +8,3%) qui restent à un niveau élevé par rapport à leur niveau d'avant la crise sanitaire (+5,0% en glissement annuel)", ajoute l'organisme public.

En parallèle, les prix à la consommation ont légèrement augmenté (+0,2% après avoir été en territoire négatif au second trimestre). Sur ce troisième trimestre, une bonne partie de la hausse du pouvoir d'achat peut s'expliquer par un net accroissement des revenus du travail et une baisse de l'indemnisation de l'activité partielle. Si les mesures de chômage partiel ont permis de limiter dans un premier temps les pertes d'emplois, elles ont eu des répercussions sur le revenu des salariés.

Une baisse de l'épargne

Au cours de ce trimestre, il y a clairement eu un effet ciseau entre la consommation et l'épargne. L'Insee explique que le taux d'épargne a chuté de 10 points pour passer de 26,5% à 16,5%. Il reste à un niveau supérieur à sa moyenne de 2019 (14,9%). Pendant le confinement, les Français ont accumulé une montagne d'épargne forcée évaluée à plusieurs dizaines de milliards d'euros. L'ampleur de la récession pourrait transformer cette "épargne contrainte" en "épargne de précaution" pour de nombreux ménages qui redoutent la montée du chômage et la perte de revenus. Si les annonces d'un vaccin et le ralentissement de l'épidémie ont pu donner des lueurs d'espoir dans les milieux économiques et financiers, de nombreux ménages paient déjà les conséquences désastreuses de cette catastrophe sanitaire.

Résultat, la consommation, qui reste un déterminant majeur de l'économie tricolore, pourrait tourner à un régime au ralenti pendant encore de nombreux mois si les ménages modestes, qui ont souvent une plus forte propension à consommer, se retrouvent dans une situation économique et sociale tendue. En effet, même si le gouvernement de Jean Castex a annoncé des mesures pour les ménages en bas de la distribution, de nombreuses dépenses pré-engagées (loyer, hausse des factures énergétiques, dépenses dans les télécommunications) continuent de miner le pouvoir d'achat de ces catégories. En effet, le poids des dépenses de logement dans le revenu des ménages a considérablement augmenté alors que le revenu de certaines catégories a stagné depuis la crise de 2008. Une étude du ministère de la Santé publiée en 2018 rappelait qu'"avant soixante ans, la dépense pré-engagée en logement couvre 28% de la dépense totale des ménages pauvres et 24% de celle des catégories modestes non pauvres".

> Lire aussi : Les classes moyennes victimes des dépenses pré-engagées

Le commerce extérieur retourne temporairement dans le vert

La propagation du virus sur l'ensemble des continents de la planète a chamboulé le commerce mondial de biens et services. Beaucoup de pays ont décidé de fermer leurs frontières et les activités portuaires ont été considérablement réduites. En Chine et dans les pays émergents asiatiques, les usines ont tourné au ralenti pendant plusieurs semaines affectant l'approvisionnement de biens intermédiaires pour d'autres économies. En parallèle, la France a également enregistré une chute de ses exportations au printemps. Après cette période troublée, les exportations ont fortement augmenté (22,5% contre -25,1%) au second trimestre. Là encore, cette accélération est loin de compenser les pertes abyssales du premier confinement. La contribution du commerce extérieur à la valeur ajoutée est négative sur les trois premiers trimestres de l'année. La France reste profondément marquée par un commerce extérieur en berne avec un solde des échanges souvent déprimé. La pandémie actuelle, qui a frappé violemment les secteurs de l'aéronautique, du luxe et du tourisme, pourrait avoir des répercussions à long terme sur l'appareil exportateur français déjà meurtri par des années de désindustrialisation.

Grégoire Normand

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