Législatives : tous les points forts à retenir de ce second tour

Retrouvez les derniers résultats. Avec 245 députés, la coalition macroniste Ensemble! a largement perdu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, face à l'alliance de la gauche unie Nupes qui, avec 137 députés, devient la principale force d'opposition, tandis que le Rassemblement national obtient 89 sièges.
Les Français étaient appelés aux urnes dimanche 19 juin pour la 4e fois en deux mois, pour élire leurs représentants à l'Assemblée nationale.
Les Français étaient appelés aux urnes dimanche 19 juin pour la 4e fois en deux mois, pour élire leurs représentants à l'Assemblée nationale. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)

Pas de majorité absolue pour le parti présidentiel, le scénario du pire

Deux mois après sa réélection, le chef de l'Etat qui avait exhorté plusieurs fois les Français à lui donner « une majorité forte et claire » n'a pas été entendu et voit même le RN, désigné comme l'ennemi N.1 de la présidentielle, débarquer massivement, et contre toute attente au Palais-Bourbon avec 89 sièges. Comme l'a affirmé le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, dimanche soir, il faudra au parti présidentiel « faire preuve de beaucoup d'imagination » pour agir dans cette « situation inédite ». « On composera avec tous ceux qui veulent faire avancer le pays, la main est tendue », a affirmé pour sa part la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, après des résultats jugés « décevants ». Selon le ministère de l'Intérieur, Ensemble!, le camp présidentiel a obtenu 245 sièges à l'issue des élections législatives dimanche, en dessous de la majorité absolue (établie à 289 sièges sur 577) et se retrouve donc contraint de chercher des alliances pour légiférer. Dans le détail, 170 députés sont issus de Renaissance (ex-LREM), 46 du MoDem, 26 d'Horizons, et trois du Parti radical.

La Première ministre Elisabeth Borne a souligné que «cette situation inédite constitue un risque pour notre pays». Sur un ton plus volontaire, elle a promis de « travailler dès demain (lundi) à construire une majorité d'action, il n'y a pas d'alternative». Si elle est reconduite...Dès dimanche soir, le député LFI Eric Coquerel a estimé qu'elle ne pouvait plus «continuer à être Première ministre», et annoncé que l'opposition déposerait «une motion de censure» contre son gouvernement le 5 juillet.

La Nupes devient « la 1ère force d'opposition »

Le camp Macron devra en effet batailler face à une gauche unie (LFI, PS, EELV et PCF), qui devient la première force d'opposition avec 137 sièges de députés. Dans le détail, 72 députés sont élus sous la nuance Nupes-LFI, 26 sous Nupes-PS, 23 sous Nupes-EELV et 12 sous Nupes-PCF. La députée LFI Clémentine Autain a salué une « percée incroyable », y voyant une « validation de la stratégie portée par Mélenchon ». Au premier tour, la majorité sortante était arrivée au coude-à-coude - autour de 26% des voix - avec l'alliance de gauche.

Plusieurs responsables de la coalition de gauche ont également relativisé le résultat de la Nupes. La gauche « progresse en nombre de députés parce que nous étions unis, mais en nombre de voix nous ne progressons pas et il va falloir réussir à dépasser ce plafond de verre si nous voulons demain gouverner ce pays », a déclaré le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, réélu dans le Nord.

« Le parti du Président n'a pas gagné. C'est le cas également de la Nupes. On avait ambitionné d'avoir une force politique bien plus importante que ce qu'on nous donne comme résultat ce soir », a regretté de son côté l'eurodéputé écologiste David Cormand.

Percée historique du RN

La majorité devra aussi composer avec un Rassemblement national renforcé qui, avec de 89 sièges sièges, constitue la grande surprise de ce deuxième tour ; un « tsunami », s'est félicité le président par intérim du parti Jordan Bardella, alors qu'en 2017 le RN ne comptait que huit élus en 2017. Le RN sera en mesure de former facilement un groupe parlementaire, soit au moins 15 députés, ce qui donne davantage de moyens et de temps de parole. Le parti de Marine Le Pen, réélue dans le Pas-de-Calais, n'y était parvenu qu'une fois dans son histoire, de 1986 à 1988, du temps du Front national, grâce à la proportionnelle (35 députés).

Marine Le Pen a promis « de constituer un groupe d'opposition déterminant face aux déconstructeurs d'en haut, les macronistes, et aux déconstructeurs d'en bas, cette extrême gauche antirépublicaine ». Elle a aussi affirmé que les membres de son groupe formeront « l'avant-garde de cette élite politique qui prendra la responsabilité du pays lorsque l'aventure Macron aura pris fin ».

Les Républicains se rêvent en faiseurs de roi

Les Républicains gagne 61 sièges et son allié UDI trois, contre une centaine dans la précédente législature. Les divers droite obtiennent neuf sièges. Un chiffre quasi inespéré vu le crash de LR à la présidentielle. Leur position sera centrale dans l'Assemblée puisque le camp Macron aura besoin de voix pour atteindre la majorité absolue.

L'ancien ministre de droite Jean-François Copé, s'est montré ouvert à la «main tendue» par l'exécutif. «Depuis des semaines, je répète qu'un pacte de gouvernement est vital entre Macron et LR afin de lutter contre la montée des extrêmes», a-t-il écrit sur Twitter. L'ancien ministre défendra cette ligne ce lundi devant le Conseil stratégique de LR. Mais le patron des Républicains (LR) Christian Jacob a d'ores et déjà opposé une fin de non-recevoir aux appels du pied de la macronie : «nous sommes dans l'opposition, nous resterons dans l'opposition», a-t-il assuré.

Ces ministres et ténors de la « macronie » battus

Des membres du gouvernement et des figures importantes de la « macronie » ont été vaincus dans les urnes. Christophe Castaner, proche du chef de l'Etat, s'est incliné dans son fief des Alpes-de-Haute-Provence, tout comme le président de l'Assemblée nationale sortante Richard Ferrand, éliminé de justesse par une candidate socialiste dans le Finistère. La ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, a été battue dans le Pas-de-Calais où elle était élue depuis 2012, tout comme la ministre de la Transition écologique Amélie de Montchalin dans l'Essonne, selon une estimation de TF1. La ministre de la Mer Justine Benin, défaite dans sa circonscription de Guadeloupe, devra-elle aussi quitter le gouvernement, selon une règle édictée par l'Elysée en 2017 et reconduite cette année. L'ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu, a été battu dans la 7e circonscription du Val-de-Marne, à Chevilly-Larue par la candidate Nupes Rachel Keke, une femme de chambre.

Ceux qui restent

Quinze membres du gouvernement d'Elisabeth Borne étaient candidats, dont la Première ministre, qui l'a emporté avec environ 53% des suffrages dans le Calvados, pour la première fois de sa carrière politique. En difficulté à l'issue du premier tour, le ministre délégué à l'Europe Clément Beaune, fidèle d'Emmanuel Macron, a été élu de justesse à Paris, au détriment de la candidate de la Nupes Caroline Mecary. Le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guerini, sauve aussi sa place au gouvernement en l'emportant à Paris avec environ 51% des voix face à l'écologiste Léa Balage El Mariky.

Pari gagné également pour le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, réélu dans le Nord avec plus de 57% des voix et pour son collègue des Solidarités Damien Abad dans l'Ain avec environ 57,8% des voix face à une candidate Nupes. Facile victoire pour le ministre des Comptes Publics Gabriel Attal, réélu avec 62,8% des suffrages dans les Hauts-de-Seine. Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, est réélu dans l'Ardèche (58,74% selon des résultats partiels) tout comme son collègue des Relations avec le Parlement Olivier Véran dans l'Isère, avec plus de 67% des voix. Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture, est réélu dans le Loir-et-Cher avec 57% des voix, tout comme son collègue du Commerce extérieur Franck Riester qui était opposé à un représentant du Rassemblement national en Seine-et-Marne.

Une abstention record

Sans surprise, ce scrutin, le 4e en deux mois après la présidentielle, a été boudé par les Français alors qu'une partie du pays subissait une vague de chaleur inédite par sa précocité. Le taux d'abstention atteint 53,77%, selon le ministère de l'Intérieur, en hausse de plus d'un point par rapport au premier tour (52,49%). Elle n'atteint toutefois pas le record du second tour de 2017 (57,36%).

 (Avec AFP et Reuters)

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Commentaires 3
à écrit le 21/06/2022 à 0:00
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Nous voila revenu a une autre forme de démocratie que vivent nombre d'autres pays. Nous n'avons pas à rougir de notre nation et notre constituton , beaucoup de renouvellement , ce qui change des régimes gouvernés par des vieillards. Cela va obliger ...

à écrit le 20/06/2022 à 17:01
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Les "godilllots" ne sont plus de la partie, il y a de quoi avoir des hésitations a "proposer", ou plutôt a imposer, une loi!

à écrit le 20/06/2022 à 9:28
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La mayonnaise Melenchon est retombee .toute la gauche reunie fait a peine 24% des deputes. Ou est la formidable percee? Pauvre Clementine Autain...

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