Les annonces d'Elisabeth Borne sur EDF : l'épilogue d'une politique du pourrissement

Marc Endeweld
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters

Marc Endeweld
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
C'était l'une de seules annonces marquantes du discours de politique générale d'Elisabeth Borne. La nouvelle Première ministre a annoncé au cours de son intervention « l'intention de l'État de détenir 100 % du capital d'EDF ». Le mot « nationalisation » n'est pas prononcé. Et pour cause : dans les faits, il ne s'agira que d'un simple rachat d'actions des minoritaires d'un groupe public appartenant déjà à l'État pour près de 85 %. À l'étranger, et notamment en Grande Bretagne, où EDF est engagé très fortement (et difficilement) dans la construction d'EPR, la nouvelle fait pourtant l'effet d'une bombe médiatique. Les agences de presse et les chaînes d'info du monde entier annoncent dans les heures qui suivent une « nationalisation » d'EDF.
Voilà peut-être pourquoi, même le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, se réjouit dans un premier temps d'une telle annonce.... Avant que ce dernier ne développe un rétropédalage en bonne et due forme le lendemain matin lors d'une interview sur France Info. C'est que les syndicats d'EDF ne sont pas dupes d'une telle annonce. Eux savent que le groupe est au bord de la banqueroute. Et que le plan Hercule proposé à l'origine par l'Elysée, comme je l'avais montré dans une précédente enquête, est toujours sur les rails. Ils craignent dans les mois à venir un démantèlement du groupe sous couvert de relance du nucléaire. La puissante fédération nationale des mines et de l'énergie CGT a d'ailleurs immédiatement publié un communiqué pour exprimer ses craintes : « Rien n'est dit sur le changement de statut juridique de l'entreprise EDF. L'État sera donc bien un « État actionnaire » de la Société Anonyme alors que nous voudrions voir un « Etat stratège » d'un EPIC 100% PUBLIC. Nous sommes donc bien face à une recapitalisation ! »
À lire également
Dès le lendemain sur Europe 1, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, et de « la souveraineté industrielle et numérique », n'infirme d'ailleurs pas un tel projet : à la journaliste Sonia Mabrouk qui lui fait part des doutes des représentants syndicaux, le ministre répond qu'il « faudra qu'il y ait une réforme, une transformation d'EDF ». Ajoutant : « Nous en parlerons avec les responsables syndicaux » et la « Commission européenne ». En réalité, dès 2018, l'Elysée, à travers son plan Hercule, avait souhaité étatiser la filière nucléaire en piteux état pour socialiser les pertes monstrueuses de l'entreprise publique.
Marc Endeweld