Les États-Unis vont-ils tolérer encore longtemps le couplage économique entre Berlin et Pékin ?

Marc Endeweld
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Reuters

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La manchette barre toute la une du Monde : « l'Allemagne empêtrée dans sa dépendance à la Chine ». À l'occasion de la (brève) visite d'Olaf Scholz à Pékin ce vendredi, le quotidien du soir n'hésite pas à critiquer la stratégie allemande vis-à-vis de la Chine, et souligne que « l'industrie allemande s'interroge » alors que les tensions internationales se multiplient entre l'Empire du milieu et les États-Unis. C'est que la visite du chancelier allemand intervient une semaine après qu'il ait autorisé la cession de 25 % du port de Hambourg au géant chinois Cosco, une société d'État, et douze jours après la reconduction de Xi Jinping pour un troisième mandat à la tête du Parti Communiste Chinois.
Pour son voyage à Pékin, Olaf Scholz est accompagné d'une délégation de grands patrons, dont ceux de BASF, Volkwagen et Siemens. C'est que la Chine est cruciale pour l'industrie allemande, tant au niveau de son approvisionnement que pour ses exportations. La Chine est, depuis six ans, le premier partenaire commercial de l'Allemagne. Elle était en 2021 son premier fournisseur et son second marché d'exportation. Outre-Rhin, un million d'emplois dépendent de cette relation. À Paris, on ne cache pas sa déception : l'Elysée avait envisagé ces dernières semaines une visite commune Scholz-Macron en Chine, histoire de montrer l'unité européenne face à la puissance chinoise.
En réalité, comme je le rappelais la semaine dernière, l'Allemagne a joué depuis vingt ans au niveau international sa propre partition en solo, sans aucune coordination européenne. La crise sanitaire du Covid-19 puis la guerre en Ukraine, a pourtant suscité un débat outre-Rhin quant à la stratégie mise en place par le gouvernement allemand depuis vingt ans.
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Une stratégie établie à partir d'une triple alliance : sécuritaire avec les États-Unis, économique avec la Chine, et énergétique avec la Russie. La dernière a commencé à prendre fin avec la survenue de la guerre en Ukraine. Les attentats contre les gazoducs Nord Stream ont amené Berlin à enterrer définitivement cette alliance énergétique avec Moscou. L'Allemagne est ainsi restée particulièrement silencieuse sur l'origine de ces attentats spectaculaires en pleine mer Baltique. Mais si Berlin semble délaisser Moscou, certes contrainte et forcée, elle semble continuer à parier sur Pékin : l'Allemagne a-t-elle décidé de se jeter dans la gueule du loup ? Son protecteur américain pourra-t-il le tolérer encore longtemps ? Et l'idée d'une « autonomie stratégique » de l'UE, chère à Emmanuel Macron, est-elle définitivement abandonnée ?
Marc Endeweld