Gabrielle Halpern, sur le pont pour donner du sens
Fanny Arlandis

« Chaque minute doit avoir un sens » estime Gabrielle Halpern.
latribune.fr
Fanny Arlandis

« Chaque minute doit avoir un sens » estime Gabrielle Halpern.
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Le débit mitraillette de sa voix ne trompe pas. La philosophe Gabrielle Halpern est une femme pressée. Pressée d'exister, de faire. Enfant, cette benjamine d'une fratrie de quatre filles, bègue, se bat pour parler aussi vite, aussi bien que ses trois sœurs. Plus tard, elle ne disposera que d'une poignée de minutes chaque semaine pour parler aux différents ministres dont elle rédige les discours. Aujourd'hui, elle sillonne la France sans relâche. Son but ? Prôner un nouveau projet pour une société qu'elle considère comme plus divisée que jamais. « Chaque minute doit avoir un sens », ponctue cette femme de 37 ans.
Dans une vie, il arrive parfois qu'une simple phrase constitue un point de bascule. Pour Gabrielle Halpern, c'était en 2008. La jeune étudiante entre à l'ENS au moment où la crise financière fissure un monde que l'on croyait stable. « Autour de moi, j'entendais questionner le rôle du philosophe : "À quoi peut-il bien servir alors que tout s'effondre ?" Ce propos m'a énervée et, en même temps, il soulignait à quel point les philosophes avaient déçu. » Une « quête » prend bientôt forme, celle de la redéfinition du rôle du philosophe dans la cité.
Son parcours initiatique la conduit dans différents mondes dont elle apprend la langue et la culture. Le politique d'abord, en intégrant trois cabinets ministériels ; l'économique, en codirigeant un incubateur de start-up ; le religieux, en étudiant la Bible à Jérusalem pendant une année. « J'ai été interpellée par les préjugés effroyables - et parfois le mépris - que l'on a d'un monde à l'autre - et d'un monde sur l'autre. Ces frontières absurdes et artificielles sont présentes partout et constituent le socle des divisions de notre société. » C'est là que prend forme son concept d'« hybridation », au cœur de ses travaux, qui prône la création de ponts entre les générations, les métiers, les territoires...
« Gabrielle a une vision de l'ouverture, du décloisonnement, authentique et inédite. Je ne connais pas beaucoup d'individus qui maîtrisent les classiques de philosophie... et qui savent coder », s'amuse Thomas Vonderscher, l'éditeur de son dernier ouvrage, paru chez Fayard en septembre, Créer des ponts entre les mondes - Une philosophe sur le terrain.
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Pour celui-ci, Gabrielle Halpern a sillonné la France dans l'optique de repérer les initiatives d'hybridation, les nouvelles solutions qui « donnent des raisons d'espérer ». Une crèche installée dans une maison de retraite, un incubateur de start-up dans une résidence d'artistes... « J'ai toujours combattu l'image du philosophe hors-sol. Pour penser le monde avec justesse, il faut aller dans le monde ! Le vrai courage n'est pas d'aller à l'idéal et de comprendre le réel, comme le pensait Jean Jaurès, mais d'aller au réel. Et il y a urgence. » Gabrielle Halpern est décidément une femme pressée.
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