Manon Quérouil, entre ombres et lumière
Laurence Bottero

Manon Quérouil, grand reporter (photo-portrait)
Benoît Pailley
Laurence Bottero

Manon Quérouil, grand reporter (photo-portrait)
Benoît Pailley
Non, Manon Quérouil ne rêvait pas - a contrario de nombreux journalistes - d'être grand reporter quand elle était plus jeune. Sa passion a d'abord été l'Iran et la langue perse. Une rencontre faite au cours d'un grand voyage qui lui fait découvrir plusieurs pays. Mais avec l'Iran, « c'est la révélation ». La langue, la nourriture, les gens... « c'était instinctif », avoue-t-elle. « Mon obsession pour l'Iran est difficile à expliquer ».
C'est l'amour pour ce pays qui va lui ouvrir les portes du journalisme, lorsqu'elle propose à Serge Raffy, aux manettes de la rédaction du Nouvel Obs un sujet sur le changement de sexe des hommes en Iran. Un premier reportage, suivi d'autres. La place des grands reporters étant essentiellement occupée par des hommes, Manon Quérouil cesse, au bout de plusieurs années, d'attendre son tour. « On se sent toujours obligées de prouver davantage ». Elle reprend alors la route, travaille pour les Nations unies en Afghanistan, se retrouve en Somalie. Il lui a fallu du temps pour accepter que le journalisme puisse être son métier.
« J'ai mangé de la vache enragée » souligne-t-elle, et c'est seulement depuis un peu plus de deux ans, depuis qu'elle est en poste - comme on dit dans la profession -, grand reporter à Paris Match, qu'elle savoure la possibilité d'avoir les moyens, techniques mais aussi financiers de réaliser ses reportages. « On ne me dit jamais de mal payer mes fixeurs », ces guides et interprètes indispensables pour faciliter l'immersion dans un pays ou un environnement particulier. « On est d'autant meilleurs lorsque nous avons les moyens de bien travailler ».
De ses années d'indépendante, elle dit avoir conservé « les réflexes de travail, de débrouillardise » et avoir beaucoup de plaisir à réaliser des enquêtes en France. La défiance que subissent parfois - souvent - les journalistes et les médias, n'existe pas quand on enquête en dehors des frontières hexagonales.
« Le contradictoire que l'on doit mener en France n'existe pas de cette façon à l'étranger. Cela ne signifie pas que l'on ne recoupe pas les informations, mais on les recoupe autrement ». Couvrir l'actualité, c'est aussi « ne pas avoir à courir après l'information », mais il n'empêche, Manon Quérouil aime aussi beaucoup prendre le temps, ce que permet le format magazine, octroyant cette prise de hauteur qui permet d'apporter de l'information autrement.
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Co-autrice en 2018 avec Malek Dehoune de La part du ghetto, qui plonge au cœur d'une banlieue parisienne, elle ne voit comme point commun avec les pays en guerre qu'elle a pu traverser et avec lesquels on formule souvent un parallèle, le fait que l'on « ne s'y intéresse que lorsque cela ne va pas ».
Le témoignage récent d'une consœur grand reporter, Maryse Burgot, sur son expérience en tant qu'otage et sur le fait qu'il lui a fallu du temps pour accepter ne serait-ce que le mot, fait-il écho chez elle ? Oui, répond-t-elle. Avec sa photographe, Virginie de Viguerie, elles ont été assignées à résidence, au Yémen du Nord. « Moi aussi j'ai mis du temps à formuler le mot otage ».
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Aux jeunes pigistes, ces journalistes indépendants, elle conseille d'être polyglotte, curieux et de « partir vite à l'étranger », pour ne « pas être tributaire du coup de fil qui ne vient jamais ». A-t-elle envie à nouveau d'écrire ? « Il faut que je me pose pour cela ». Pour continuer de mettre en lumière, les parts d'ombre du monde.
Laurence Bottero
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