Nathalie Font, avocate de la diversité dans le spatial

Florine Galéron

Nathalie Font a pris en octobre 2023 la direction du site industriel de Toulouse de Thales Alenia Space.
Rémi Benoit

Florine Galéron

Nathalie Font a pris en octobre 2023 la direction du site industriel de Toulouse de Thales Alenia Space.
Rémi Benoit
« Un camarade de ma promo embauché en même temps que moi m'a dit : "Toi, tu as été recrutée parce que tu es une femme". C'est la première fois que j'ai été confrontée de manière aussi frontale au sexisme », se remémore Nathalie Font. Quatorze ans après son entrée chez Thales Alenia Space, l'ingénieure de 39 ans a tracé sa route jusqu'à prendre en octobre 2023 la direction du site industriel de Toulouse, le plus grand du géant européen du spatial avec plus de 2.800 salariés (sur un effectif global de 8.000 personnes sur neuf implantations en Europe).
C'est au coeur de cet espace de 27 hectares équipé de laboratoires de recherche, de 10.000 m2 de salles blanches et d'importants moyens de tests pour simuler l'environnement spatial qu'est développée la nouvelle génération de satellites Space Inspire, mais aussi une partie des équipements de la future constellation française d'Internet des objets Kinéis. Jusqu'à présent, le site industriel, qui a fêté ses 40 ans en 2023, avait uniquement été dirigé par des hommes, en apogée de leur carrière.
Une ascension éclair dans le secteur spatial à laquelle Nathalie Font n'était pas prédestinée. Elevée par une mère célibataire dans la région lyonnaise, elle rêvait plutôt de devenir juge d'instruction. Mais au lycée, sa professeure de sciences physiques la pousse à emprunter une voie scientifique : « Elle m'a dit : "si toi, qui a des facilités, tu ne fais pas d'études de sciences, qui en fera ?"» Nathalie Font suit une prépa dans un lycée militaire puis des études d'école d'ingénieurs à l'IMT Atlantique (Télécom Bretagne) dont elle sortira diplômée en 2007 en devenant en parallèle réserviste dans l'armée de terre.
Elle reste marquée par cette dernière expérience avec « des jeunes sortant du système scolaire en sachant ni lire, ni écrire ». « C'est une réalité contemporaine qu'on peut avoir tendance à oublier dans un écosystème comme le nôtre. Mais j'ai eu à coeur de garder ce lien avec la société », ajoute celle qui a aussi donné durant ses études des cours de mathématiques à la maison d'arrêt de Brest. Nathalie Font entend encourager la parité, mais plus globalement « la diversité au sens large aussi bien au niveau de l'origine sociale que du parcours académique » , source de « richesse des échanges » et in fine d'« une meilleure performance de l'entreprise ».
Désormais, le site toulousain de Thales Alenia Space n'accueille plus uniquement des enfants de salariés en stage de troisième et de seconde, mais aussi des jeunes issus de la diversité dont des jeunes filles. Une manière de parer à l'effondrement du nombre de jeunes filles empruntant la voie scientifique depuis la réforme Blanquer.
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La dirigeante a aussi à coeur de travailler sur « les biais inconscients » notamment dans la formulation des offres d'emploi pour ne pas freiner les candidatures de profils féminins. Au mois de mai dernier, un mur d'expression autour du sexisme a également été mis en place dans le restaurant d'entreprise. « Les personnes qui ne voulaient pas être vues en train d'écrire sur le tableau pouvaient envoyer des messages de manière anonyme sur une application et certaines phrases étaient projetées. Cette expérience nous a donné beaucoup de matière pour prendre conscience de certains comportements, se rendre compte par exemple qu'une blague peut être perçue comme du sexisme pour quelqu'un d'autre ».
La directrice, qui revient de congé maternité après avoir donné naissance à son deuxième enfant cet été, entend démontrer « qu'il est possible d'avoir ce type de poste et des enfants en bas âge ».
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L'arrivée d'une femme à la tête de l'établissement permet aussi de détecter plus facilement les freins rencontrés par les collaboratrices au travail. « J'ai fait le choix de continuer à allaiter mon enfant après la reprise du travail. Nous avons la chance d'avoir un espace dédié pour permettre aux mères de s'isoler pour tirer leur lait. J'ai remarqué que la zone où est stockée le lait au frais n'est plus accessible au-delà de 17 h, ce qui peut être un souci au vu de nos horaires de travail. En y étant confrontée moi-même, j'identifie des problèmes qui ne sont pas forcément remontés par les collaboratrices et de par mon poste, j'ai la chance de pouvoir agir directement sur leur résolution », conclut Nathalie Font.
Florine Galéron