Les terrasses éphémères parisiennes entre l'urgence de la réouverture et... les trottinettes

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A Paris, une métropole à forte densité, réglementer cette cohabitation entre terrasse éphémère, voisins, professionnels et impératifs d'urbanisme tourne parfois au casse-tête.
A Paris, une métropole à forte densité, réglementer cette cohabitation entre terrasse éphémère, voisins, professionnels et impératifs d'urbanisme tourne parfois au casse-tête. (Crédits : Lafargue Raphael/ABACA via Reuters)
Dans la capitale, l'autorisation de servir en terrasse sur des emplacements dédiés se révèle être un vrai casse-tête. A quelques jours - ou semaines - de la levée des restrictions que doit communiquer Emmanuel Macron vendredi, la cohabitation entre restaurateurs, voisinages et nouvelles mobilités ne sera pas évidente.

L'an passé, après le premier confinement, les terrasses éphémères avaient été autorisées jusqu'en juin sur des places de parking et jusqu'à 22 heures. Après un confinement dur, elles ont aussi servi de bouffée d'oxygène aux restaurateurs, maintenus à flot par les aides de l'Etat.

Mais ces terrasses éphémères ont fait naître des frictions avec certains riverains qui les trouvaient bruyantes et inesthétiques, poussant la municipalité à les encadrer davantage - avec des amendes allant jusqu'à 500 euros. Aussi, les terrasses pourront être pérennisées et seront rendues payantes.

Une terrasse démontée par... les trottinettes

"Si je suis sommé d'enlever ma terrasse, je me défendrai bec et ongles". Pour Frédéric Duca, ouvrir sa terrasse éphémère en mai est une question de survie, mais il pourrait être contraint de la démonter, à peine installée, pour céder la place... à des trottinettes.

A Paris, une métropole à forte densité, réglementer cette cohabitation entre voisins, professionnels et impératifs d'urbanisme tourne parfois au casse-tête, comme l'illustre le cas du chef Frédéric Duca, aux fourneaux du restaurant gastronomique, "Rooster" c'est-à-dire "coq" en anglais, "symbole de panache et de savoir-faire tricolore".

Anticipant la réouverture des terrasses des brasseries et restaurants, promise par le gouvernement dans des conditions encore floues, à partir de la mi-mai, il a investi 6.000 euros dans sa terrasse éphémère.

"L'an dernier, j'avais mis quatre palettes en bois avec un petit bricolage de fortune qui ne faisait pas très propre. Cette année une entreprise m'a installé une jolie terrasse démontable, avec un garde-corps, des jardinières..."

Las! A peine fixée, elle va devoir être démontée: plus contraignante, la nouvelle charte qui régit les terrasses éphémères les interdit sur les emplacements des vélos et trottinettes.

"Je l'ignorais jusqu'à ce que des agents de la mairie débarquent", dit M. Duca. "Quand ils m'ont dit de l'enlever j'ai ressenti un grand vide, je me suis effondré".

Car la vente à emporter ne rapporte que 10% de l'activité normale, et l'été dernier, les 25 couverts quotidiens, au ticket moyen de 75 euros, ont sauvé la mise au restaurateur.

Seuil d'acceptabilité du bruit

"Les confrères qui m'entourent, le bistrot et le bar à huîtres voisins, pourront installer leur terrasse sur des places de parking", constate-t-il.

Pour M. Duca, une solution simple existe: déplacer les marquages de 25 mètres, "devant le magasin de costumes ou le salon de massages, qui n'ont pas besoin de terrasse". "Sinon cela mettra huit personnes au chômage, et un patron dans la détresse".

Interrogé, un porte-parole de la Ville de Paris promet que la demande du restaurateur "sera traitée" aussi rapidement que possible.

Le cas illustre du reste les difficultés pour adapter la géographie parisienne aux nouvelles attentes créées par le Covid. L'été dernier, les relations avec le voisinage se sont tendues: des voisins ont envoyé des photos de la terrasse à la mairie via l'application Dans ma rue, où les Parisiens notifient via leur smartphone, des "anomalies constatées sur l'espace public".

L'été dernier, un voisin a même... renversé depuis sa fenêtre, un verre d'eau sur la tête des clients, vers 22h30.

"On n'est pas là pour embêter les gens, mais pour travailler. Si des clients parlent un peu fort, on rectifie le tir, on explique. C'est dommage de passer par la délation: mieux vaut communiquer, trouver des solutions ensemble".

Une nouvelle réglementation verra le jour début juillet, au terme d'une concertation entre la Ville, les organisations de l'hôtellerie restauration et les associations de riverains du réseau Vivre Paris.

"Nous disons oui aux terrasses éphémères cette année, pour soutenir une profession qui a vraiment souffert, mais non à leur pérennisation", dit à l'AFP Gilles Pourbaix, qui préside Vivre Paris. "Après des mois de silence, le seuil d'acceptabilité du bruit s'est abaissé dramatiquement, il pourrait y avoir des +pétages de plombs+. Il faut de fortes sanctions, sinon la Ville de Paris créera les conditions du chaos".

Lire aussi : Restaurants clandestins : près de 1.000 clients verbalisés à Paris

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Commentaires
a écrit le 29/04/2021 à 13:07 :
...... " Pour M. Duca, une solution simple existe: déplacer les marquages de 25 mètres, "devant le magasin de costumes ou le salon de massages, qui n'ont pas besoin de terrasse". "Sinon cela mettra huit personnes au chômage, et un patron dans la détresse"......

J'aime bien ce M.Duca... il veut aller pourrir le magasin de costumes et le salon de massage car eux n'ont pas besoin de clients contrairement à lui.... tout pour moi, rien à foutre des autres.. pathétique, affligeant. J'ose espérer que son business périclite.
a écrit le 29/04/2021 à 10:24 :
De toute façon, les températures de mars reviennent ce week-end.
a écrit le 29/04/2021 à 10:15 :
Le problème du bruit est une réelle nuisance qui sera exacerbée par des mois de silence à cause du couvre feu et des "commerces non essentiels" fermés. La multiplication des terrasses ne fera qu'envenimer la situation entre les fêtards et les dormeurs...Plus la calamité des trottinettes. On est tellement bien à la campagne où on peut aller ( même avec une voiture diesel..si.. si) au restaurant, sans souci de parking, pour " casser une croûte" tout en écoutant la musique d'un groupe local, exotique, incertain🤣et passer une bonne soirée sans se prendre la tête, ni celle des autres.
Bonus, ce sera toujours mieux que de regarder à la télé un match de foot de la super League 😂.
a écrit le 29/04/2021 à 10:12 :
Pour la première fois, même si je suis loin d'être un client ardu, j'observe juste l'état d'esprit peu brillant de notre classe dirigeante, j'ai entendu hier à la télé, sur une chaine dans laquelle on fait parler des gens qui parlent tous en même temps pour dire la même chose, un gars dire que "bon mais si les gens ne veulent pas se faire vaccinner cela reste leurs choix et ils assument ainsi les risques par choix donc ils font ce qu'ils veulent et on vaccinne ceux qui le veulent, point !" La vache ça m'a coupé mon baillement ! Mais hélàs phrase intelligente noyée au milieu de bavardages pompeux et stériles de gens qui s'écoutent parler et qui donc n'aura aucun effet, la télévision faisant bien attention de se préserver de la moindre pensée, elle veut des prêcheurs et non des penseurs.
a écrit le 29/04/2021 à 10:05 :
La maire de Paris fait n'importe quoi. La solution n'est évidemment pas ces terrasses bricolées, mais de tout simplement rouvrir pleinement les bars et restaurants, sans plus aucune mesure sanitaire débile, mais non, il faut croire que c'est trop simple

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