Logement : les propositions des candidats à la présidentielle au banc d'essai

Fabien Roussel, Christiane Taubira, Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Eric Zemmour et même Emmanuel Macron. Les candidats - ou pas encore déclarés - à l'élection présidentielle ont tous un riche programme sur le logement, premier poste de dépenses contraintes des Français. Etat des lieux.
César Armand
Selon la Fondation Abbé Pierre, il reste 300.000 sans-domicile fixe (SDF), 4 millions de mal-logés - en cohabitation forcée, en suroccupation... - et 12 millions de précaires énergétiques.
Selon la Fondation Abbé Pierre, il reste 300.000 sans-domicile fixe (SDF), 4 millions de mal-logés - en cohabitation forcée, en suroccupation... - et 12 millions de précaires énergétiques. (Crédits : Unsplash/Hernan Lucio)

A deux mois et une semaine du premier tour, le logement s'invite enfin dans le débat présidentiel. Et ce grâce à la Fondation Abbé Pierre qui a réuni le 2 février dernier la ministre du Logement Emmanuelle Wargon - qui a défendu le bilan du quinquennat -, Fabien Roussel (Parti communiste français), Christiane Taubira (soutenue par le Parti radical de gauche), Anne Hidalgo (Parti socialiste), Jean-Luc Mélenchon (la France insoumise), Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts) ou encore Aurélien Pradié, député (LR) du Lot pour Valérie Pécresse.

L'habitat reste en effet le premier poste de dépenses contraintes des Français, et il reste 300.000 sans domicile fixe (SDF), 4 millions de mal-logés - en cohabitation forcée, en suroccupation... - et 12 millions de précaires énergétiques.

Le quinquennat qui s'achève aura été marqué, pêle-mêle, par la suppression de l'APL accession, la baisse de 5 euros des APL, la contemporanéisation des APL, la réduction du loyer de solidarité des offices HLM.

Sans oublier la transformation de l'ISF en impôt sur la fortune immobilière (IFI), la crise Covid, la création de 40.000 places d'hébergement d'urgence supplémentaires ou encore les milliards d'euros débloqués pour la construction neuve et la rénovation dans le cadre de France Relance.

Macron veut encore « réformer les APL »

Lors d'un débat enregistré et filmé avec Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, le président Macron a concédé ne pas être « allé suffisamment loin » sur la production de logements sociaux. Malgré le volontarisme de sa ministre Wargon de vouloir construire 250.000 logements d'ici à fin 2022, seules 104.800 autorisations à construire au lieu de 120.000 ont été délivrées en 2021 auprès des bailleurs sociaux. Ces derniers estiment même qu'il en faudrait 150.000 par an pour répondre aux 2,2 millions de demandes de logements sociaux.

Malgré le tollé général à l'automne 2017 après la baisse de 5 euros des APL, le chef de l'Etat veut encore « réformer les aides personnelles au logement » (APL)En ligne de mire : le revenu d'universel d'activité (RUA), évoqué dès septembre 2018, qui fusionnerait l'ensemble des aides sociales, dont les APL. « C'est une réforme d'ensemble. Elle est très importante et s'accompagnera, de toute façon, d'un investissement de la Nation parce que tout ça, ça ne se fait pas en baissant les prestations », a déclaré Emmanuel Macron.

S'agissant de la promesse du « choc d'offre » vanté par ses ministres Denormandie et Mézard, elle a été mise à mal par une chute des permis de construire purgés de tous recours en 2018 (414.100), 2019 (410.000) et 2020 (381.600), après une très bonne année 2017 (497.000). Seule l'année 2021 sauve la mise avec 471.000 logements autorisés à la construction.

1 million de logements sociaux pour Mélenchon

Dans cette dynamique, le candidat de la France Insoumise veut construire 200.000 logements sociaux par an, soit un million d'ici à mi-2027. Jean-Luc Mélenchon risque toutefois de se heurter au zéro artificialisation nette des sols (ZAN) qui impose notamment de diviser par deux la consommation des terres d'ici à 2030. A moins que le député des Bouches-du-Rhône réussisse à recycler les friches - le gouvernement actuel a déjà mis 750 millions d'euros sur la table - ainsi qu'à densifier les tissus urbains existants.

Outre une « sécurité sociale du logement », c'est-à-dire une garantie universelle des loyers, et un plan « Zéro SDF », Jean-Luc Mélenchon souhaite aussi généraliser l'encadrement des loyers, comme elle existe déjà dans plusieurs grandes villes. Le candidat insoumis en oublierait presque que si des propriétaires-bailleurs sont prêts à investir, nombreux sont parfois contraints d'y renoncer, faute d'équilibre entre leur mensualité de remboursement et le loyer encadré.

Jadot veut investir 10 milliards dans la rénovation

Et ce dans un contexte où les logements G, F et E vont être interdits à la location à horizon 2025, 2028 et 2034 conformément au projet de loi « Climat & Résilience » promulgué en août 2021.

Dans ce domaine, Yannick Jadot a annoncé sur RTL 10 milliards d'euros sur l'ensemble du quinquennat. L'objectif est double : réduire les factures de 600 à 700 euros par an et employer 100.000 artisans en prenant en charge les travaux de rénovation chez les propriétaires modestes et en avançant aux moins modestes le montant récupérable au moment de la vente.

Sur la prise en charge des travaux chez les propriétaires modestes, le gouvernement a notamment débloqué, dès septembre 2020, 2 milliards d'euros dans le cadre de France Relance, suivis de 2 milliards supplémentaires dans le budget 2022. Soit 4 milliards en deux ans.

Sur le montant récupérable au moment de la vente, la Banque postale vient de commercialiser le "prêt avance rénovation", une avance remboursable soit au moment de la cession du bien soit de la succession. Une idée émise dès mars 2021 par le directeur général de la Banque des territoires (groupe Caisse des Dépôts) dans un rapport remis aux ministres de l'Economie, de la Transition écologique et du Logement.

Le candidat d'Europe-Ecologie Les Verts propose par ailleurs comme Mélenchon une assurance universelle sur les loyers et la relance de la construction avec 700.000 logements sociaux d'ici à mi-2027. Les primo-accédants seraient, eux, exonérés de droits de mutation.

Pécresse veut élargir le PTZ

En déplacement à Champigny dans le Val-de-Marne le 7 février, Valérie Pécresse s'est fixée l'objectif de 500.000 logements neufs par an. Tel son mentor Nicolas Sarkozy, son credo consiste à bâtir une France de propriétaires.

Si elle est élue, la candidate des Républicains appliquera également son désormais célèbre « comité de la hache » pour diviser par trois le Code de l'Urbanisme ainsi que le code de la Construction et de l'Habitation. Premier ministre du Logement du président Macron, Julien Denormandie voulait lui aussi réécrire le Code de la Construction, mais cela s'est limité au permis d'innover et à une philosophie nouvelle : « passer d'une logique de moyens à une logique d'objectifs ».

Rejetant par ailleurs tout « argent magique » pour en finir avec les 4,8 à 7 millions de passoires thermiques, Valérie Pécresse espère pouvoir fusionner les livrets A et de développement durable (LDD) pour un livret vert afin de mobiliser 120 milliards d'euros.  Elle entend sinon élargir le prêt à taux zéro (PTZ) à tout le territoire et défiscaliser les donations à 100.000 euros tous les six ans au lieu de quinze ans pour faciliter l'accès à la propriété.

En attendant, la présidente de la région Île-de-France proclame un futur nouvel acte de décentralisation pour rapprocher la politique du logement des collectivités territoriales. Les maires pourraient par exemple attribuer 60% des logements sociaux afin que « ceux qui iront travailler aient un droit prioritaire », selon des propos rapportés par l'AFP.

Conformément à ce qu'elle pratique dans sa collectivité, elle désire enfin limiter à 30% au maximum le nombre desdits habitats sociaux dans une même commune et même en finir avec un « droit à vie » pour encourager la mobilité au bout de six ans. A cette date, l'éligibilité du résident sera vérifiée.

Marine Le Pen mise sur les petites et moyennes villes

La candidate du Front national se fait, elle, le chantre des petites villes et des centres-bourgs. Devant la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM) le 7 décembre, elle a appelé à repeupler ces territoires de néoruraux, à rouvrir des écoles, à remettre des services publics, à installer la fibre optique et à mettre fin aux déserts médicaux.

En réalité, entre le programme « Action Cœur de ville » doté de 5 milliards d'ici à 2026 et le dispositif « Petites villes de demain » - 3 milliards d'euros -, l'Etat, via la Banque des territoires (groupe Caisse des Dépôts), Action Logement ou encore l'Agence nationale de l'habitat, agit déjà pour la revitalisation de ces communes de moins de 100.000 habitants.

Se démarquant de la ministre du Logement Emmanuelle Wargon qui estime que le modèle du pavillon avec jardin n'est plus soutenable, Marine Le Pen veut rendre possible ce « rêve des Français de devenir propriétaire d'une maison avec son jardin, son garage, et pour ceux qui le peuvent, sa piscine ».

Elle recommande ainsi d'allonger les prêts immobiliers au-delà de vingt-cinq ans - le maximum actuel - et même que l'Etat apporte un apport de 50.000 à 100.000 euros à taux zéro « qui deviendrait une subvention à la naissance d'un troisième enfant ».

Anne Hidalgo mise sur l'encadrement des loyers

Chez la candidate du Parti socialiste, il n'est pas question de propriété, mais de location. Conformément à la politique qu'elle mène à Paris, elle avance le chiffre de 150.000 nouveaux logements sociaux par an, conformément à ce que demande l'Union sociale pour l'habitat (USH), la confédération des bailleurs sociaux.

De la même manière qu'elle appelle à généraliser l'encadrement des loyers dans les zones tendues, c'est-à-dire là où l'offre de logements est inférieure à la demande. Une politique qui existe déjà dans la capitale depuis le 1er juillet 2019.

Anne Hidalgo se positionne par ailleurs sur la décentralisation : l'Etat fixerait le cap en nombre de logements neufs et rénovés et contractualiserait avec les collectivités territoriales.

Sauf qu'à la suite du rapport Rebsamen, ce principe de contractualisation entre l'Etat et les élus des zones tendues pour fixer des objectifs partagés existe depuis début 2022. Les millions d'euros de l'aide aux maires bâtisseurs de France sont désormais conditionnés à des ''contrats de relance du logement'' avec des aides de 1.000 à 1.500 euros par logement neuf.

En matière de rénovation enfin, la candidate du PS soumettra aux électeurs un plan quinquennal par des opérations globales, et non plus par de simples gestes (changement de chaudière, de fenêtre...). Ou encore une avance remboursable baptisée « prime à la pierre climat » pour les ménages et les copropriétés, comme l'explique sa porte-parole Nathalie Appéré, maire de Rennes, au Monde.

Rénover et construire pour Roussel

Sur ce sujet, le député communiste du Nord et candidat à l'élection présidentielle évoque 10 milliards d'euros - autant que Yannick Jadot - pour la rénovation thermique de 500.000 logements privés et sociaux, ainsi qu'un « plan de redressement » des copropriétés dégradées. Or, un plan a déjà été lancé en ce sens en 2018 dans le cadre du projet de loi sur l'évolution du logement, de l'aménagement et de l'urbanisme (Élan).

Ce texte gouvernemental attaque déjà les marchands de sommeil, mais Fabien Roussel plaide pour le déblocage de moyens pour reloger et soutenir les victimes. De même qu'il mobilisera 5 milliards d'euros pour construire 200.000 logements sociaux par an ainsi que 175.000 logements pour jeunes travailleurs et étudiants. Le logement de ces derniers est effectivement le parent pauvre du quinquennat : sur les 60.000 promis par le président Macron, 36.000 ont été réalisés.

Autres mesures qui, cette fois, risquent de faire réagir. D'un côté, le rehaussement du quota de logements sociaux en passant de 25% à 30% dans les communes concernées par les lois SRU (2001) et 3DS (2022). De l'autre, l'augmentation des taxes sur les logements vacants et les résidences secondaires dans les zones en déficit de logement.

Pas d'objectif chiffré de logements social pour Taubira

Sur la gauche de Fabien Roussel, l'ancienne garde des Sceaux estime, comme Anne Hidalgo, qu'il faut généraliser l'encadrement des loyers dans les zones tendues. A la différence de la maire de Paris, Christiane Taubira aspire à étendre la garantie loyers impayés dite « Visale » du groupe Action Logement à tous les locataires, et pas seulement aux salariés des entreprises qui contribuent à l'effort de construction (PEEC).

De la même façon que la candidate victorieuse de la Primaire populaire reprend à son compte les objectifs de construction de logements sociaux, mais sans fixer d'objectifs chiffrés. C'est aux maires de le faire après discussion avec leurs administrés avant de le traduire dans leurs plans locaux d'urbanisme (PLU), explique son conseiller dédié, l'ex-député (PS) Daniel Goldberg, dans les colonnes du Monde.

Haro sur le logement social chez Zemmour

C'est sur BFM-TV que l'ex-éditorialiste a, lui, lancé une nouvelle polémique en déclarant que le logement social était une « machine à répandre l'immigration ». Eric Zemmour s'est en outre prononcé pour la suppression du droit au logement opposable (DALO) et à la loi SRU. Cette dernière oblige quelques milliers de communes à compter 25% de logement social, et non pas toutes comme il l'a affirmé.

Réitérant ses propos le 7 février sur France Inter considérant que les HLM étaient « des terres d'islamisation du pays », le candidat de Reconquête ! a provoqué la colère de l'Union sociale pour l'habitat. La confédération des bailleurs sociaux, présidée par l'ancienne ministre du Logement de François Hollande Emmanuelle Cosse, vient de déposer plainte auprès du procureur de la République.

Lire aussi 12 mnLogement : le rapport explosif de Robin Rivaton sur cette "bombe sociale" à venir

César Armand

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Commentaires 13
à écrit le 22/02/2022 à 22:28
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Votez une loi interdisant le sauvetage de banques en faillite. On verra si elles continueront longtemps cette distribution d'argent gratuit qui est responsable des prix délirants dans l'immobilier et qui se répercutent sur les loyers. Faites s'effond...

à écrit le 10/02/2022 à 8:48
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Les chiffres officiels estiment à 2,8 millions le nombre de particuliers bailleurs privés. Selon l’enquête de PAP, la moitié d’entre eux sont de «petits propriétaires» : 30% ne possèdent qu’un seul bien, et 25% en ont deux. Les autres (45%) sont à la...

à écrit le 09/02/2022 à 18:06
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ils ont passé leurs temps à démunir les gens modestes , le loyer 50 % et charges sur un smic ou une retraite modeste . ..toujours les mêmes qui sont pénaliser !!! !! après avoir bien travailler 44 années ...5 euros APL offensée sont peuple...

à écrit le 09/02/2022 à 18:05
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ils ont passé leurs temps à démunir les gens modestes , le loyer 50 % et charges sur un smic ou une retraite modeste . ..toujours les mêmes qui sont pénaliser !!! !! après avoir bien travailler 44 années ...5 euros APL offensée sont peuple...

à écrit le 09/02/2022 à 18:04
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ils ont passé leurs temps à démunir les gens modestes , le loyer 50 % et charges sur un smic ou une retraite modeste . ..toujours les mêmes qui sont pénaliser !!! !! après avoir bien travailler 44 années ...5 euros APL offensée sont peuple...

à écrit le 09/02/2022 à 15:40
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le manque de logement vient surtout que personne n'ose plus acheter pour louer tellement les risques sont grands ,impayes, degradations, laxisme de la justice,,et toutes les contraintes reglementaires

à écrit le 09/02/2022 à 12:07
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Oui les APL ont fait augmenter les loyers mais c'est parce que les propriétaires d'outils de production sont cupides d'abord et avant tout générant le fait que si maintenant on les baisse ces APL eux ne vont pas baisser leurs loyers et même les augme...

à écrit le 09/02/2022 à 10:01
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Le probleme est de toute facon mal posé. La hausse des prix des logements fait des heureux. Ceux qui sont proprietaires et qui se rejouissent de la plus value (certes fictive car il faudra racheter aussi plus cher si demenagement) et les bailleurs ou...

le 09/02/2022 à 14:36
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Entièrement d'accord. La classe politique, très majoritairement propriétaire, n'a aucun intérêt à voir les prix baisser. La pénurie de logements arrange beaucoup de monde!

à écrit le 09/02/2022 à 10:00
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C'est sûr qu'en France on ne manque pas d'idées. Comme l'immobilier est un secteur particulièrement sur-régulé et surtaxé, ça va être compliqué de faire des changements. Probablement de nouvelles dépenses d'argent public à venir.

à écrit le 09/02/2022 à 9:56
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Vue le constat, nous ne pouvons pas faire confiance a ceux qui sont passé par la case Présidentielle! Essayons les autres!

à écrit le 09/02/2022 à 9:54
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Vue le constat, nous ne pouvons pas pas faire confiance a ceux qui sont passé par la case Présidentielle! Essayons les autres!

à écrit le 09/02/2022 à 9:47
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Le logement, c'est vraiment le truc électoraliste à souhait, c'est là où la plus grande démagogie s'exprime

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