Décarbonation de l'industrie : Macron veut passer à la vitesse supérieure

Emmanuel Macron a demandé aux patrons des 50 plus grands sites industriels en France de diviser par deux leurs émissions de CO2 d'ici 10 ans. Ces sites représentent actuellement 10% des émissions sur le territoire. Le chef de l'Etat est prêt à doubler le montant des aides du plan France 2030 passant de 5 milliards d'euros à 10 milliards d'euros si les industries présentent des plans plus ambitieux de décarbonation.
Grégoire Normand
Emmanuel Macron lors de la présentation de sa stratégie de décarbonation de l'industrie à l'Elysée le 8 novembre.
Emmanuel Macron lors de la présentation de sa stratégie de décarbonation de l'industrie à l'Elysée le 8 novembre. (Crédits : Reuters)

De Dunkerque à Fos-sur-Mer en passant par le Havre, la France est recouverte de grands sites industriels émetteurs de CO2. Ces implantations sont actuellement pointées du doigt pour leur rôle dans la pollution atmosphérique et le dérèglement climatique. Alors que se tient actuellement la 27ème conférence mondiale sur le climat en Egypte (COP 27), le président de la République a convié ce mardi les représentants des 50 sites industriels plus émetteurs de CO2 dans l'immense salle des fêtes du palais de l'Elysée.

Devant un parterre de patrons et ministres, Emmanuel Macron continue de vouloir mettre en avant son engagement en faveur du climat alors que les catastrophes se multiplient partout sur le territoire. Entre les méga-feux en Gironde, les sécheresses à répétition et les températures record en octobre, l'année 2022 a été marquée par un nombre considérable d'événements climatiques extrêmes.

Face à l'urgence de la situation, le chef de l'Etat a déroulé sa feuille de route pour les cinq prochaines années. « Cette réunion vise à faire le choix de l'avenir [...] Cette stratégie doit passer par le climat, l'industrialisation et la souveraineté, » a-t-il déclaré en amont de ce grand raout sous les ors de la République.

Derrière cette opération communication, Emmanuel Macron veut tenter de faire oublier le retard de la France en matière de réduction de CO2 relevé par le Haut conseil pour le Climat dans ses derniers rapports. En 2021, l'Etat a été condamné pour inaction climatique notamment sur le dépassement des émissions de gaz à effet de serre sur la période 2015-2018.

Lire aussiCOP27 : lutte contre le changement climatique, la France est-elle vraiment si exemplaire ?

Macron prêt à augmenter les aides si les industriels redoublent d'efforts

L'une des principales annonces d'Emmanuel Macron concerne le montant des aides que le chef de l'Etat est prêt à accorder pour ces sites industriels. Après avoir évoqué les 5 milliards d'euros du plan France 2030 présenté à l'automne 2021, le quadragénaire a annoncé qu'il mettrait 10 milliards d'euros sur la table pour soutenir la décarbonation de l'industrie si les patrons des grands sites tricolores doublaient leurs efforts. Pour résumer, le but de France 2030 est de réduire drastiquement les émissions de ces 50 sites industriels

« Notre objectif est d'aller le plus vite possible. Si nous arrivons à doubler nos efforts de 10 millions de tonnes à 20 millions de tonnes évitées, nous passerons l'enveloppe de 5 milliards d'euros à 10 milliards d'euros. Il y a un effet de levier important », a-t-il expliqué. « Sur les 50 entreprises présentes mardi à l'Elysée, 15 ont déjà engagé des projets de réduction selon l'entourage du président. L'objectif est de mettre en place des contrats entre les industriels et l'Etat,» ajoute l'Elysée. « Le but est que ces sites se décarbonent chez nous et ne partent pas à l'étranger.» Il faut en effet rappeler que la crise énergétique a fait grimper les factures de nombreux industriels. Beaucoup pourraient être tentés de délocaliser leur site de production.

Accélérer la planification

L'autre axe important du discours du chef de l'Etat a porté sur la planification écologique. Pour parvenir à cet objectif de réduction de 20 millions de tonnes d'ici 2030, « cette feuille de route doit passer par une planification écologique. D'ici six mois, les feuilles de routes doivent être revues à la hausse pour toutes les filières », a affirmé Emmanuel Macron. « Il ne s'agit pas d'une étatisation. Cette stratégie nationale doit avoir pour objectif la décarbonation de notre économie », a-t-il déclaré.

Le gouvernement prévoit notamment de passer par une planification par filière comme l'hydrogène ou la biomasse mais aussi par territoire. Lors de son allocution, le locataire de l'Elysée a également mis l'accent sur le développement des énergies renouvelables et du nucléaire.

Un cap salué par les associations écolos, le manque de conditions critiqué

Après les annonces d'Emmanuel Macron, le Réseau action climat (RAC) a salué l'ambition du chef de l'Etat de diviser par deux les émissions de CO2 des 50 sites industriels les plus émetteurs. En revanche, les associations engagées en faveur de l'environnement ont pointé « le manque de conditions associées aux aides publiques ». « Cette annonce est encourageante mais reste malheureusement trop centrée sur les solutions technologiques et conditionnée au bon vouloir des industriels, auxquels aucune obligation n'est à ce jour imposée pour atteindre les objectifs fixés », a expliqué Léa Mathieu Figueiredo, responsable Industrie Lourde au RAC dans un communiqué.

La réindustrialisation mise à mal par la hausse des coûts

Cette réunion intervient alors que la pandémie et la guerre en Ukraine ont jeté une lumière crue sur l'extrême dépendance de l'économie française à l'égard de l'étranger. Faute de masques produits sur son territoire, l'Etat a dû commander en urgence des conteneurs entiers en provenance de Chine notamment. La crise sanitaire a également mis en exergue la dépendance de l'industrie tricolore en matière de composants électroniques et de semi-conducteurs.

Dans ce contexte tendu, la réindustrialisation est apparue comme une priorité pour les pouvoirs publics. Mais la guerre en Ukraine et la hausse des prix pourraient mettre à mal ce chantier colossal. Plusieurs industriels en France ont mis sur pause leur production comme la marque Duralex. D'autres groupes menacent déjà de délocaliser leurs sites dans des pays à bas coûts.

En parallèle, l'économie tricolore pourrait bénéficier de la transition énergétique avec tous les projets d'implantations d'éoliennes maritimes et terrestres, d'usines photovoltaïques. Entre la nécessaire baisse des émissions de CO2 et l'objectif de réindustrialisation, le chef de l'Etat est sur une ligne de crête particulièrement étroite.

L'industrie, responsable de 20% des émissions de CO2 en France

L'industrie joue un rôle majeur dans les émissions de CO2 dans l'Hexagone. Selon un récent calcul du CITEPA, l'industrie de manufacturière et de la construction a représenté environ 20% des émissions de CO2. Si on ajoute les émissions de l'industrie de l'énergie, ce ratio passe à 30%. Même si les courbes dessinent une baisse globale depuis 30 ans en raison notamment de la désindustrialisation, le tissu productif hexagonal occupe une place prépondérante dans les émissions de C02.

Grégoire Normand

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 13
à écrit le 09/11/2022 à 12:55
Signaler
Ça me rappelle l'histoire du marmot atteint de schizophrénie et avec lequel ses parents lui demandent en vain de ranger le grand bor*el dans sa chambre. Ce dernier ne trouvant d'autres excuses pour s'exécuter qu'en faire un plus grand encore, histoir...

à écrit le 09/11/2022 à 11:34
Signaler
Qu'il passe la vitesse supérieure sur les centrales nucléaires la recherche la justice l'armée l'économie ! Que du vent ....

à écrit le 09/11/2022 à 10:44
Signaler
encore des cheques a gogo ' payes par personne', pour un resultat nul vu que la chine et l'inde ouvrent des centrales a charbon........la c'est plus de la myopie

le 09/11/2022 à 13:26
Signaler
m macron ferait bien d'aller a bruxelles et d'exiger une armee européen voir en cas de nouveau refus de claquer la porte et ce n'est en réarmant dans notre coin que le pays sera en securité en cas ou rien ne change la france refusera de couvrir c...

à écrit le 09/11/2022 à 9:52
Signaler
Sans s'attaquer au principal emetteur de GES au monde et de maladies et de mort dans son ensemble qu'est l'agro-industrie tout ceci ressemble à une vaste supercherie. Alors un peu d'efforts ont été fait mais si peu en comparaison de la capacité hallu...

à écrit le 09/11/2022 à 9:24
Signaler
Pas de honte il a découvert le dérèglement climatique en août sur son jet,pitoyable qui a pu voter pour ca

à écrit le 09/11/2022 à 8:42
Signaler
Pour faire simple, les industriels encore présents en France vont se voir imposer des charges très élevées et des réglementations "pastèque" pour réduire d'un faible pourcentage les 0.9 % d'émissions de la France. La planète sera sauvée (?) et la Fra...

le 09/11/2022 à 9:21
Signaler
la seule et unique question est une derogation de 30ans.. pour toute restriction complementaire sauf pour ceux qui souhaite en faire d'avantage et interdire aux magistrats d'intervenir et punir les revendications ecolos lorsque elle perturbe la ...

à écrit le 09/11/2022 à 8:40
Signaler
C'est au pied du mur que l'on voit le mauvais maçon..., il parle toujours trop et demande aux autres de faire son boulot ! ;-)

à écrit le 09/11/2022 à 8:10
Signaler
Evidemment les entreprises qui consomment beaucoup d’énergie n’ont pas attendu les politiques pour engager des mesures, mais soyons positifs: c’est bien que l’état vienne en support (c’est mieux que de faire des chèques pour que les citoyens brûlent...

à écrit le 09/11/2022 à 6:47
Signaler
Beaucoup de communication et peux d'acte... Malheureusement, nous somme de moins en moins natif....

à écrit le 08/11/2022 à 23:37
Signaler
Techniquement, vu que sa politique met à l'arrêt toutes les industries qui tournent encore, celles ci n'émettront plus de carbone.

à écrit le 08/11/2022 à 21:42
Signaler
Pipeau intégral....et de ses médias!

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.