Notre-Dame de Paris : les métiers de l'artisanat au coeur de la réouverture de la cathédrale
latribune.fr
La cathédrale Notre-Dame rouvrira ses portes samedi 7 décembre à 19h00, après plus de cinq de travaux.
LTD/IMAGO/Christian Grube via Reuters Connect
Les yeux du monde sont rivés ce samedi sur la cathédrale Notre-Dame qui doit accueillir 14 à 15 millions de visiteurs par an. Le savoir-faire artisanal est mis à l'honneur mais la dynamique de la filière reste fragile.
Dévastée par un incendie en 2019, Notre-Dame de Paris, chef d'œuvre de l'art gothique, rouvre ses portes samedi 7 décembre. Un événement très attendu après plus de cinq années d'un chantier de restauration colossal, financé par 846 millions de dons privés du monde entier. Le chantier aura mobilisé 250 entreprises et coûté près de 700 millions d'euros.
La blondeur de ses pierres nettoyées, les couleurs éclatantes des vitraux partiellement restaurés et celles des décors peints des chapelles sont sublimées par un nouvel éclairage modulable. Mille cinq cents nouvelles chaises en chêne clair sont destinées à accueillir les 14 à 15 millions de visiteurs attendus chaque année. Il aura fait travailler 2.000 artisans des métiers d'art.
Un secteur qui attire de nouvelles recrues, mais dont la dynamique reste précaire face notamment à la montée des défaillances d'entreprises individuelles.
Un « effet Notre-Dame »
Le nombre d'apprentis dans les métiers d'art du patrimoine bâti, comme dans la charpenterie ou la maçonnerie du bâti ancien, a fortement crû entre 2018 et 2023 selon un baromètre publié mardi par l'Institut supérieur des métiers, qui y voit un possible « effet Notre-Dame ».
Le nombre d'apprentis charpentiers a augmenté de 44% entre 2018 et 2023, et a presque doublé pour les maçons du bâti ancien ou les zingueurs.
Les métiers de niche comme les facteurs d'orgue et les vitraillistes ont également vu leurs effectifs, qui se comptent en dizaine d'apprentis par an, doubler, voire plus, en cinq ans.
Les aides à l'apprentissage
L'augmentation du nombre d'apprentis dans les filières d'artisanat d'art s'inscrit dans un phénomène plus large : avec une réforme majeure en 2018 et l'introduction de subventions conséquentes au recrutement, le nombre d'apprentis toutes filières confondues a largement augmenté en France : de 317.000 en 2017 à 853.000 en 2023.
Mais à cette tendance, l'Institut supérieur des métiers et l'assureur Maaf voient s'ajouter un effet Notre-Dame, dont la reconstruction entamée en 2019 a pu faire naître des vocations.
« Notre-Dame a pu permettre de beaucoup parler de ces métiers de la création et des métiers d'art », a estimé auprès de l'AFP Catherine Elie, directrice de l'Institut supérieur des métiers, un centre de ressources et d'étude sur l'artisanat et les TPE créé par l'Etat.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Le nombre d'apprentis couvreurs (+23% entre 2018 et 2023 pour les CAP), ébénistes (+31%) ou tailleurs de pierre (+40%) a également fortement augmenté.
Nombre d'artisans s'inquiètent du projet gouvernemental de réduire les subventions à l'embauche d'alternants, jugeant difficile de recruter sans ces aides et alors même que l'apprentissage est omniprésent dans l'artisanat.
Début novembre, Joël Fourny, le président du réseau national des Chambres des métiers et de l'artisanat, estimait que le risque était « d'avoir des jeunes qui ne vont pas trouver d'emploi et qu'il faudra traiter sur le volet social, ce qui va également coûter de l'argent au lieu d'en économiser en baissant les aides ».
Les couvreurs-zingueurs et des ornemanistes parisiens au patrimoine de l'Unesco
L'Unesco a ajouté mercredi 4 décembre à sa liste du patrimoine culturel immatériel les savoir-faire des couvreurs-zingueurs et des ornemanistes parisiens, une reconnaissance pour ces façonneurs des toits mythiques de la ville Lumière.
Tirant leur nom du zinc, ce métal gris qui recouvre près de 80% des toitures parisiennes, les couvreurs-zingueurs (pose et restauration) ont, avec les ornemanistes (décoration), contribué aussi à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame.
Nés au XIXe siècle avec la généralisation des toits en zinc et en ardoise par le préfet Haussmann, ces savoir-faire sont aujourd'hui aux premières loges de l'adaptation au changement climatique, qui surchauffe les toits parisiens l'été.