« Nous allons nécessairement supprimer des activités » Didier Kling, CCI Paris Île-de-France

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Didier Kling, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Paris Ile-de-France.
Didier Kling, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Paris Ile-de-France. (Crédits : DR)
Le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Paris Ile-de-France, Didier Kling, réagit à la réduction de 400 millions d’euros des crédits alloués au réseau des CCI annoncée par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire le 10 juillet dernier.

LA TRIBUNE - Comment réagissez-vous à l'annonce du gouvernement de baisser 400 millions d'euros des crédits alloués au réseau des CCI ?
DIDIER KLING -
Nous n'avons pas été totalement surpris par les annonces du ministre de l'Economie et des Finances. Ce n'est pas la première baisse budgétaire. Nous avions déjà dû réorganiser notre chambre dès 2016 avec la suppression de 700 postes, suivie de 300 en 2017, mais nous avons retrouvé notre équilibre cette même année.

Certains de mes collègues en région ont montré leur indignation et leur colère. Je peux les comprendre, mais ce n'est pas très constructif vis-à-vis des étudiants et des publics que nous ciblons. Dès septembre 2017, en réalité, nous avions imaginé plusieurs scénarios dont celui-ci. Nous adoptons donc le comportement de chefs d'entreprise qui avons un client qui s'appelle l'Etat et qui est de moins en moins dans l'attente de services de notre part.

Nous avons deux grandes missions : les unes visant à organiser des congrès et des salons sans ressources fiscales, les autres relevant de missions de service public comme l'appui et l'accompagnement des entreprises. Notre métier consiste à regarder le marché. Si ce dernier ne répond pas aux attentes des entreprises, nous pouvons les aider. Au milieu, se situe une zone grise d'intérêt général qui est l'enseignement composé de trois catégories : la formation continue, l'apprentissage et la formation initiale. Certes, il existe des acteurs privés sur ces secteurs mais dire que c'est un marché concurrentiel est exagéré.

Plus généralement, c'est le gouvernement qui a l'autorité et la légitimité pour mettre le curseur. Fin 2017, il nous avait déjà dit qu'il voulait développer une politique sur l'exportation. Business France est son outil, mais il ne peut mener d'action s'il ne s'articule pas avec les conseils régionaux et les CCI.

Concrètement, quelles seront les conséquences de ces coupes budgétaires sur le financement de vos écoles ?

Aujourd'hui, nous avons 19 écoles qui forment 60.000 personnes et qui sont majoritairement à l'équilibre. Celles en déséquilibre ont en revanche encore besoin de ressources fiscales. Concernant les trois Business Schools (HEC, Essec, ESCP Europe, ndlr), fin 2017, nous leur avons dit : « Vous avez trois ans pour revenir à l'équilibre » mais étant actionnaires, nous nous faisons aussi un devoir de les accompagner.

D'autres écoles sont en déficit. Le modèle des écoles d'ingénieur n'est pas le même en effet que celui des écoles de management. Si nous augmentons leurs droits d'inscription, nous aurons un phénomène d'éviction. Dès lors, l'équation serait encore difficile à résoudre d'autant que nous avons réduit de moitié nos investissements. Aussi, nous nous organisons pour nous faire accompagner dès demain par des partenaires privés.

Quelle en serait la typologie ?

Ce sont des partenaires qui ne cherchent pas que la rentabilité immédiate et qui sont disposés à nous accompagner dans la durée. Ce sont des institutions publiques avec lesquelles nous pourrons créer une holding. Du côté du privé, il s'agit d'entreprises dont les étudiants de l'école pourraient être intéressés par son activité. Notre objectif est de former celles et ceux qui assureront le développement économique de demain.

Quels risques pèsent sur l'emploi au sein de votre chambre ?

Le modèle que nous avons imaginé est suffisamment simple. La baisse des 150 millions d'euros sur quatre ans met évidemment en risque des missions, des collaborations, mais les arbitrages ne sont pas encore décidés. Il y aura évidemment une réorganisation profonde de la maison, avec des postes qui seront supprimés au-delà des non-remplacements de départs à la retraite. Tout cela dépendra du contrat d'objectif et de performance avec l'Etat et de son déploiement en région mais aussi de votes au Parlement.

Faites-vous justement du lobbying en vue de l'adoption du projet de loi de finances cet automne ?

Il appartient à l'Etat de défendre les missions de service public. Je suis un chef d'entreprise pragmatique. Beaucoup de sociétés ne nous connaissent pas mais 78 % de celles qui travaillent avec nous nous trouvent compétents et efficaces. Nous sommes sur le terrain : nous observons les entreprises, nous les côtoyons, nous les rencontrons. Nous nous dirigeons vers une contractualisation et nécessairement, des activités seront supprimées.

Quelles sont les missions des CCI qui pourraient disparaître ?
Nous nous posons actuellement des questions sur les missions d'accompagnement des entreprises. Nous avons passé en revue l'ensemble des missions et nous nous sommes focalisés sur celles qui concernent le développement durable. C'est une mission très importante. Mais du point de vue des entreprises, est-ce que cette demande est satisfaite par le marché ? Au regard de la situation actuelle, j'estime qu'il n'y a pas lieu de mobiliser des équipes importantes. En matière de financement d'entreprises, il y a beaucoup d'acteurs actuellement. Mais pour les petites et moyennes entreprises, nous pourrions continuer à jouer un rôle. Enfin, sur la cinquantaine de sites actuellement implantés en Ile-de-France, certains pourraient disparaître.

Sur le front de l'emploi, nous avons déjà supprimé 1.000 postes dans la maison. Ce qui est vraiment conséquent pour un établissement public. Cela représente plusieurs types d'activités abandonnées. Je pense par exemple à l'Irpi, l'Institut de recherche sur la propriété intellectuelle ou le bureau d'information sur la jeunesse. Nous avons fermé ces sites, ce qui représente des missions en moins, mais cela nous a permis de vendre des actifs immobiliers. Nous allons nécessairement supprimer des activités.

Ce qui m'a frappé lors de la suppression de 1.000 postes, c'est le développement d'autres activités dans le secteur concurrentiel avec des embauches. Nous en avons fait part à Bercy et d'ailleurs au regard de la loi Pacte, il est précisé que les CCI, établissements publics, peuvent faire des recrutements de droit public ou de droit privé. Avec cette perspective, nous changeons complètement le modèle des chambres de commerce.

Quelles sont les pistes de financement possibles pour compenser le manque à gagner ?
Nous sommes déjà dans un modèle de facturation avec la filière des congrès et salons. Les droits d'inscription pour les écoles ne sont pas des modèles de facturation mais cela s'en rapproche. Quand nous avons imaginé le modèle, je suis allé voir des acteurs publics ou des grandes entreprises qui étaient soumis au même type de problème. Je pense par exemple au groupe la Poste qui est confronté à la baisse de la distribution du courrier mais l'entreprise doit quand même développer le reste du chiffre d'affaires en parallèle. Au départ, La Poste est un établissement public avec des agents publics. D'autres groupes comme France Télécom (Orange, ndlr) ont également connu ce même type de transformation. Nous sommes loin d'être un cas isolé.

Nous sommes engagés dans une démarche contractuelle. Demain, nous ne serons plus dans une optique où l'Etat collecte une ressource sur les entreprises et la reverse en laissant le choix de son usage. Cela signifie qu'il y des activités qu'on supprimera. Nous pouvons facturer à l'Etat comme à des collectivités locales pour le développement du territoire, le commerce de centre-ville... Nous savons que l'on a des recettes qui baissent, le défi est de développer le plus de ressources le plus rapidement possible pour qu'il y ait le moins de casse.

Vous reste-t-il des marges de manœuvre ?
L'objectif dans notre démarche est de savoir ce que sera la chambre de commerce dans dix ans ou même cinq ans. Concernant les marges de manœuvre, je veux garder un modèle flexible en raison de l'incertitude qui pèse sur les ressources budgétaires et la conjoncture économique. Comme tout chef d'entreprise, je veux garder une flexibilité pour pouvoir m'adapter. Le modèle actuel de la chambre n'est pas assez flexible et quand il y a un coup dur, c'est parfois difficile de s'adapter. L'objectif est de chercher à se développer le plus rapidement possible pour atténuer la réduction sensible de la ressource publique. Après avoir élaboré une stratégie, l'objectif pour le second semestre est de réfléchir à l'organisation juridique que l'on doit mettre en place avec les transferts de personnels et les flux financiers.

Faut-il revoir la gouvernance des CCI comme l'a suggérée Bruno Le Maire qui a évoqué des « logiques de baronnie » lors de la dernière assemblée générale de CCI France ?
Je ne veux pas me mêler de l'organisation de mes collègues des autres chambres de commerce. Je crois qu'il y a 126 chambres de commerce en France, c'est peut être beaucoup. Par ailleurs, l'Etat s'est largement désengagé de ses responsabilités en confiant des attributions aux 13 régions métropolitaines. Pour la chambre de Paris Ile-de-France, nous avons fait des changements avant d'autres en expliquant qu'on avait une chambre régionale avec les 8 départements. Nous n'avons pas rencontré de problème majeur. La chambre de région a tous les effectifs et toute la ressource fiscale. C'est elle qui gère les congrès et les salons, l'enseignement et en fonction des priorités définies, nous allouons à chacun des départements des effectifs et des ressources utiles pour les missions d'appui.

Après, il y a la question de la tête de réseau CCI France. Sur ce point, il y a deux conceptions. La première est de la concevoir comme un échelon de coordination et d'animation, ce qui me convient. Pour le gouvernement, c'est important d'avoir un tel interlocuteur. La deuxième conception est de donner plus de force à CCI France en lui confiant plus d'autorité sur les chambres. Je ne vois pas vraiment comment une tête de réseau qui n'a pas de contact avec le terrain pourrait avoir une influence plus forte sur les actions que l'on mène. Je ne sais pas comment CCI France, dans sa forme actuelle, pourrait nous imposer quelque chose.

N'assiste-t-on pas à une volonté de recentralisation de la part de l'exécutif ?
Le ministre a été pudique et n'a pas dit un mot sur la composition de CCI France. Si vous avez lu le rapport de l'Inspection générale des Finances, vous aurez remarqué que ce n'est pas le modèle proposé...

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Commentaires
a écrit le 08/08/2018 à 12:30 :
Il faut supprimer l'inutile, c'est a dire tous les postes de pseudo chefs, payés de petites fortunes en étant planqués à rien faire à part des réunions et des statistiques truquées. Un grand coup de balai dont les cci n'auront jamais le courage ni la clairvoyance d'avoir.
a écrit le 18/07/2018 à 16:40 :
Les CCI baignent dans l'argent et ne servent pas a grand chose !
a écrit le 18/07/2018 à 8:24 :
Salaires des DG à 10.000 euros par mois, chefs de service à 7000 euros par mois, dépenses somptuaires dignes de princes (les présidents de CCI régionales ont des voitures avec chauffeur ...)
En effet, il y a encore du gras inutile à tailler dans cette administration dorée et sclérosée

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