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ÉconomieFrance

Parti socialiste: Martine et Manuel, la Valls à deux temps

Photo de Jérôme Cristiani

Jean-Christophe Chanut

Publié le 14 avril 2015 à 08:06 - Mis à jour le 14 avril 2015 à 10:18

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Dans l'optique du congrès du Parti socialiste, Martine Aubry s'est finalement ralliée à la motion présentée par le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. Un texte également signé par... Manuel Valls. Or, le contenu du texte diverge parfois complètement de la politique menée par le Premier ministre...

Si "Paris vaut bien une messe", disait Henri IV, alors, garder le calme au Parti socialiste vaut bien de "gauchiser" son discours. A lire la motion « A », dénommée « Le renouveau socialiste. Réunir ! Réussir ! Renouveler ! », on se croirait revenu plusieurs années en arrière, avant que François Hollande n'entre à l'Elysée.... Et bien avant qu'il ne nomme Manuel Valls Premier ministre pour mener une politique de l'offre.

Et pourtant, comme la quasi-totalité du gouvernement, le même Manuel Valls est signataire de cette motion qui sera défendue par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, au congrès de Poitiers, du 5 au 7 juin. Un psychiatre diagnostiquerait certainement un cas typique de schizophrénie.

De fait, à la lecture de cette motion(*), on ne peut que constater le décalage avec la politique menée actuellement. Mais là était le prix à payer pour rallier Martine Aubry et plusieurs de ses amis. La maire de Lille a en effet été tentée de ne pas soutenir ce texte et de présenter sa propre motion. Mais Martine Aubry est une légitimiste, elle sait le parti mal en point et elle ne voulait pas prendre le risque de provoquer une crise encore plus grave après le désastre des départementales, où son propre département - le Nord - a basculé à droite. Alors, l'ancienne ministre du Travail de Lionel Jospin a saisi le prétexte des dernières annonces de François Hollande et de Manuel Valls - création d'un compte personnel d'activité, plan pour l'investissement - pour rallier la motion « officielle. »

Mais tout au long des 42 pages de la motion, on sent la « patte » de Martine Aubry et de certains « frondeurs » - qui ne sont pas unis - dans leurs appels à davantage d'investissements publics et privés ou dans leur désir de parvenir à « une société bienveillante », notion très proche du « Care » défendu par Martine Aubry.

Il n'empêche que Manuel Valls et ses amis réformateurs (dont Gérard Collomb, sénateur maire de Lyon, et Jean-Marie Le Guen, ministre des Relations avec le Parlement) ont dû avoir du mal à accepter certains points de la motion qui vont totalement à l'encontre de leurs desiderata.

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Pas touche au contrat de travail

Ainsi, par exemple, s'agissant du contrat de travail, il est écrit noir sur blanc dans la motion:

"Le contrat de travail est le deuxième exemple. Les règles qui le régissent, qu'il soit à durée déterminée ou indéterminée, doivent permettre une sécurité pour les salariés et combattre la précarité qui les frappe. Ainsi une réforme telle que le contrat unique ou l'extension des contrats de chantiers à d'autres secteurs que le bâtiment, et a fortiori à l'ensemble des secteurs, est pour nous exclue".


Or, le Premier ministre et son ministre de l'Economie Emmanuel Macron penchaient justement jusqu'ici pour une réforme du CDI... Schizophrénie ou façon de jouer sur les mots ?
Et que dire de ce passage sur la hiérarchie des normes en droit du travail :

"il faut rétablir la hiérarchie des normes : la loi est plus forte que l'accord collectif et lui-même s'impose au contrat de travail. Si la loi peut permettre à des accords de déroger à ces dispositions, elle ne peut le prévoir dans des domaines relevant de l'ordre public social : salaire minimum, durée légale du travail, droit du licenciement, existence de la représentation du personnel ».

Or, justement, Manuel Valls réfléchit actuellement - il a même créé une commission sur le sujet - à la façon de donner plus de poids aux accords d'entreprise... Difficile de comprendre.

Mieux cibler les aides aux entreprises


Et sur l'investissement, là aussi, il y a de quoi s'arracher les cheveux :

"Nous considérons qu'il convient de mieux cibler les dispositifs d'intervention pour les entreprises qui en ont un réel besoin - et d'abord les PME et ETI industrielles, ainsi que les secteurs exposés à la concurrence internationale - et sur les leviers réellement utiles à la compétitivité comme la recherche, l'innovation, la formation".

Ce meilleur « ciblage » des aides était une forte demande des fondeurs... et elle est donc reprise dans le texte.

Or, qu'il s'agisse du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) ou des mesures d'allégements de cotisations prévues par le Pacte de responsabilité... ce sont toutes les entreprises qui ont été visées, sans aucune distinction de taille ou de secteur. Louis Gallois, lui-même, alors commissaire général à l'investissement, avait préconisé que le CICE s'applique sur les rémunérations allant jusqu'à 3,5 Smic (au lieu des 2,5 Smic finalement retenus) afin de mieux cibler les entreprises industrielles - où la moyenne des rémunérations est supérieure à celle des services- confrontées à une forte concurrence à l'exportation. Il est cependant exact que le gouvernement était confronté à un problème de taille : la commission européenne sanctionne les aides sectorielles, considérée comme une arme anticoncurrentielle. On se souvient, à cet égard que le plan « Borotra » - du nom du ministre de l'Industrie de Jacques Chirac, Franck Borotra - en faveur des industries du textile avait été retoqué en 1997 par Bruxelles.

Remise en cause du pacte de responsabilité?

Étonnamment aussi, toujours à propos du pacte de responsabilité, la motion semble "menacer" les entreprises qui ne joueraient pas le jeu des contreparties :

« Un effort de 41 milliards d'euros, étalé jusqu'en 2017, a été décidé en faveur des entreprises à travers le CICE et diverses baisses de cotisations et d'impôts qu'elles acquittent, dont 25 milliards déployés jusqu'en 2015 et 15 autres milliards qui restent à engager dans les lois de finances (...). Les engagements ne semblent pas, à ce stade et par toutes les branches professionnelles, respectés. Si cette situation est confirmée par l'évaluation nationale, nous estimons que les 15 milliards du Pacte qui restent à utiliser devraient dorénavant l'être plus directement pour favoriser l'emploi, l'investissement privé productif et les investissements publics ».

Curieux que les ministres du gouvernement en place aient signé un texte qui laisse entendre que toutes les aides promises pourraient ne pas être versées aux entreprises, alors qu'ils n'ont par ailleurs de cesse de réclamer la « confiance » des entreprises en les invitant à investir et à embaucher. Et ce d'autant plus que Manuel Valls a toujours affirmé qu'il ne changerait pas de politique.

"Social-démocrate" contre "social-libéral"

Mais le plus étonnant réside dans la conclusion de la motion, où il faut quasiment se pincer pour le croire :

« L'avenir n'est pas le social-libéralisme. Car à la fin, il reste le libéralisme sans le social(...). Ni libéral, ni conservateur, l'avenir du socialisme est dans le renouveau. Il est dans une social-démocratie refondée ».

Si l'on peut parfaitement comprendre que Martine Aubry, social-démocrate convaincue, ait signé ça. C'est nettement plus difficile à comprendre de la part de Manuel Valls. Lui qui assume totalement son... « social-libéralisme », appelant durant les primaires à réformer les 35 heures, à instituer une « règle d'or » pour les déficits, à repenser l'assurance-chômage, etc... La politique a des vertus que la raison ignore...

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(*) Trois autres motions seront également défendues. Une, défendue par la gauche du Parti, dont le premier signataire sera le "frondeur" Christian Paul, député de la Nièvre; une autre, présentée par le courant "Cohérence socialiste", autour de la députée des Hautes-Alpes Karine Berger; et une troisième, présentée par Florence Augier, représentant les anciens amis de Stéphane Hessel.

Jean-Christophe Chanut

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