Plus de six actifs sur dix gênés par les nuisances sonores au travail
latribune.fr
Les personnes qui travaillent en open space sont les plus touchées : 74% des actifs interrogés travaillant dans ces conditions se disent gênés par le bruit.
62% des actifs en France disent être gênés par le bruit sur leur lieu de travail, en nette hausse sur un an, selon une étude publiée ce jeudi. Or, le bruit induit des risques accrus pour l'audition ainsi que de fatigue ou de stress, encore peu pris en compte.
C'est un fléau qui ne fait pas de bruit alors qu'il est provoqué justement par l'excès de ce dernier. 62% des actifs français se disent en effet gênés par le bruit lors de leur journée de travail, selon un baromètre Ifop pour l'Association nationale de l'audition, publié ce jeudi, dans le cadre de la Semaine de la Santé auditive au Travail, qui aura lieu du 14 au 19 octobre. Ce qui représente un bond de dix points par rapport à l'année dernière.
Il n'est pas nécessaire de constater un bruit extrêmement fort pour que la gêne soit ressentie. C'est le cas dès que des niveaux d'exposition sont supérieurs à 50-55 décibels (dB(A)) en journée, l'équivalent du bruit dans un restaurant calme ou d'une conversation normale, sont atteints, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce que confirme l'Institut national de recherche et de sécurité (Inrs) : l'exposition prolongée au bruit, « même à des niveaux moyens peut entraîner fatigue, stress et anxiété ». Il rappelle, en outre, que l'ouïe est en danger à partir d'un niveau de 80 db(A), soit l'équivalent d'une circulation automobile dense ou de klaxons, durant une journée de travail de huit heures.
Au travail, les gênes liées aux nuisances sonores touchent toutes les classes d'âge. Ils sont en effet 64% des actifs à se dire gênés chez les moins de 35 ans, 63% chez les 35-49 ans et 59% chez les 50 ans et plus. Par secteur, le BTP et la construction est largement en tête (83%) devant l'agriculture et l'industrie (72%), l'administration (62%), les services (58%) et le commerce (55%).
Sans réelle surprise, les personnes qui travaillent en open space sont les plus touchées (74%). Et même devant celles qui travaillent en atelier, en usine ou sur des chantiers (71%), indique l'étude, menée auprès d'un échantillon de 1.005 personnes représentatif de la population active occupée.
Après des journées dans le bruit de l'open space, certains salariés évoquent une sensation de « trop plein », la frustration d'avoir l'impression de réfléchir « en tournant en rond », voire des migraines.
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9,8 millions de personnes concernées
Les répondants au baromètre citent en premier fatigue, lassitude et irritabilité (60%) parmi les répercussions en termes de santé du bruit. D'autres font état de stress (50%). Ils sont aussi 37% à évoquer une gêne auditive (diminution momentanée de compréhension de la parole), ou à citer les troubles du sommeil (33%), les acouphènes - sifflements, bourdonnements - (32%) ou encore les surdités (24%) et l'hypertension (22%).
Extrapolé à l'ensemble des Français en poste, cela représente quelque 9,8 millions de personnes concernées par la gêne auditive, 8,5 millions par des acouphènes et 6,4 millions par des problèmes de surdité, souligne l'étude.
Pour autant, le sujet est encore peu pris en compte. Dans une note récente pour la Fondation Jean Jaurès, Romain Bendavid, expert des enjeux de qualité de vie au travail, évoque « un fléau occulté ». Si les employeurs reconnaissent que l'audition nécessite des actions de prévention (pose de cloisons, coffrage de machines...), cette priorité « n'apparaît pas au sommet de la pile ».
Et cela se ressent sur le terrain : seuls 44% des actifs estiment que la santé auditive est suffisamment prise en compte par leur employeur, indique l'enquête Ifop. Or, l'association estime que « la réduction du bruit au travail doit devenir un axe majeur dans l'ensemble de l'économie ».
Et si le travail sur site est davantage source de gêne (63%), le télétravail (56%) ne protège pas totalement les actifs, surtout lorsque plusieurs membres du foyer travaillent en même temps à domicile. Si, au bureau, il est parfois possible de trouver un endroit où s'isoler pour travailler au calme, tel n'est pas forcément le cas chez soi. Et la seule solution est finalement de chacun faire des efforts et de prendre sur soi.