Michel Barnier souhaite en faire la grande cause nationale en 2025. La santé mentale est aussi l’un des grands défis du monde du travail. Éclairage avec Philippe Zawieja, consultant au sein du cabinet spécialisé Ekilibre, et psychosociologue du travail*.LA TRIBUNE - Ekilibre qui est un cabinet spécialisé dans l'accompagnement des enjeux humains, managériaux et organisationnels au travail vient de se doter d'une direction de la recherche dont vous avez la responsabilité. Y avait-il urgence à créer cette alliance du terrain et de la science ?
PHILIPPE ZAWIEJA - L'un des enjeux majeurs d'Ekilibre est d'identifier les modifications importantes qui affectent le travail, son sens, la façon de le faire, de le concevoir, mais également le rapport que l'on a avec lui, la qualité de vie et la santé psychologique au travail. Fort de cette expérience, nous souhaitons jouer un rôle de facilitateur entre les organisations et le monde de la recherche, en créant des connexions entre les différents milieux de notre écosystème pour faire progresser la connaissance du travail.
Parmi les grandes mutations que nous avons identifiées, il y a bien sûr l'intelligence artificielle. En ce qu'elle va changer le travail, la tâche, le contenu, son sens. Derrière tout cela se pose la question non seulement du travail, mais de l'emploi. Certains emplois vont être rayés de la carte, d'autres vont être créés au contraire. Qu'en est-il de l'accompagnement des gens qui occupe aujourd'hui ces emplois, de la création des compétences qui vont avec et de l'évolution des compétences ?
C'est un terrain extrêmement inconnu et parfois miné, qui est source d'inquiétude dans les organisations. Aujourd'hui, le discours ambiant c'est : l'IA va bouleverser complètement l'économie du travail. La crainte est palpable auprès des professions intellectuelles. ChatGPT affecte déjà l'enseignement supérieur, la recherche, le droit et tous les métiers qui produisent de l'écrit. Cet objet-là, à lui seul, justifie une opération de recherche. Ensuite, dans l'ici et le maintenant se pose la question de la charge de travail, qu'elle soit physique ou mentale, ou même émotionnelle. Ce sont des préoccupations qui ont un impact fort sur la santé psychologique des travailleurs ; elles méritent d'être explorées.
Propos recueillis par Valérie Abrial