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ÉconomieFrance

Pour redresser la France, Montebourg veut taxer les banques

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 04 janvier 2017 à 11:38 - Mis à jour le 04 janvier 2017 à 17:40

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L'ancien ministre de l'Economie, candidat des primaires de la "Belle alliance populaire" veut ponctionner de 5 milliards d'euros par an les profits des banques pour financer son plan d'investissement permettant de sortir la France de la crise.

La hache de guerre est déterrée. "Les banques sont sorties de la crise, pas la France. Si je suis élu le 8 mai à la présidence de la France, je ponctionnerai de 5 milliards d'euros par an les superprofits des banques qui se sont élevés à 29,2 milliards d'euros l'année dernière. Au regard de celles qu'elles ont coûté au contribuable lors de la crise, cette une contribution modérée qui leur sera donc réclamée", a déclaré Arnaud Montebourg ce mardi à Paris lors d'une conférence de presse au cours de laquelle l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande aujourd'hui candidat à la primaire de la "Belle alliance populaire" a présenté le premier chiffrage de son programme de campagne.

Cette déclaration de guerre n'est pas sans analogie avec les déclarations du candidat Hollande en 2012 qui, dans son discours du Bourget, affirmait sa volonté de s'en prendre " à la mauvaise finance " *.

Une pierre...trois coups

Avec cette proposition, qui omet de préciser que les banques ont intégralement remboursé l'aide offerte par l'Etat au plus fort de la crise, Arnaud Montebourg fait une pierre ... trois coups. Il jette une pierre dans le jardin de Manuel Valls et de Vincent Peillon, ses principaux rivaux à gauche dans la course à l'Elysée qui oublient d'évoquer ce sujet ; il fait une tentative d'ouverture vers la gauche de la gauche de la majorité et notamment les partisans de Jean-Luc Mélenchon ; enfin, il trouve un moyen commode de financer son plan d'investissement qu'il qualifie de keynesien pour relancer l'économie française. Un plan dont le coût annuel est estimé à 24,4 milliards d'euros par Arnaud Montebourg et dont les ambitions sont multiples.

Beaucoup de dépenses, peu de recettes

Concrètement, quelles sont ses mesures phares ?

Du côté des dépenses, outre le renforcement du budget de la Défense dont le coût est estimé à 4,4 milliards d'euros par an, le candidat Montebourg souhaite injecter 4 milliards d'euros par an pour la rénovation thermique des bâtiments, et 4 milliards d'euros par an pour une relance écologique dans les territoires et l'investissement dans les infrastructures. "Nos villages, nos campagnes ne peuvent plus se dépeupler. L'Etat doit intervenir massivement pour que nos territoires redeviennent attractifs pour les forces vives de la Nation", a-t-il déclaré, proposant notamment la création de télécentres et des espaces de télétravail câblés par la fibre dans un certain nombre de villages ruraux.

Quatre milliards seront également dépensés pour créer une assurance-formation dont disposerait tous les Français pour leur permettre, tout au long de leur vie professionnelle, de suivre des formations, de reprendre des études ou de reconquérir du temps pour soi et pour sa famille.

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Une refonte du crédit d'impôt pour la compétitivité et de l'emploi (CICE) est également dans les cartons de l'ancien ministre de l'Economie. Celui-ci sera recentré sur les PME. Dix milliards d'euros, sur les 12 milliards que représente la facture annuelle de ce dispositif, seront ponctionnés. Huit seront utilisés pour financer la baisse de CSG sur les revenus modestes et moyens. "Ce sera un formidable gain de pouvoir d'achat pour les Français qui en ont le plus besoin", a déclaré Arnaud Montebourg. Deux milliards seront utilisés pour réformer le régime social des indépendants.

Le système éducatif n'est pas oublié. La mise en place du dispositif "plus de maîtres que d'élèves", déjà testé, coûtera 4,4 milliards d'euros. Pour revaloriser le salaire des enseignants, notamment dans les zones les plus difficiles, ce seront 3,7 milliards d'euros qui seront dépensés.

Pour améliorer la santé des Français, une mutuelle publique à 10 euros sera lancée. Son coût : 1,9 milliard d'euros. Créer 5.000 postes dans les hôpitaux par an et ouvrir des dispensaires dits "du XXIème siècle" sont des mesures dont les coûts sont respectivement estimés à 300 et 500 millions d'euros.

Quelques mesures de recettes sont également proposées, mais elles ne sont pas légion. "La politique de relance que je propose engendrera mécaniquement des recettes nouvelles pour les finances publiques", a justifié Arnaud Montebourg. Suspendre la directive Travailleurs détachés rapporterait 1 milliard d'euros. Réformer le Sénat et réduisant son nombre d'élus permettrait à l'Etat d'engranger 300 millions de recettes supplémentaires. Reste à savoir si ces deux propositions auront l'aval des principaux concernés, Bruxelles et les partenaires européens de la France, et des sénateurs.

L'avis de Bruxelles

Bruxelles ? Son avis semble laisser Arnaud Montebourg indifférent. C'est dans cette même logique qu'il compte passer outre les dispositions du Small Business act européen, qui réglemente la commande publique aux entreprises, pour que celle-ci devienne un véritable levier de croissance pour les TPE et les PME.

Les injonctions de Bruxelles à respecter la règle des 3% de déficit public sont également jetées à bas par Arnaud Montebourg. Marine Le Pen n'est donc pas la seule à occuper ce terrain et à faire de Bruxelles une cible.

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"Faut-il rappeler que dix pays du G20 ont déjà lancé des plans d'investissement massifs, que l'OCDE considère les conditions d'emprunt anormalement avantageuses et qu'il faut donc en tirer profit ? L'horizon des Français ne peut plus être barré par cette règle des 3% ! », a-t-il déclaré.

______________________

*Sur ce sujet, lire l'ouvrage d'Adrien de Tricornot, Franck Dedieu et Mathias Thépot, « Mon amie, c'est la finance ! » Bayard, 2014.

Fabien Piliu

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