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ÉconomieFrance

Docteur Hamon, Mister Montebourg (et vice versa) : comment différencier les programmes ?

Photo de Sasha Mitchell

Sasha Mitchell

Publié le 30 décembre 2016 à 17:05 - Mis à jour le 31 décembre 2016 à 03:09

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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A trois semaines du premier tour de la primaire de la gauche, les candidats peaufinent stratégie et programme. Mardi, Arnaud Montebourg a mis en ligne ses propositions. Sur la question du régime politique, de l'Europe, de la loi Travail et de l'écologie (entre autres), l'ancien ministre de l'Economie est proche des positions d'un autre ancien camarade au gouvernement, Benoît Hamon. Un constat qui renforce les questions autour de la pertinence de deux candidatures issues de la gauche du parti.

Entre Noël et le jour de l'an, en pleines vacances scolaires, Arnaud Montebourg a dégainé ses 70 propositions pour la France. Et ce n'est que le commencement, prévient l'ancien ministre de l'Économie. D'autres suivront dès le début de l'année, à quelques semaines du premier tour de de la Belle alliance populaire, prévu les 22 janvier. Bien que parfois concrètes et chiffrées, ces propositions se résument pour l'heure à des verbatims de discours et d'interventions télévisées, assez peu détaillées. Dans la section "protection des fleurons industriels français" et "création de nouveaux champions de l'industrie européenne", par exemple, on lit simplement que "le projet sur lequel [il] souhaite rassembler ces pays (européens, NDLR), c'est la fin de l'austérité et la fin de la politique stupide qui interdit toute aide d'État et bâtir de nouveaux Airbus".

Lire aussi : Présidentielle 2017 : qui sont les candidats à la primaire de la gauche ?

Les lignes directrices sont en  revanche clairement définies : refonte de la République, de l'Europe et priorité au "made in France", sous toutes ses formes. Et force est de constater que l'ancien député de Saône-et-Loire rejoint sur nombre de points centraux l'autre principal candidat classé à la gauche du Parti socialiste : Benoît Hamon, dont le programme est disponible depuis quelques semaines. Revue de détail des points communs, et des (quelques) différences notables.

Abrogation de la loi Travail, adieu 49.3 (ou presque)

Tous deux démissionnaires du gouvernement Valls I en août 2014, Montebourg et Hamon se retrouvent sur le rejet d'une partie du bilan de François Hollande. Dans les deux programmes, on note la volonté d'abroger purement et simplement la loi Travail et de modifier le 49.3, article de la Constitution invoqué six fois en cinq ans pour la loi Macron et la loi Travail. Arnaud Montebourg propose de limiter son recours au vote du budget, alors que Benoît Hamon propose en plus la création d'un "49.3 citoyen". À noter qu'ils ne sont pas les seuls puisque Manuel Valls, pourtant Premier ministre au moment des six utilisations, souhaite également le limiter...

En finir avec la Ve République

Près de 60 ans après l'élaboration de la Constitution de 1958, les deux candidats veulent ouvrir le VIe chapitre de l'histoire républicaine. Du côté de Montebourg, l'idée serait d'organiser un référendum dès l'été 2017, de réformer le Sénat - réduit à cent sénateurs tirés au sort parmi les citoyens - et d'instaurer le septennat non renouvelable "car nous avons l'impression que la France est en permanence en campagne présidentielle". Le septennat unique et le Sénat citoyen sont également présents dans les propositions de Benoît Hamon, qui souhaite en parallèle limiter le cumul des mandats dans le temps et inviter les citoyens à participer à l'élaboration des lois ainsi qu'à la répartition du budget. Les signataires de la motion B des "frondeurs" en 2015 se rejoignent sur l'instauration d'une fraction de proportionnelle lors des élections législatives. Arnaud Montebourg est en revanche le seul des deux à souhaiter la réduction du nombre de députés. L'ancien ministre de l'Éducation, lui, voudrait rendre effective la reconnaissance du vote blanc : "Si la somme des votes blancs et des abstentions atteint la majorité absolue, l'élection doit être annulée et un nouveau scrutin doit être programmé."

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"Pas cette Europe-la !"

Autre sujet sur lequel les deux anciens ministres s'entendent : l'Europe. Lorsque Montebourg propose de suspendre la directive "travailleurs détachés", Hamon veut une harmonisation fiscale européenne et l'adoption d'un traité social européen pour mettre fin "au dumping social" et créer un SMIC européen "à hauteur de 60% du salaire moyen". Même constat sur l'austérité, "inefficace", et la relance par l'investissement. Relativement absente du programme d'Arnaud Montebourg, qui prévoit de renégocier les accords du Touquet et de recenser les capacités d'accueil des mairies, la question des réfugiés est omniprésente dans celui de Benoît Hamon, pour qui il apparaît indispensable de modifier les règles de Dublin sur le droit d'asile, d'éliminer les obstacles à l'intégration des réfugiés et de mettre en place un visa humanitaire pour une protection temporaire. La protection des lanceurs d'alerte est en revanche une priorité pour les deux hommes.

Le "made in France", pierre angulaire du programme économique de Montebourg

Sans surprise, le "made in France" occupe une place de choix dans le programme de l'ancien ministre du Redressement productif, qui avait notamment proposé la nationalisation des hauts fourneaux de Florange à François Hollande. En vain. Montebourg candidat propose donc d'attribuer 80% des marchés publics aux PME implantées en France, de soumettre à l'État les investissements étrangers les intérêts stratégiques du pays - via un décret "made in France" et "d'"exercer un contrepoids patriotique au sein des grands groupes du CAC 40".

L'investissement pour l'écologie, priorité de Benoît Hamon

"Je ne serai plus jamais socialiste sans être écologiste", déclarait Hamon le 22 novembre. Une position mise en évidence dans ses propositions : sortie du diesel et passage à 50% d'énergie renouvelable d'ici à 2025, mise en place d'un plan zéro déchet et une place centrale accordée à l'Etat pour la "révolution énergétique". Le député des Yvelines souhaite par ailleurs interdire les pesticides dangereux et les perturbateurs endocriniens. Sous une présidence Hamon, la priorité de l'attribution du foncier agricole serait part ailleurs donnée aux projets bio et agroécologiques.

L'écologie occupe également une place importante dans le programme de son concurrent. Arnaud Montebourg souhaite en effet :

  • investir 100 milliards d'euros pour la rénovation thermique des bâtiments et le développement des transports propres,
  • injecter 20 milliards d'euros pour la relance écologique dans les territoires,
  • s'opposer à l'exploitation du gaz de schiste (sur ce point, Montebourg a revu sa position, beaucoup plus rigide qu'en janvier 2014),
  • créer un fonds d'investissement public pour soutenir les entreprises françaises de production d'énergie renouvelable.

Le revenu universel, principal point de divergence

Pour tendre vers l'éradication de la grande précarité, Benoît Hamon souhaite la création d'un revenu universel d'existence. D'un montant de 750 euros à terme, celui-ci serait versé à tout un chacun, quelque soit son niveau de revenu. Une proposition synonyme de renoncement, selon les partisans d'Arnaud Montebourg. "Pour beaucoup d'économistes libéraux, le revenu universel, c'est une façon d'accepter le chômage de masse dans un monde numérique où l'on sait bien qu'il y aura moins de travail", a affirmé le député de la Nièvre Christian Paul. "Déserter la question du chômage [...], se résigner d'une certaine façon, c'est le problème, d'ailleurs, le désaccord que nous pouvons avoir avec Benoît Hamon sur le revenu universel", a-t-il poursuivi, avant de préciser que son candidat présenterait ses mesures pour éradiquer le chômage de masse la semaine prochaine.

La jeunesse et la culture, grandes absentes (pour le moment) du programme de Montebourg

Au rayon jeunesse, des propositions d'Arnaud Montebourg, pas grand chose. Un service national obligatoire (civil, humanitaire ou militaire) qui ouvrirait le droit à un micro-crédit de 5 à 10.000 euros et puis... c'est tout. De son côté, Benoît Hamon propose la création d'un service public du soutien scolaire, la valorisation de l'Enseignement supérieur et le développement de la mixité sociale dans les écoles. La prévention contre le cannabis (qu'il souhaite légaliser), l'alcool et le tabac font également partie de ses plans.

Côté culture, Hamon prévoit d'allouer 1% du PIB au secteur et la création de lieux artistiques puridisciplinaires sur tout le territoire. Montebourg, pour sa part, n'a encore rien proposé.

Le droit de vote des étrangers aux élections locales, encore et toujours

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Promesse de François Hollande en 2012, proposition de loi déposée par la gauche en 2000, promesse de François Mitterrand en 1981 puis en 1988, le droit de vote des étrangers non ressortissants de l'Union européenne est présent dans les deux programmes. Rebelote dans cinq ans ?

Sasha Mitchell

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