Pourquoi et comment relocaliser la production de certains médicaments  ?

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Axyntis, l'un des leaders français de chimie fine, produit quelque 150 molécules pour 2/3 des plus grands laboratoires européens et emploie 450 salariés.
Axyntis, l'un des leaders français de chimie fine, produit quelque 150 molécules pour 2/3 des plus grands laboratoires européens et emploie 450 salariés. (Crédits : DR)
CHARTRES (28). Dans le contexte de l'épidémie du Covid 19, Polepharma tire la sonnette d'alarme face aux risques que fait peser l'externalisation de 80% de la fabrication des molécules de médicaments. Le premier cluster pharmaceutique européen, basé en Eure et Loir, propose des solutions pour relocaliser d'urgence notamment la production la plus sensible.

Une question de santé publique et par voie de conséquence de souveraineté nationale. Par la voix de l'un de ses administrateurs, David Simonnet, pdg d'Axyntis, groupe français de chimie fine dont l'une des quatre usines est située à Pithiviers dans le Loiret, Polepharma appelle les pouvoirs publics et les laboratoires pharmaceutiques à réfléchir à l'après crise. Et surtout à changer radicalement les process de l'industrie de la santé dont le côté stratégique doit être mesuré à l'aune de la pandémie actuelle.

« Les médicaments ne doivent pas être gérés comme une marchandise banale, rappelle David Simonnet. La logique de réduction de coûts, poursuivie depuis trois décennies, a ses limites comme en atteste les risques qu'elle fait peser pour l'approvisionnement en produits sanitaires ».

Avec 60% et 20% de la production des molécules réalisé en Chine et en Inde, la pénurie a déjà commencé à se faire sentir début 2019, quand plusieurs régions chinoises se sont retrouvées à l'arrêt pendant plusieurs semaines du fait de la pandémie. « Cette tension sur certains médicaments n'a pu être palliée que grâce aux stocks, assure David Simonnet. Le risque que fait peser la désindustrialisation européenne est également visible du côté du gel hydroalcoolique. Il ne reste que peu de fabricants en France et sur le vieux continent de ce produit pourtant essentiel en cas d'épidémie. Via cet exemple marquant, l'on perçoit mieux les vertus d'une production de proximité ».

R&D et commercialisation des médicaments

C'est à partir des années 1990 que l'externalisation hors d'Europe de la fabrication des principes actifs des médicaments a été organisée voire encouragée. A la clé, des prix bas avec la multiplication exponentielle des gélules et cachets génériques. La plupart des grands laboratoires a ainsi privilégié la sous-traitance pour se concentrer sur les phases de recherche et développement, et la commercialisation.

A quelques exceptions près comme Sanofi, qui a créé une division de production indépendante, ou encore Servier et Pierre Fabre. Les empires pharmaceutiques anglo-saxons sont au contraire engagés dans une logique d'externalisation complète de la production. Outre la prise de conscience des Européens face au risque sous-entendu par cette dépendance sanitaire, la réduction drastique des écarts de coûts avec les pays émergents (entre 5% et 15% contre 30% en 1990) constituera probablement aussi un accélérateur à la relocalisation de la fabrication de certaines molécules

Pérenniser les sites hexagonaux et augmenter leur production

Conscients qu'il sera impossible, en termes financier mais aussi d'impact sociétal négatif, de rapatrier la production des médicaments en Europe, en construisant notamment de nouvelles usines, Polepharma propose une réponse graduée face à la situation déséquilibrée actuelle. « Nous préconisons en premier lieu la relocalisation de la fabrication des molécules thérapeutiques majeures comme celles servant au traitement du cancer ou agissant sur le système nerveux, poursuit David Simonnet. Une partie de la production des médicaments génériques, sous-traitée à 100%, serait également rapatriée sur le territoire européen. En France, cette montée en puissance de la capacité industrielle devra s'accompagner en second lieu d'une réorganisation des usines de chimie fine et d'un réaménagement du travail ». A la clé, un investissement estimé à plusieurs centaines de millions d'euros, financé par la dizaine de groupes de chimie opérant dans l'Hexagone, à l'instar de Seqens en Rhône Alpes, Minakem dans les Hauts de France et PMC Isochem dans l'Essonne, mais aussi pour partie par leurs clients, les laboratoires pharmaceutiques.

Au vu des récentes déclarations du ministre de l'économie, Bruno Le Maire, qui a jugé irresponsable et déraisonnable de dépendre de la Chine et de l'Inde pour 85% de l'approvisionnement en molécules, la chaîne de valeur du médicament escompte pouvoir compter sur un coup de pouce décisif de l'Etat pour mener sa restructuration, une fois l'épidémie de coronavirus passée.

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a écrit le 24/03/2020 à 15:46 :
Les entreprises vendant des médicaments dans un pays devraient avoir obligation de les produire sur place. Et surtout, être légalement obligés de donner gratuitement leur ligne de production au pays s'ils souhaitent l'arrêter. Aujourd'hui certain se permettent d'arrêter de produire juste parce que ce n'est plus "rentable" et/ou pour privilégier la vente de "nouvelles" molécules plus cher.
Réponse de le 25/03/2020 à 10:04 :
Vous vivez dans un monde imaginaire... Ce que vous dites est absurde. Pourquoi ne pas appliquer cela à tout aussi... Mais je doute qu'on puisse fabriquer au même prix !!!
a écrit le 24/03/2020 à 11:12 :
Il n'y a pas que les médicaments qu'il faut relocaliser, peut-on encore accepter ces tankers polluants qui mettent 45 jours pour arriver en Europe. Ce virus a permis de constater une forte baisse des émissions de CO2 dans le monde, une leçon à retenir d'urgence.
Réponse de le 24/03/2020 à 17:46 :
Je dirai même plus, les médicaments devraient être considérés comme produit stratégiques donc obligatoirement fabriqués en France au même titre que d'autres produits.
Ne plus jamais dépendre d'autrui pour l'approvisionnement des matières premières. Comme un système militaire. De Gaulle ce grand stratège avait bien raison.
Réponse de le 26/03/2020 à 4:41 :
Bonjour
Effectivement les tankers qui polluent nos mers et favorisent l’extinction des mammifères marins dégagent plus de CO2 que l’ensemble des voitures qui circulent dans le monde . Personne ne dit rien et ils continuent de participer à polluer la planète. Et pour le covid19 , est-ce que ce n’est pas la nature qui se venge ???
a écrit le 24/03/2020 à 10:45 :
C'est faisable sans problème avec du protectionnisme à savoir ce qui est en train d'enrichir les états unis et d’appauvrir l'UE vu que les dragons célestes européens n'en veulent pas du tout, protéger l’environnement et les humains n'est absolument pas dans leurs intentions d'ailleurs, ne l'a jamais été et ne le sera jamais.
a écrit le 24/03/2020 à 10:38 :
mais evidemment!
les seules reformes de la secu depuis 30 ans c'est la baisse du prix du medicament, et la poussee du generique ( faut pas toucher le buget global, c'est chasse gardeee des syndicalistes d'ultra gauche)
les copains a hollande ( montebourg et consors) avaient promis aux industriels a commencer par Viehbacher de leur faire rendre gorge
le gouvernement hollande a vote des lois florange, dailymotion, etc etc etc qui ont fini de mettre l'industrie dehors
les baveux de gauche applaudissent les goodyear qui saccagent leur entreprise et veulent 2 millions d'euros d'indemnites de licenciement
le grand capital est taxe pour financer le social dans un grand cadre de chasse au capital qui va ailleurs vu qu'on le met dehors
la loi pacte explique que l'affectio societatis n'existe plus, chacun doit dire qu'il souhaite sauver la planete, et les ours blancs, le tout avec des investissements pas rentables pour faire plaisir a segolene royal qui a montre la voie avec sa region ( avant de refiler sa dette a l'aquitaine)
Personne ne voudra revenir dans un pays comme ca
la france e mis les centres de decisions dehors, le seul truc qui peut encore s'installer, c'est la r&d, a cause du credit impot recherche
quand on veut resoudre un pb, faut pas se tromper dans les analyses, sinon on est tres decu du resultat!
pour la france, ca sera near shoring, mais certainement pas retour de l'industrie!

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