Un été en Grèce : optez pour le Péloponnèse plutôt que les Cyclades

Le lac Héraion près de Corinthe dans le Péloponnèse.
LTD/JAN WLODARCZYK/SIME/ONLYWORLD

Le lac Héraion près de Corinthe dans le Péloponnèse.
LTD/JAN WLODARCZYK/SIME/ONLYWORLD
Le bel Hermès porte sur son bras gauche Dionysos, alors encore un bébé. Le messager des dieux a été missionné par leur père Zeus pour l’amener aux nymphes, afin que celles-ci l’élèvent en cachette de sa femme, Héra. Ce dieu fait une halte près d’une souche sur laquelle il a posé son manteau, le visage empreint de sérénité. Son bras droit est brisé au niveau du coude. Mais sa main aurait tenu une grappe de raisin que le bambin, futur dieu du vin dans la mythologie grecque, chercherait à attraper.
Si d’autres versions existent – un instrument de musique ou un gobelet à boire –, c’est celle-ci qui est mise en avant au musée archéologique d’Olympie, l’un des plus importants de la Grèce : il jouxte le sanctuaire antique où sont nés les Jeux olympiques en 776 avant J.-C., dans l’ouest du Péloponnèse.
On s’y balade sous un ciel orageux de début d’été, quasiment personne dans les allées. La statue de 2 mètres a été découverte dans les ruines du temple d’Héra, dont les colonnes se dressent au milieu des oliviers, pas loin du célèbre stade. Sculptée au IVe siècle avant J.-C. par Praxitèle, elle est en marbre de Paros, d’un blanc particulièrement pur, extrait des carrières de cette île des Cyclades.
Justement… Et si, atterri à l’aéroport d’Athènes, plutôt que de prendre la direction du port du Pirée afin d’embarquer pour l’un des cailloux paradisiaques de cet archipel en blanc et bleu, on bifurquait plein ouest, pour un road-trip dans cette péninsule reliée par l’isthme de Corinthe à la Grèce continentale. Une autoroute flambant neuve nous mène vers le Péloponnèse, dont nous suivons la côte nord par Aigion ou Patras, deux cités millénaires.
Nous la quittons au niveau de Kourouta, petite station balnéaire de la mer Ionienne. Là, en Élide, les pieds dans le sable face à l’eau cristalline, se dresse l’hôtel Dexamenes, pépite repérée par l’agence de voyages Le Therapist.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Hermès et Dionysos ne sont pas loin, figés pour l’éternité à une trentaine de kilomètres dans les terres. Notre angelot, futur bon vivant, n’aurait pas boudé cette nouvelle adresse aménagée dans un ancien site viticole laissé à l’abandon dans les années 1980. Les cuves en béton dans lesquelles fermentait le jus de raisins de Corinthe abritent désormais des chambres au style minimaliste intemporel.
Lors de la crise du phylloxéra en France, au XIXe siècle, les vignerons grecs exportèrent massivement leurs vins vers l’Hexagone, principalement depuis cette région du Péloponnèse. Cette coopérative fut fondée vers 1920 dans un esprit communautaire. « Des tuyaux acheminaient directement le nectar local vers le large, déversé dans les cales des bateaux, retrace Nikos Karaflos, 39 ans, propriétaire des lieux qui a grandi sur la parcelle voisine. Enfant, je jouais sur cette plage avec le fils de la taverne d’à côté. Quand j’avais 15 ans, mon père m’a emmené à Patras lors de la vente aux enchères du terrain, pour le racheter. Dès la fin de mes études d’ingénieur, j’ai monté un projet d’hôtel. »
La plage est l’une des plus longues de Grèce, avec des couchers de soleil mémorables sur l’île de Zante, juste en face. Au loin, le regard porte jusqu’au mont Ainos, sur l’île de Céphalonie. On se perd dans cette campagne d’autrefois, sur de petites routes bordées de vignes et de champs de pastèques, des oratoires orthodoxes à chaque carrefour, un berger rassemblant ses moutons dans une pâture.
Un motocycliste croisé à deux reprises, sans casque, débardeur blanc et bottes de travail en caoutchouc noires, fait signe de s’arrêter, afin de s’assurer que l’on n’est pas perdu. « Tout va bien ? » s’enquiert Andréas d’un grand sourire, avant de repartir rassuré. Aussi, pour la suite de ce road-trip, pourquoi pas jusqu’au Magne, dans le sud du Péloponnèse, nous nous placerons sous la protection d’Hermès, le dieu des voyageurs.
🏨 Hôtel Dexamenes

Murs en béton patiné, sol en terrazzo… : les 34 chambres de cette retraite hédoniste au style brut s’ouvrent sur la mer ou sur un patio par de larges baies vitrées. Le petit déjeuner se prend sous les mûriers de l’ancienne coopérative, le spa est aménagé dans l’ex-maison du directeur. Nom du wi-fi : just relax. Créé en 2019 et agrandi en 2025, le lieu a été réhabilité par le réputé K-Studio, à Athènes. Certains soirs, une expérience culinaire est proposée à l’intérieur de l’une des anciennes cuves à ciel ouvert, avec projections et menu unique, consacré cet été à la tomate, ntomáta en grec. Chambre à partir de 180 euros en basse saison, 250 euros en haute saison.
Chemin de Kourouta, Kourouta 272 00 ☎️ +30 2622 025999
ℹ️ Informations sur dexamenes.com
🐴 Ranch Savalia Horse Riding Club
Voir cette publication sur InstagramUne publication partagée par Savalia Horse Riding Club - Sport & Nature (@savaliahorseriding)
D’origine russe, grecque et italienne, Melina Vlantikin a été happée par la douceur de vivre du Péloponnèse, où elle a créé une ferme équestre avec sa famille. Balades de deux heures à cheval dans la pinède et sur la plage au soleil couchant, avec baignade en options, 55 à 70 euros.
Savalia, 272 00 ☎️ +30 6974 318256
🏛️ Le Therapist
Créée en 2025 par Eden Debus, 25 ans, cette jeune agence de voyages sur mesure propose des séjours de dix jours à partir de 600 euros. Son road-trip péloponnésien comprend trois haltes, entre Athènes, l’hôtel Dexamenes à Kourouta et une pause bien-être à l’Euphoria Retreat à Mistras.
Informations sur letherapist.com
🛫 Sky Express
Vol Paris-Athènes à partir de 130 euros. Départ quotidien à 14 h 15 de Roissy, retour d’Athènes à 10 h 40.
Informations sur skyexpress.gr
L’INSIDER VOYAGEUR : « Aller là où personne ne va »
– Eden Debus, fondatrice de l’agence Le Therapist
« Le Péloponnèse et ses longues étendues sauvages tranchent avec l’idée habituelle que l’on a de la Grèce, où l’on s’imagine Paros, Mykonos, les ferrys, la foule. Là, ce voyage nous offre quelque chose de différent, avec une vie locale, beaucoup de culture, peu de monde. Il ne s’agit pas de changer de destination mais d’en découvrir une autre facette, grâce à des pépites cachées. Pour moi, le nouveau chic, c’est le silence, la rareté, l’inaccessibilité, rendre le temps plus long… On ne va plus chercher à accumuler les activités. Je trouve qu’il y a vraiment eu un switch : si, avant, on voulait aller là où tout le monde va, on désire maintenant se rendre là où personne ne va, vers ce que personne ne connaît, pour disparaître et se retrouver dans la solitude. La tendance est de pouvoir dire en rentrant : tiens, je suis parti dans un endroit méconnu. »