Présidentielle 2017 : les candidats à la primaire de droite passent leur grand oral de l'économie

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L'ensembles des candidats Les Républicains à la primaire ont passé un grand oral économique devant plus de cinq cents chefs d'entreprise.
L'ensembles des candidats "Les Républicains" à la primaire ont passé un "grand oral économique" devant plus de cinq cents chefs d'entreprise. (Crédits : Reuters)
"Les primaires de l'économie", organisées par cinq associations d'entrepreneurs, ont été l'occasion pour les six candidats "Les Républicains" à la primaire de la droite d'exposer dans le détail leur programme économique, fiscal et social.

Ils sont venus, ils sont tous là. Les six candidats « Les Républicains » à la primaire de la droite et du centre ont accepté de se prêter au jeu des questions-réponses devant un auditoire de plus de cinq cents chefs d'entreprise, réunis par cinq associations* regroupant des start-ups, des investisseurs et des entrepreneurs. A l'occasion de ces « primaires de l'économie », les candidats avaient douze minutes pour décliner leur programme et tenter de faire la différence sur les questions économiques et sociales.

Sur la forme, chacun des candidats a été bon... manifestement chacun dans son registre avait très bien préparé cet événement: les chefs d'entreprise ne sont pas un électorat potentiel à prendre à la légère !  Sur le fond, les candidats à la primaire ont eu bien du mal à se distinguer, même si chacun a développé une ou deux idées originales.

Des idées commune avec des particularités

Ainsi, Jean-François Copé tient à doter tous les français d'un code Siret dès l'âge de 16 ans, « pour qu'ils puissent commencer à travailler s'ils le souhaitent sans être salariés ». Bruno Le Maire, lui, défend la fusion des centres d'apprentissage et des lycées professionnels pour créer des "écoles de métiers" pilotées par les régions. Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite créer un « statut général du travailleur indépendant qui évitera à une personne de changer de statut tous les six mois. Mais ce statut serait refusé à une personne qui serait économiquement dépendante (pour plus plus de 60 % de ses revenus) d'un seul donneur d'ordre ». Pour sa part, François Fillon a proposé d'instituer une « flat tax » pour les entreprises au taux de 30%, CSG comprise.

Fiscalité des entreprises: à chacun son dosage

Mais au-delà de ces particularités, tous évoquent un nécessaire « choc des dépenses publiques » qui doivent être réduites grosso modo d'environ 100 milliards d'euros, soit 5 points de PIB tout de même... Tous posent aussi comme objectif le retour au plein emploi pour la fin de leur quinquennat ; tous réclament une diminution drastique des prélèvements sociaux et fiscaux pesant sur les entreprises ; tous veulent diminuer le nombre de fonctionnaires, voire supprimer « l'emploi à vie » pour les agents, comme le propose Jean-François Copé. Tous plaident aussi pour la suppression de l'ISF, sauf Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) qui veut le transformer en « obligation d'investissement » après en avoir changé le taux et la base.

Pour autant, chacun a sa propre recette, son dosage spécifique. Par exemple, au chapitre de la fiscalité, Alain Juppé veut baisser les prélèvements sur les entreprises à hauteur de 28 milliards d'euros et concentrer sur les bas salaires (entre le Smic et 1,8 Smic) les allègements de cotisations. De même, il propose de transférer sur la TVA - qu'il augmenterait d'un point - 10 milliards d'euros de cotisations familiales. En revanche, le maire de Bordeaux reconnaît que la baisse de l'impôt sur le revenu n'est pas sa priorité car l'état des finances publiques ne le permet pas. Pour NKM, 65 milliards d'euros devront être consacrés à la baisse des prélèvements pesant sur le capital et 35 milliards à ceux pesant sur le travail. Comme les autres concurrents à la primaire, elle se propose aussi de baisser le taux de l'impôt sur les sociétés. Nicolas Sarkozy veut aussi concentrer les allégements de prélèvements sociaux sur les bas salaires (jusqu'à 1,6 Smic), il y consacrera 34 milliards d'euros, dont 17 milliards par reconversion de l'actuel CICE.

Pour sa part, Jean-François Copé avance qu'il baissera les prélèvements obligatoires de 50 milliards d'euros dont 30 milliards concerneront des allégements sociaux pour les entreprises qui seront financés par une hausse de trois points de la TVA (ce qui rapporterait environ 24 milliards d'euros). Il se prononce aussi pour la mise en œuvre de prélèvements libératoires au taux de 26 % pour les plus-values mobilières et variant entre 25% et 30 % pour la transmission d'entreprise. Bruno Le Maire, lui aussi, plaide pour une baisse de l'IS afin d'éviter « un dumping fiscal en Europe ». Il annonce qu'il transformera l'actuel crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE,) en « baisse de charges pour les entreprises »... Une idée, partagée, on l'a vu, notamment par Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Et comprenant le « ras le bol » des chefs d'entreprise devant les changements permanents des règles du jeu en matière de fiscalité, Bruno Le Maire fera inscrire le principe de la « stabilité fiscale » dans la Constitution. Nicolas Sarkozy, lui, propose de faire voter dès l'été 2017, un "paquet fiscal" qui sera valable pour tout le quinquennat.

Droit du travail: fin des 35 heures et priorité à l'accord d'entreprise

Au chapitre du droit du travail, ces « primaires de l'économie » ont également donné lieu à une sorte de course à l'échalote. Certes, tous les candidats prônent la fin des 35 heures légales, selon des modalités à peu près identiques, et tous veulent faire de l'accord d'entreprise le pivot des normes sociales.

Mais certains vont beaucoup plus loin. Jean-François Copé veut mettre fin à la gestion paritaire (organisations patronales et syndicales) de l'assurance chômage et généraliser « le référendum d'entreprise sans passer par les syndicats ».... tout comme François Fillon « en cas de blocage syndical ». "JFC"  veut aussi limiter les pouvoirs de contrôle de l'inspection du travail et de l'Urssaf.

Bruno Le Maire veut privatiser Pôle Emploi et supprimer les seuils sociaux de dix et cinquante salariés. Quant à NKM, elle veut supprimer « les délégués permanents dans les entreprises de moins de 500 salariés ». Alain Juppé, lui, veut instituer un « CDI sécurisé », en reprenant l'idée du Medef de prévoir dans le contrat de travail, dès sa signature, les motifs qui pourront entraîner sa rupture, ce qui limiterait les pouvoirs du juge. Bien entendu, Bruno Le Maire a défendu son idée d'instituer un « contrat à objet défini », une sorte de CDD renouvelable cinq fois sur une période totale de trois ans, assorti d'une prime de précarité très attrayante. Quand à Nicolas Sarkozy, il proposera une mesure immédiate pour simplifier les licenciements économiques.

Les spécificités de l'économie numérique un peu oubliées

Ces « primaires de l'économie » ont donc été l'occasion de passer en revue le programme de chaque candidat. Tous ont pu étayer leurs arguments sur les questions économiques, fiscales et sociales... sans d'ailleurs éviter - mais très courtoisement - d'envoyer des peaux de banane sous les pieds des autres concurrents. Mais les chefs d'entreprise présents dans la salle semblaient rester un peu sur leur faim.

Et pour cause, représentant essentiellement l'économie numérique, ils ont pu constater que, finalement, les candidats de la primaire de la droite avaient peu d'idées vraiment innovantes en la matière. Certes, NKM ou François Fillon ont insisté sur le besoin d'encourager le travail indépendant, certes Alain Juppé a fixé des limites à « l'ubérisation » de l'économie en rappelant que tous les acteurs devaient respecter les mêmes règles du jeu. Certes, plusieurs candidats ont prôné une baisse du forfait social pesant sur l'intéressement et la participation, des mécanismes très en vue dans les entreprises du numérique. Certes Nicolas Sarkozy  a proposé de défiscaliser 60% des investissements réalisés dans des entreprises numériques. Mais, in fine, rien de réellement neuf, en matière de capital-risque, d'aide au financement de la recherche ou pour le développement de la nouvelle économie collaborative ... Autant de sujets dont les entrepreneurs du numérique sont friands.

C'est donc certainement davantage en fonction de la personnalité de chaque candidat que les chefs d'entreprise feront leur choix... s'ils souhaitent voter les 20 et 27 novembre pour choisir le candidat de la droite à la présidentielle.

 * Les Primaires de l'Économie étaient organisées par 5 associations, l'ACSEL, CroissancePlus, France Biotech, France Digitale, et le METI

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Commentaires
a écrit le 28/09/2016 à 12:08 :
Des concepts effectivement évidents si l'on veut -rien ne se fera sans- rétablir la confiance: stabilité fiscale, suppression des mesures fiscales vexatoires (ISF), diminution de la dépense publique (5 points de PIB ou 100 milliards par an nous mettrait à mi-chemin entre l'époque Miterrand et aujourd'hui). Il faut ancrer l'idée dans les esprits que les efforts de productivité, les prises de risque, de la sphère privée et des entrepreneurs ne sauraient être ponctionnés par l'état pour des investissements dont nul ne veut faire le bilan (ils sont où les milliards des investissements d'avenir?), mais restera dans les mains des initiateurs qui les reinvestiront..Ensuite, et seulement ensuite, on pourra au fur et à mesure de l'amélioration espérée mais non acquise, parler de diminution d'impôts..
a écrit le 28/09/2016 à 9:39 :
On peut poser des questions nous aussi ?

M. Sarkozy, pensez vous avoir trouvé assez de ministres "beaux" pour votre futur gouvernement ?

Pensez vous avoir assez de fonds pour acheter des serviteurs compétents et influents ?

Merci de diffuser mon message parce que pas une seule allusion au bouquin de buisson et aux deux personnages en garde à vue placés par Sarkozy c'est un peu la honte quand même, je comprendrais que vous arrêtiez de parler des élections, cela me semblerait même être la meilleure solution, mais continuer de faire comme si de rien n'était n'est pas digne de vous.

Merci.
a écrit le 28/09/2016 à 7:35 :
Je ne sais pas comment des dirigeants d'entreprises peuvent recevoir une telle avalanche de promesses plus irréalistes les unes que les autres.

Ils savent que la mise en oeuvre du changement est difficile et surtout impose la confiance.

Annoncer une réduction des impots, sans redéfinir les missions de l'état etndes collectivites n'a aucun sens.
Ne pas agir pour faciliter l'investissement aux entreprises, la réduction des delais de paiements, gravissime
Enfin, est ce le role des entreprises d'assurer la collecte des assurances sociales des salariés? Dans un monde ou la pluri activités et les parcours multi statut doivent être accompagnés voir encouragés
a écrit le 28/09/2016 à 6:50 :
Pas un mot sur le role de l'énergie dans le développement de l'économie. La solution consiste à répartir les charges sociales sur le travail et sur la consommation d'énergie en mettant en place une fiscalité énergétique: une taxe sur l'énergie pour réduire le cout du travail. Cette taxe serait évidemment à la charge des ménages en dernier ressort. Cela permettrait de réduire les prix des produits non énergétiques, et le pouvoir d'achat serait maintenu, l'équité serait préservée par une allocation pour les bas revenus. Tout ça correspond à la note n°6 du CAE. Cette taxe sur l'énergie permettrait de protéger le climat. C'est ce qui est appliqué en Suède et en Allemagne. Qui serait en mesure d'appliquer cette mesure?
a écrit le 28/09/2016 à 6:17 :
Remercions tout de même M. Hollande pour avoir "libéré" le discourt libéral. Ça va être violent, on va s'en prendre plein, gratuitement et sans retour.

Le formatage médiatique a bien fait son travail. Désormais, la pauvreté peut continuer, certainement a augmenter.
a écrit le 27/09/2016 à 22:29 :
Photo = les pieds nickelés
a écrit le 27/09/2016 à 20:12 :
100 milliards d'euros de baisse de la dépense publique (donc autant de secteur privatisé et d'investissement public en berne...) et le plein emploi en 5 ans. Tout ça sans creuser le déficit j'imagine.

Du grand délire, du n'importe quoi et surtout, une avalanche de mensonges car je ne les crois pas du tout capables de faire ça.

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