Faut-il être fou pour devenir président de la République ?
Marc Endeweld
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SARAH MEYSSONNIER
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C'est un fait historique étrange : il y a un peu plus d'un siècle, au printemps 1920, le président américain Woodrow Wilson a donné l'ordre aux sénateurs démocrates américains de voter contre la ratification du traité de Versailles qu'il avait pourtant lui-même négocié, le faisant ainsi volontairement échouer. Action particulièrement étonnante pour celui qui avait travaillé sans relâche durant de nombreux mois à Paris pour jeter les bases de la future Société des Nations censée prévenir les guerres à tout jamais. Le président américain Woodrow Wilson avait-il perdu la raison ? C'est la question posée quelques années plus tard par Sigmund Freud et le diplomate américain William Bullitt dans un texte finalement publié dans les années 1960.
Au vu de l'actualité internationale, cette plongée historique tombe à pic : elle nous est proposée par le politologue et directeur de recherche au CNRS Patrick Weil, qui vient de publier un passionnant ouvrage intitulé justement Le président est-il devenu fou ? Le diplomate, le psychanalyste et le chef de l'État (Grasset, 25 euros). Patrick Weil a en effet retrouvé dans une bibliothèque américaine le manuscrit original de Freud et Bullitt sur la psychologie de Woodrow Wilson. Bullitt avait été sincèrement choqué par le comportement de son président, d'autant plus que le jeune diplomate avait participé aux négociations sur le traité de Versailles. Il en tira une conclusion radicale : il est urgent de mettre fin au régime présidentiel qui dépend bien trop d'un seul individu et de sa personnalité. Pour lui, seul un système de gouvernement parlementaire peut permettre de limiter de tels risques.
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Bullitt reprit par la suite sa carrière de diplomate, devenant notamment ambassadeur à Paris et conseiller de Roosevelt. Régulièrement, les intuitions et analyses de ce brillant diplomate sur l'ordre international furent fulgurantes. En septembre 1939 déjà, il écrit : « À mes yeux, M. Hitler a déjà complètement perdu la guerre. J'imagine qu'il pense en finir assez rapidement avec la France et l'Angleterre pour se retourner contre les Bolchos et leur donner le coup de grâce. Mais cela ne se passera pas ainsi, les [Soviétiques] vont croître comme un cancer et pousser jusqu'à Berlin. Après quoi, il faudra en finir avec le Grand Khan Staline (...) comment ? »
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